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23 mars 2013 6 23 /03 /mars /2013 17:10

Lieux communs, les bistrots ? On dégotte dans les gargotes des clichés tenaces, mais bien des zincs dézinguent les idées reçues. Lieux de toutes les fêtes et de toutes les défaites, où l’on fait connaissance, où l’on refait le monde, ils offrent à Pierrick Bourgault, familier et connaisseur, un terrain d’exploration formidable.

 

Une chronique d’Olivier QUELIER.

CouvertureTransboreal.jpg 

Le livre est à son image : souriant, chaleureux et proche des autres. Pierrick Bourgault, la cinquantaine bourlingueuse et adolescente, signe avec « L’écho des bistrots » son… son combientième ouvrage d’ailleurs ? Douzième ? Quinzième ? Un bon paquet, comme dirait le Normand qu’il est. Une « œuvre » à son image, là encore : curieuse et éclectique.

 

Journaliste indépendant, photographe, Pierrick cherche partout l’aventure et la rencontre : à l’autre bout du monde (en Inde, en Chine…) comme au coin de la rue. Ce qui l’intéresse, c’est la découverte et le partage. Très vite, il s’est plongé dans l’univers des bars, des cafés, des guinguettes, des zincs qui réunissent les âmes éperdues et les cœurs solidaires.

 

Géométrie de la convivialité


Parce que l’humanité est là, inamovible et fugace, éternelle et fragile. Pierrick Bourgault a déjà publié plusieurs ouvrages sur ces lieux de rencontre et de liesse. Cette fois, il nous livre, via les éditions Transboréal, une « petite confidence sur les cafés, pubs, tavernes et autres buvettes ».

 

Il entame son propos par le thème de la « convivialité », notion à géométrie variable selon l’humeur du moment. Tous ne viennent pas chercher la même chose au bistrot : l’un la solitude tranquille, l’autre la rencontre, d’autres encore un peu de détente entre amis.

 

« Le bar est lieu de brassage social, un port ouvert sur le monde » note Pierrick Bourgault. Il passe en revue celles et ceux qui peuplent ces lieux, artistes, personnalités et personnages. Son bar de stars préféré ? « Une buvette brasserie du XIVe arrondissement où Georges Brassens venait en voisin avec sa tante siroter un petit rouge ».


Petits théâtres


Riche d’anecdotes et très pertinent, Bourgault nous entraîne dans sa balade parmi ces petits théâtres « à mi-chemin entre expression et fiction ». Il nous prouve comme personne que « les cafés sont des microcosmes passionnants, indispensables à la vie sociale et culturelle ». Il s’attriste de leur raréfaction tout en montrant qu’ils restent « un paradoxe vivant ».

 

Un petit livre au format poche, court et pas cher, qu’on peut trimballer avec soi, et lire et relire, tranquille, d’estaminet en bistrot, de troquet en bar à vins, en restant à l’écoute du monde.

 

« L’écho des bistrots – petite confidence sur les cafés, pubs, tavernes et autres buvettes » de Pierrick Bourgault. Éditions Transboréal (collection Petite philosophie du voyage). 92p. 8€.

 

 A lire aussi


Pierrick Bourgault : un guide, deux expos et trois conférences

Pierrick Bourgault : Calice au pays des merveilles

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6 mars 2013 3 06 /03 /mars /2013 16:55

Le mercredi 13 mars paraît aux éditions Autrement « A nous de jouer ! » nouvel ouvrage de Stéphane Hessel, décédé le 27 février. Divers textes composent cet ouvrage, dont l’ « Appel aux indignés de cette Terre », titre d’une conférence donnée à Zurich.

 

Par Olivier QUELIER.

 

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Roland Merk et Stéphane Hessel (photo DR).


« Tout se passe comme si Dieu avait créé au cinquième jour les employés et les travailleurs, puis au sixième les banquiers et les magnats de la finance, pour se reposer le dimanche en disant aux princes de l’argent : « Régnez sur vos citoyens et multipliez les richesses ».

 

Le ton est donné. Toujours aussi enthousiaste et combatif, Stéphane Hessel. Difficile de parler de lui au passé, même s’il est décédé le 27 février dernier, quelques jours avant la parution de ce nouveau livre, « A nous de jouer ! – Appel aux indignés de cette Terre ».

 

Patient sillon

 

Les esprits chagrins avanceront, un brin cyniques mais sans doute avec raison, que ce court ouvrage ne sera pas le dernier signé Hessel. « A nous de jouer ! » est le septième livre publié depuis le succès « d’Indignez-vous ! »,  en 2010. Les éditeurs ne sont sans doute pas prêts à tuer la poule aux œufs d’or…

 

On peut aussi voir dans ce travail un patient sillon qui se creuse lentement mais avec force et puissance, marquant les esprits et préparant la terre à de futures récoltes, laborieuses sans doute mais durables…

 

Foin de lyrisme et de métaphore, « A nous de jouer ! » regroupe divers textes de Stéphane Hessel, dont un discours prononcé à Zurich, « Appel aux indignés de cette Terre », suivi des échanges avec le public et André Marty.

 

Le livre propose aussi une discussion entre Stéphane Hessel et le journaliste et écrivain Roland Merk, qui signe un portrait élogieux et admiratif du « rebelle plein de compassion ».

 

Société mondiale

 

Dans cet opuscule, Stéphane Hessel plaide pour une « société mondiale ». Plus précisément, selon Merk, pour que nous soyons « à la hauteur de cette société mondiale que nous constituons ».

 

Or, pour Hessel, le constat est simple : « Oui, l’humanité est sur la voie d’une authentique ‘société mondiale’ mais, pour le moment, seul le capital est vraiment mondial. Il nous manque comme toujours un système d’institutions suffisamment évolué, légitime et compétent à l’échelle mondiale ».

 

En vers…

 

Comme toujours avec Stéphane Hessel, la poésie n’est pas loin. Il cite ici le « Chant du destin d’Hypérion » de Friedrich Hölderlin (« Mais à nous il échoit / De ne pouvoir reposer nulle part »).

 

Et Roland Merk conclut par ses propres vers :

 

« Seuls ceux

Qui ne savent pas

Reconnaître le début de quelque chose

Craignent la fin

De tout ».

 

« A nous de jouer ! Appels aux indignés de cette terre » Essai. éditions Autrement. Collection Haut et fort. 160 pages. 12€.


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2 mars 2013 6 02 /03 /mars /2013 16:35

Le talent d'un écrivain se mesure à sa capacité à surprendre. En attendant de découvrir le prochain livre de Louise Erdrich, "Round House", tout juste couronné du prestigieux National Book Award (la plus glorieuse récompense littéraire décernée aux Etats-Unis), l'écrivain étonne avec "Le jeu des ombres", roman sur un couple fusionnel au bord de la rupture.

 

Une chronique de Frédérique Bréhaut.

 

ErdrichLouise.jpg

L'écrivain du Minnesota quitte la dimension de la fresque pour le cadre du huis clos familial. Irene se détache de Gil, son mari peintre dont elle est la muse depuis leur rencontre. Le jour où Irene s'aperçoit que Gil lit en secret son journal intime, elle caviarde celui-ci de fausses informations afin de pousser cet homme violent et excessif à la quitter. Ses vrais sentiments sont consignés dans un autre carnet enfermé dans un coffre.

 

Un peu névrosée, un peu alcoolique, Irene tangue. Elle se méprise d'avoir délaissé ses racines indiennes en même temps que sa thèse sur le peintre Catlin et regarde le naufrage d'une union qu'aucun des trois enfants ne peut sauver, pas même Riel qui se sent dépositaire de la culture indienne familiale.

 

Non-retour

 

Par-delà les fêlures du désamour, Louise Erdrich offre ainsi à ses personnages l'escorte des fantômes surgis de leurs ascendances.

 

C'est l'une des forces de la romancière américaine, habile à donner une forte présence à des voix différentes, si immatérielles soient-elles. Au double récit emprunté aux deux carnets, un narrateur se glisse entre les mailles du filet qui se referme sur le foyer, témoin impuissant de ce qui se joue.

 

Si elle s'interroge sur les liens de la passion amoureuse lorsqu'ils s'effilochent, Louise Erdrich pose d'autres questions. Sommes-nous prisonniers des ombres du passé? Peut-on s'affranchir de nos engagements? Au-delà de la raison, "Le jeu des ombres" observe un couple entraîné jusqu'au point de non-retour.

 

Paraît également "La décapotable rouge" recueil de nouvelles, également confiées à la traduction d'Isabelle Reinharez.

 

"Le jeu des ombres" 260 pages, 19 € et "La décapotable rouge" 420 pages, 22,50 €. Tous deux chez Albin Michel.

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10 février 2013 7 10 /02 /février /2013 17:10

whitmer-copie-1.jpgLes grandes villes mordues par la misère offrent au roman noir des décors taillés sur mesure. "Pike" premier opus de Benjamin Whitmer tire une partie de sa force des quartiers miteux de Cincinnati, terrain de chasse de ses personnages.

Derrière les façades délabrées aux escaliers extérieurs prêts à se décrocher, se terre la faune inquiétante des junkies. Au détour de rues malfamées, les toxicomanes tombent rarement de leur belle mort sous les regards indifférents des petits dealers.

Dans ce paysage crépusculaire figé par l'hiver glacé, deux hommes se guettent à distance. Belle figure de fripouille, Derrick Krieger est un flic crapuleux, avare de la parole au profit de colts de tous calibres. Maître des trafics sur son secteur, il est réputé pour laisser dans son sillage davantage de cadavres que d'arrestations.

Une vie crasseuse

Face à lui, Pike, un vrai dur rangé des affaires, a "hérité" de Wendy. La gamine est la fille de Sarah, la fille que Pike a abandonnée dès l'enfance. Sarah a mal tourné, finissant une vie crasseuse parmi les junkies. Outre Rory, jeune athlète qui combat dans les bars glauques contre quelques dollars en attendant de s'offrir un entraîneur sur un vrai ring, Wendy est le seul être auquel Pike soit attaché. L'intérêt malsain de Krieger pour la gosse le pousse donc à renouer avec ses anciennes habitudes.

Lancés chacun de leur côté sur les dernières traces de Sarah, les deux hommes suivent les mêmes pistes à distance tout en sachant qu'à un moment, leurs chemins se croiseront. C'est fatal.

Benjamin Whitmer cisèle un polar sans concession, plume trempée dans l'outre noir ponctué d'un humour de la même encre. "Pike" éclaire violemment les recoins les plus sombres de l'Amérique des années Reagan, du côté des laissés pour compte dont la vie se dissout dans l'héroïne.

Inaccessibles au pardon, adeptes des méthodes expéditives, les personnages de Whitmer sont plus acérés que des cristaux de crack. Même Wendy, du haut de ses 12 ans, distille sa dureté d'une langue bien pendue.

Attaché à deux hommes exténués qui en ont trop fait, trop vu, "Pike" a la force des romans toxiques. On s'y accroche jusqu'à la dernière ligne.

Frédérique Bréhaut.

"Pike" de Benjamin Whitmer. Traduit de l'américain par Jacques Mailhos. Gallmeister. 265 pages. 22,90 €.

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16 janvier 2013 3 16 /01 /janvier /2013 20:52

A ceux qui ont manqué les chroniques d'Homeric parues dans Libération, ce recueil offre une séance de rattrapage. Un régal digne de convertir aux vertus champêtres le plus farouche citadin.

 

Une chronique de Frédérique Bréhaut

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Photo : A. Dion.


Autrefois, on appelait cette attention au règne animal ou à la botanique la leçon de choses,  leçon adossée aux grandes planches pédagogiques qui détaillaient les peaux de l'oignon et les métamorphoses de la chenille.

 

En compagnie d'Homeric, la leçon est délicieuse. Hôte attentif des bords de l'Automne dans l'Oise où il a établi son logis en compagnie de Shams, chat roux au caractère frondeur, l'écrivain s'attarde sur des vies si insignifiantes qu'elles en deviennent transparentes.

 

Pourtant, les replis d'une mare ou le couvert des taillis dissimulent des épopées aussi héroïques que minuscules, de silencieux combats à la vie à la mort auxquels Shams contribue sans vergogne.

 

Entomologiste bienveillant, Homeric fait œuvre de tout locataire du coin, depuis les papillons couleur Matisse aux orvets furtifs.

 

Du fabuliste en ce promeneur attentif

 

La lecture est réjouissante autant qu'instructive. On apprend que le lérot déploie au printemps un entrain de Casanova ou que les colverts rejouent « Jules et Jim ». En toute saison, la paisible presqu'île abrite des carnages muets et des existences en tapinois dont la survie dépend de la discrétion et de la chance.

 

Il y a du fabuliste en ce promeneur attentif, capable d'abriter des ragondins frigorifiés sous une couverture polaire ou d'admirer la cuisse élancée d'une grenouille.

 

Lecteur assidu du journal La Hulotte et des œuvres de Jean-Henri Fabre, Homeric met sa plume agile au service des mal-aimés, taupes et mouches, sans négliger le troglodyte « léger comme un soupir ».

 

Dans sa belle préface, la philosophe Elisabeth de Fontenay note avec justesse que l'écrivain renoue « avec une tradition très française, celle de Colette, de Jules Renard, de Francis Ponge ». On ne saurait mieux dire.

 

« D'autres vies que la nôtre » par Homeric. Grasset. 192 pages. 16 €.

Couv.Homeric

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3 janvier 2013 4 03 /01 /janvier /2013 14:38

Bertrand JA

 

Jacques A. Bertrand réveille le misanthrope qui sommeille en chacun de nous.  A la suite d'un « J'aime pas les autres » couronné du prix Brassens, puis du recueil « Les autres, c'est rien que des sales types » (Grand prix de l'humour noir), le récidiviste creuse la veine du portrait vachard. « Les autres, c'est toujours rien que des sales types » moissonne l'arpent fertile des casse-bonbons, fâcheux et autres emmerdeurs propagateurs de contrariétés diverses.

 

Nul n'en réchappe. De l'Optimiste « toujours pris au dépourvu. Tandis que le Pessimiste n'est jamais surpris ou alors agréablement bien qu'il ait horreur de ça », au Défunt, « sale type qui brille par son absence », en passant par l'Internaute « sale type aux yeux rouges, voyageur sédentaire » Jacques A. Bertrand domestique son délicieux mauvais esprit en portraits raffinés.

 

Produits périmés

 

Que celui qui n'a jamais pensé pis que pendre de son prochain lui jette la première pierre. Entre le Sportif, le Père Noël, le Pipole ou l'Elu, l'hommage rendu aux importuns réjouit les plus caustiques. La typologie généreuse brocarde tous azimuts y compris le pire de tous: le Commun des mortels, « qui ne dédaigne pas de s'associer pour former l'opinion publique ».

 

Inspiré par les blogs « à la fois épicerie de luxe, vide-grenier et stockage de produits périmés », Jacques A. Bertrand laisse son lecteur méditer sur une question existentielle : « L'écriture a-t-elle précédé la lecture ou le contraire ? » Et d'apporter un premier élément de réponse : « L'écrivain lit ce qu'il écrit à la différence du plagiaire qui écrit ce qu'il lit ».

 

Le recueil est de la même encre, bréviaire de l'atrabilaire et de l'asocial à la condition qu'ils se reconnaissent aussi dans ce chapelet de chroniques loufoques.

 

Frédérique Bréhaut.

 

« Les autres, c'est toujours rien que des sales types » de Jacques A. Bertrand. Julliard. 130 pages. 16 €. 

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13 novembre 2012 2 13 /11 /novembre /2012 17:16

79130751_p.pngNostalgique de l’école ? Envie de découvrir le quotidien des enseignants en primaire ? Ce livre de dessins d’humour de Christophe Besse est pour vous. Tout de poésie un brin désuète et de rêverie légère, il reprend dans un trait simple les épisodes qui ont fait le bonheur ou causé les cauchemars de milliers d’écoliers… et d’instituteurs !

 

Qu’on leur parle, tiens, des parents d’élèves, de la salle des maîtres et des visites scolaires ! Qu’on les replonge au milieu de la cour de récré, à la cantine, au spectacle de fin d'année ou à la piscine. Sans oublier la classe transplantée. Qu’on leur rappelle, enfin, la chasse aux poux ou  les visites de l’inspecteur d’académie…

 

Fort d'une trentaine d'années d'expérience en littérature jeunesse, Christophe Besse est un observateur subtil de l'univers enseignant. Il est l'illustrateur de plus d'une centaine d'ouvrages et ses dessins paraissent dans « L'École aujourd'hui », « 60 millions de consommateurs » et « Notre temps ».

 

« L'École, 100 % humour » est l'un de ses premiers livres pour adultes.

 

Olivier Quelier.

 

« L'École, 100% humour». Éditions Le cherche midi. 14, 90€. 144 pages.

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2 novembre 2012 5 02 /11 /novembre /2012 15:00

Avec « Le sermon sur la chute de Rome », Jérôme Ferrari, magnétique, offre l’un des meilleurs livres de cette rentrée.

 

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Une chronique de Frédérique Bréhaut.

 

« Pour qu’un monde nouveau surgisse, il faut d’abord que meure un monde ancien. Et nous savons aussi que l’intervalle qui les sépare peut être infiniment court ». Jérôme Ferrari est un guetteur de royaumes au bord de la chute quand les mécanismes du déclin se mettent en marche jusqu’à l’anéantissement.

 

L’empire de Matthieu et de Libero est minuscule. Il tient entre les murs du bistrot d’un village corse paumé. Liés comme les deux doigts de la main, tous deux viennent de plaquer leurs études de philosophie à Paris pour prendre la gérance d’un bar au nom d’un retour vers l’authentique. Jadis, Marcel, le grand-père corse de Matthieu avait mis tous ses rêves dans la distance qui l’éloignerait de son île.

 

Ses espoirs se sont effondrés avec la fin des empires coloniaux, l’histoire s’est écrite sans lui et il en garde une secrète rancœur. Peut-être est-ce pour cela qu’il soutient son petit-fils avec la joie mauvaise de ceux qui se vengent de leurs échecs sur d’autres. Ce taiseux sait que Matthieu se brûlera les ailes dans une aventure sans envergure, avatar d’une lignée corse qui s’émiette.

 

Chronique de l’effondrement

 

Marcel a vu juste. Le bistrot, réceptacle médiocre d’un monde miniature, sombre à l’arrivée des armes à feu et des filles faciles. Autour du comptoir, les idéaux des apprentis philosophes ne résistent pas à l’émeri de l’ordinaire. Il y a quelque chose de pathétique dans leur aveuglement, dans ce choix d’une vie sans éclat ni intérêt dont on devine qu’elle avance vers une tragédie.

 

Empire contre empire, le texte habité par la présence fugace de saint Augustin avec son sermon sur la chute de Rome, emporte vers les courses à l’abîme et les fins irrémédiables.

 

Réflexion sur la place de chacun, sur la quête du « meilleur monde possible », le roman est porté par une phrase au pouvoir magnétique. Le souffle admirablement maîtrisé donne toute sa force à la violence parfois ironique de cette chronique du déclin adoucie par une profonde humanité. Jérôme Ferrari offre l’un des plus beaux livres de cette rentrée.

 

« Le sermon sur la chute de Rome » de Jérôme Ferrari. Actes Sud. 203 pages. 19 €.

 

 

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27 octobre 2012 6 27 /10 /octobre /2012 14:06

De la Colombie aux cités, Fabrice Humbert dresse avec « Avant la chute » le sombre portrait du monde.

 

Une chronique de Frédérique Bréhaut

Fabrice-Humbert-01-c-Marc-Mameaux.jpg © Marc Mameaux


Quels liens peuvent réunir une famille de paysans pauvres en Colombie, un sénateur mexicain et les gamins d'une cité française ? Fabrice Humbert tresse trois histoires du monde actuel avec les fils toxiques de la cocaïne. Dans la jungle colombienne, une famille contrainte à cultiver la coca est chassée par les paramilitaires qui abattent le père.

 

Les filles Norma et Sonia, rejoignent la cohorte des migrants clandestins attirés par les Etats-Unis. Au Mexique, le sénateur Urribal trempe dans la violence des cartels. En France, Naadir le bon élève, observe inquiet la dérive de ses deux frères aînés dans une cité mûre pour l'émeute.

 

Fabrice Humbert suit la course folle des uns et des autres, talonnés par la violence et la loi de la survie. « C'est au moment où les êtres sont enveloppés de lumière qu'ils commencent à chuter. On croit qu'ils brillent alors qu'ils brûlent ».

 

La loi du plus fort

 

Norma et Sonia, obsédées par le passage de la frontière vers le pays des gringos, Urribal cynique indifférent à l'ordinaire meurtrier de Ciudad Juarez ou Naadir qui commence à comprendre l'économie souterraine des cités, composent chacun sur leur axe un rouage de la mécanique prête à les broyer.

 

Alors, au cœur de ces guerres sans haine qui se nourrissent de misère, de luttes d'influence, de désespoir, victimes et bourreaux subissent sous les différentes latitudes la loi du plus fort. « Le monstre sait-il qu'il est un monstre ? » se demande le sénateur Urribal.

 

Fabrice Humbert ordonne le mouvement du monde pour mieux s'arrêter sur l'infinie solitude cachée par les multitudes. Sur les chemins qui mènent vers la chute, parfois une énergie folle, une lumière dansante, tel Naadir qui croit que le salut tient entre les pages des livres.

 

L’écrivain virtuose emporte dans un tourbillon parfaitement maîtrisé. Dans ce roman polyphonique, la sobriété de l'écriture laisse entendre le son de chaque voix tandis que le chœur clame : « Qui les sauvera ? »

 

« Avant la chute » de Fabrice Humbert. Editions Le Passage. 277 pages. 19 €.

 

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16 octobre 2012 2 16 /10 /octobre /2012 19:08

monstres_03.jpgDéjà le quatrième numéro pour « Bonbek », un magazine pour la jeunesse branché, décalé, graphique et pédagogique.

 

Un « Bonbek » nouvelle version, orienté davantage vers les enfants, plus facile d'accès dans une présentation plus claire, plus chaleureuse. Et des thèmes plus classiques, plus accrocheurs.

 

Pas rangé ni assagi pour autant, le « Bonbek » ! Il s’attaque cette fois aux monstres et le résultat fait peur à voir !

 

Tant mieux : les gosses vont adorer, et se faire piquer leur bouquin par leurs parents.

 

Il est à quoi ce « Bonbek »-là ? ça, ce sont les concepteurs qui en parlent le mieux : « Monstres ! Un numéro qui « Aaah ! », qui « Grrrrr », très souvent. Du « Waouh ! » à toutes les pages grâce à Antoine Guilloppé, Emmanuel Kerner, Pierre Javelle et bien d'autres encore. Une BD affreusement drôle, des recettes abominablement bonnes, un atelier à faire peur. Et aussi : un coloriage géant, une horrible choré, des pages de dessins monstrueuses... Bonbek raconte des histoires de monstre gourmet en anglais et en français, because le world is a village you know, and chinese is really difficult... »

 

« Bonbek » 64 pages pour parler aux enfants autrement. Des histoires, des jeux, des ateliers créatifs. 4 numéros et 2 hors-séries par an. 11,95 €.

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