Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
13 mars 2012 2 13 /03 /mars /2012 17:52

Du grand spectacle ! Des personnages forts, des intrigues pleines de rebondissements, des décors superbes… Avec « Francesca, empoisonneuse à la cour des Borgia », Sara Poole offre la version imprimée d’une fresque historique dont rêve tout responsable de programmes télévisés.

francesca_01.jpg

Rome, été 1492. L’époque est trouble pour la chrétienté, qui a promulgué, quelques mois auparavant, l'édit décrétant l'expulsion de tous les Juifs d'Espagne. Mais la cité éternelle s'émeut moins de leur sort que de celui du pape, Innocent VIII, dont on dit qu'il est mourant. Cette nouvelle attise davantage les ambitions qu'elle ne suscite la prière.


Au service des Borgia depuis toujours, Francesca apprend la mort de son père (l'empoisonneur attitré de la famille) dans des circonstances douteuses. Commence pour elle une quête de vengeance, qui la pousse à prendre la suite de son père.


Elle découvre que l'expulsion des Juifs d'Espagne n'est que le prélude à des actes plus monstrueux que le pape, à la santé déclinante, compte bien autoriser depuis le Vatican. Il faut donc le neutraliser, tout en aidant Rodrigo Borgia à être élu pape par le conclave.


La suite arrive


Sara Poole est le nom de plume d'un auteur habitué à la liste des best-sellers du New York Times. Fascinée par la Renaissance et les Borgia, elle a décidé de se lancer dans l'écriture de romans historiques.


(Comme tout amateur de saga historique, vous attendez la suite ? Normal ! Elle sera en librairie le 18 avril prochain. Son titre : « La trahison des Borgia »).

 

« Francesca, empoisonneuse à la cour des Borgia » de Sara Poole. MA Editions. 420 pages, 19,90 €.

Repost 0
Published by Olivier Quelier - dans Critique littéraire
commenter cet article
10 mars 2012 6 10 /03 /mars /2012 17:21

Une chronique d'Olivier Quelier

pangee 01

Ma boulangère, qui est une lectrice assidue et passionnée, en rit encore. Depuis qu’elle a découvert « Pangée » (d’Alexandre Grondeau) mes différents prêts, pourtant organisés avec attention en fonction de ses goûts et de ses attentes – il faut dire que l’enjeu est d’importance : une forme de troc mis en place depuis plusieurs années me vaut en retour diverses viennoiseries qui égaient mes petits déjeuners du week-end et quelques pâtisseries classiques dont la confection artisanale comble mes papilles gourmandes – en particulier le Paris-Brest et la tarte aux fraises dont elle (la boulangère) craint (à tort) que je ne me lasse un jour (hypothèse fort peu probable comme semblent pouvoir en attester mes déjà nombreuses années de dégustation au moins hebdomadaire) – goûts qui se portent en priorité sur le mystère et l’histoire, sans empêcher un certain éclectisme qui ne tolère cependant pas les romans policiers et moins encore les thrillers et toute littérature gorgée de sang et de meurtres – depuis « Pangée », donc, les comparaisons de ma boulangère se font à l’aune de ce bouquin qui n’avait pas aiguisé, à première vue, mon appétit littéraire mais lui a offert des crises de rire et une bonne humeur dont je profite à chaque visite dans son commerce, sis dans la rue du même nom, à quelques centaines de mètres de chez moi.

 

J’ai donc lu, en confiance. Et j’ai ri. Il faut toujours faire confiance à sa boulangère…


Pangée, 30 ans, n'aime pas la religion. Il moque les croyants, leur foi, leurs rituels et déteste plus que tout les Églises et leurs clergés. Il décède et se retrouve, à sa grande surprise, admis au Paradis, où il débute une série d'incroyables découvertes.

 

Imaginez plutôt un jardin d'Eden que l'on a oublié d'entretenir depuis des millénaires, des anges qui s'enivrent pour oublier leur asexualité, une absence totale d'autres élus avec qui partager l'éternité, l'incroyable réalité de l'enfer et un Créateur qui ne veut plus s'occuper de l'humanité.

 

Pangée refuse son sort quand il apprend qu'il est le premier à être admis depuis plus de deux mille ans et qu'il n'y a Ici-Haut ni femmes, ni compagnons, personne à qui confier ses espoirs de vie éternelle. Allant de surprise en surprise, il entame une longue quête et réalise qu'il ne pourra compter que sur lui-même, que Dieu existe ou non.

 

Dieu, sans ménagement

 

Selon l’éditeur, « les romans sur Dieu sont rares, surtout quand ils l'évoquent avec humour, férocité et subtilité. A l'heure où la liberté d'expression française fait face aux menaces grandissantes d'intégrismes religieux de tous bords, Pangée s'attaque à la question de Dieu sans ménagement ».

 

Maître de Conférences, géographe à l'Université Aix-Marseille, globe-trotter, Alexandre Grondeau écrit depuis son plus jeune âge. Inspiré par Georges Orwell, Louis-Ferdinand Céline, José Saramago, Isaac Asimov ou encore Jim Harrison, il est passionné par les mouvements underground et par la contre-culture. Depuis plus de 10 ans, il est par ailleurs critique musical, spécialiste des musiques jamaïcaines et DJ.

 

« Pangée » d’Alexandre Grondeau. La Lune sur le Toit Editions. 18 €. 352 p.

Repost 0
Published by Olivier Quelier - dans Critique littéraire
commenter cet article
3 mars 2012 6 03 /03 /mars /2012 17:12

Capture-d-e-cran-2012-01-18-a--16.24.51.pngC’est le genre de livre inutile et improbable qui, sitôt ouvert, devient indispensable. Parce que tout lecteur,  amateur de mots ou de mystères, est séduit par l’incroyable pouvoir et l’irrévérencieuse loufoquerie des anagrammes. Mais méfiance ! Du monde peut sortir un démon. Certains, naguère – kabbalistes et lettrés des cours d’Europe - leur prêtaient de grandes vertus.

 

Alors l’anagramme ? « Art divinatoire ? Art du compliment ? De la satire ? Du secret ? » L’ouvrage signé Etienne Klein et Jacques Perry-Salkow relève de l’exercice de virtuosité et du surréalisme malicieux. Le premier auteur est « un physicien qui aime les mots et écrit des livres » ; le second, « pianiste et auteur ».

 

A eux deux, ils parviennent « à révéler le sens caché des noms et des expressions ». Pas loin de quatre-vingts au total.

 

Le résultat semble parfois évident : qu’évoque « la madeleine de Proust » sinon « la ronde ailée du temps » ? Beaucoup ne voient dans « les Feux de l’amour » qu’un « drame sexuel flou » et dans « Le Canard enchaîné » « la canne de l’anarchie »…

 

Vertige...

 

Mais la vérité – ou considérée comme telle – devient parfois vertigineuse : « l’accélérateur de particules » « éclipsera l’éclat du Créateur » ; « la quadrature du cercle » est « le calcul rare du détraqué ». A Saint-Germain des Prés ne se dansent plus depuis longtemps les petits « matins nègres de Paris », ce dont se moquent les habitants de l’île Saint-Louis, « un taillis isolé ».

 

Et plutôt que de se perdre dans les neutrinos et l’espace-temps, de somnoler devant l’invariance relativiste et les particules élémentaires… mieux vaut terminer sur la poésie de Baudelaire ou de Géricault. Ou en revenir à « l’origine du monde, Gustave Courbet »… « ce vagin où goutte l’ombre d’un désir ».

 

« Anagrammes renversantes ou Le sens caché du monde » d’Etienne Klein et Jacques Perry-Salkow, éditions Flammarion, 110 pages. 10€.

 

Olivier Quelier

Repost 0
Published by Olivier Quelier - dans Critique littéraire
commenter cet article
25 février 2012 6 25 /02 /février /2012 15:56

Coquines, câlines, des nouvelles où cousinent désirs et plaisirs. Première vendange d'un journaliste qui savoure en jouisseur le corps du vin et le corps des femmes.

 

Un article d’Olivier Quelier.


Damour1-v

Pierrick Bourgault aime le vin et les femmes. Dit ainsi, on le croirait incarnation banale d’une  "beaufitude" ambiante. Mais ce quinqua à la fougue adolescente a plus de talent que beaucoup, et plus de générosité. D’où son regard bienveillant sur le monde, son empathie jamais dégoulinante qu’une douce ironie vient réguler.

 

Après quelques ouvrages pratiques et un superbe portfolio sur les bars du monde, Pierrick Bourgault se lance dans la fiction avec ce premier recueil de nouvelles, « D’amour et de vins nouveaux », publié aux éditions de l’Iroli.

 

L’idée d’ensemble est simple : il n’existe de plus belle aventure, de plus merveilleux voyages que les transports amoureux. Quant au rapport avec le vin, il suffit de se souvenir de ces petits ballons dont « l’amertume violine étreint la gorge, comme à l’instant du désir »…

 

Pierrick Bourgault nous sert seize textes aux arômes différents, aux bouquets enivrants souvent, jamais soûlants mais toujours dépaysants. Entre deux êtres de passage fusent des désirs, éclosent des relations torrides ou fantasmées, troublantes ou oniriques.

 

Séparer le bon grain de l’ivresse

 

Les femmes, égéries de se voir si belles, en ces histoires, cultivent souvent, dans les jardins secrets de leur vie privée, « des plantes inconnues et vénéneuses ». Insatiables déesses que l’auteur ne cesse d’adorer, d’honorer, apaisant son inextinguible soif à leurs sources généreuses.

 

Chez Bourgault, la chair n’est pas triste et lasse. Il sait, d’une écriture légère et subtile, séparer le bon grain de l’ivresse, cueillant aux vignes de ses multiples vies passées (taxidermiste, programmeur en mécanique céleste, apprenti en pompes funèbres, réparateur d’harmoniums…) les fruits d'aventures dont il connaît, seul, la saveur exacte, l'alchimie secrète de réalité vécue ou rêvée, et de fiction.

 

Journaliste et photographe indépendant, grand voyageur, Pierrick Bourgault nous promène dans ses univers sensuels. Sa première cuvée est riche de promesses, un vin jeune déjà bien charpenté, qu'il a vendangé en artisan patient et méticuleux, fort d'un savoir-faire certain et d'une vraie philosophie amoureuse : "Je me disais encore que le désir est un passeport pour découvrir le monde, pour les seuls vrais voyages".

 

« D’amour et de vins nouveaux », éditions L’Iroli, 184 pages, 13€.

Repost 0
Published by Olivier Quelier - dans Critique littéraire
commenter cet article
19 février 2012 7 19 /02 /février /2012 18:29

« Le rescapé et l’exilé » permet à Stéphane Hessel et Elias Sanbar d’échanger leurs points de vue sur le conflit israélo-palestinien. Un entretien qui se poursuit – heureuse surprise – par une conversation, tout aussi passionnante, sur la poésie. Vue, par l’un comme par l’autre, comme « la forme supérieure du politique ».

 

Une chronique d’Olivier Quelier.

 

le refugie et l exile 02

 Photo : © Sophie Daret

 

Certains lui reprocheront bientôt – s’ils ne le font déjà – son omniprésence éditoriale. Depuis 2010 et le succès d’ « Indignez-vous ! », Stéphane Hessel ne cesse de multiplier les ouvrages – les sollicitations d’éditeurs ne doivent pas manquer… Il s’agit le plus souvent d’entretiens qui lui permettent d’aborder la politique (« Le Chemin de l’espérance » avec Edgar Morin) ou son parcours personnel (« Engagez-vous ! » avec Gilles Vanderpooten).

 

Et après tout, pourquoi se priverait-on de la voix d’un esprit aussi vif, aussi brillant, aussi prompt, parfois, à soulever le débat, voire l’opposition ?

 

Après « Résistances - pour une Birmanie libre » avec Aung San Suu Kyi (2011), les éditions Don Quichotte publient « Le Rescapé et l’exilé », long entretien avec Elias Sanbar, sur les relations israélo-palestiniennes. Sous la conduite de l’historien et éditeur Farouk Mardam-Bey, les deux intellectuels croisent leurs regards sur ce conflit et « s’emploient à expliquer les raisons de leurs prises de position passées et présentes ».

 

Deux mondes imbriqués

 

Le dialogue est précis, fouillé, profond dans l’analyse et la réflexion. Parfois très spécialisé mais jamais lassant. L’autre bonne surprise de cet ouvrage, c’est le dernier chapitre, intitulé « Du politique au poétique ». A charge pour Hessel et Sanbar de répondre à cette question : « Comment ces deux mondes, le politique et le poétique, a priori si lointains, se sont-ils imbriqués dans vos vies ? ».

 

C’est la grande force des entretiens que de permettre au lecteur de se laisser entraîner sur des chemins traversiers. Pour s’ouvrir à d’autres voies. A d’autres voix. Et revenir, au final, à la croisée des pensées.

 

Un vers de Guillaume Apollinaire termine le livre. Stéphane Hessel le donne à méditer aux jeunes générations qui veulent entreprendre « la construction d’une société nouvelle par rapport à celle dont nous déplorons l’existence de nos jours » : « Nous voulons explorer la bonté, contrée énorme où tout se tait ».

 

Le Rescapé et l'Exilé (Isaraël-Palestine, une exigence de justice). Stéphane Hessel et Elias Sanbar ; avec Farouk Mardam-Bey. Don Quichotte Editions. 16 € - 192 pages.


le_refugie_et_l_exile_01.jpg 


Morceaux choisis

 

« Les poètes ont cet immense avantage sur les politiciens de ne pas avoir besoin d’imaginer l’avenir : il est déjà là ». (Sanbar)

 

« Il y a d’abord la parole d’ordre, parole de raison, mais qui ne communique pas ce qu’en nous nous avons tous d’imaginatif et de contestataire. Et puis il y a l’autre parole, la poésie, qui, à mes yeux, est essentiellement contestation ». (Hessel)

 

« C’est d’ailleurs un privilège de la littérature que sa capacité de dire le réel infiniment mieux que l’essai ». (Sanbar)

 

« C’est la poésie qui guide la pensée lorsqu’elle va au-delà de la simple considération du réel et du rationnel, c’est elle qui la dote d’une vision ». (Hessel)

Repost 0
Published by Olivier Quelier - dans Critique littéraire
commenter cet article
18 février 2012 6 18 /02 /février /2012 18:26

Philip Roth le compare à William Faulkner. Il a raison. Tom Franklin est renversant.

 

Une chronique de Frédérique BREHAUT.

franklin4.jpg

Aux côtés des vieux ténors de la littérature américaine, les Jim Harrison, Philip Roth, Cormac McCarthy, une nouvelle génération s’impose. Parmi ces écrivains de haute volée, Tom Franklin est l’un des meilleurs. Découvert avec "La culasse de l’enfer", incursion décapante dans un nid de fripouilles de l’Alabama, le romancier sudiste déployait dès son apparition un souffle formidable.

 

Sur cette lancée mémorable, "Braconniers" puis "Smonk" confirmaient le talent d’un auteur de taille à bâtir une oeuvre. Preuve en est donnée de façon éclatante car "Le retour de Silas Jones" se hisse un cran au-dessus. En quittant l’Alabama pour le Mississippi, Franklin délaisse le caractère western extravagant de ses précédents livres pour creuser les violences plus sourdes.

 

Dans un état où le poids de la ségrégation pèse toujours, il porte à l’incandescence la confrontation entre deux hommes, Larry un blanc et Silas un noir, amis d’enfance séparés par la disparition de Cindy, la petite amie de Larry. Faute de corps le crime n’a jamais été prouvé. Pourtant à Chabot chacun est resté convaincu que Larry était coupable.

 

« Larry le Pourri »

 

Depuis, enfermé dans un cercle hostile, rebaptisé "Larry le Pourri", il vit reclus à l’autre bout du patelin, présent chaque jour à son garage où nul ne met plus les pieds. Pas même Silas devenu après des années d’absence l’un des policiers de Chabot. Or 25 ans après Cindy, une autre adolescente disparaît tandis que l’on retrouve Larry baignant dans son sang. A-t-il tenté de se tuer poussé par la culpabilité ? Silas doute.

 

Tom Franklin dompte la violence de ses romans précédents pour obtenir le meilleur de personnages aux caractères denses. Dans une société sudiste où les codes tacites influencent les destinées, des liens complexes se nouent entre les individus. La cruauté est toujours là, implacable comme le fil tranchant qui traverse une histoire à serrer le coeur et dont la traduction de Michel Lederer rend chaque vibration.

 

Aux Etats-Unis, certaines voix dont celle de Philip Roth, comparent Franklin à Faulkner. C’est dire si le Sud ajoute une référence à son Panthéon littéraire.

 

"Le retour de Silas Jones" de Tom Franklin. Traduit de l’américain par Michel Lederer. Albin Michel. 386 pages. 22,90 €.

Repost 0
Published by Frédérique Bréhaut - dans Critique littéraire
commenter cet article
2 février 2012 4 02 /02 /février /2012 22:05

Jean-Luc Coatalem signe avec « Le gouverneur d’Antipodia » un roman drôle autour de deux exilés sur un îlot.

Une chronique de Frédérique Bréhaut
coatalem1
Au nom de la compagnie La Glaciale, deux hommes veillent sur Antipodia caillou austral perdu entre l’Antarctique et la Tasmanie. Albert Paulmier de Franville, banni du Quai d’Orsay pour ses écarts de conduite, purge sa punition avec la morgue de l’aristocrate déclassé. Accroché à sa devise, "Je maintiendrai" il se flatte que son compagnon d’isolement, Jodic, un rude breton exilé par déception amoureuse, lui donne du "gouverneur" quand bien même le titre s’est mué en un ironique et désinvolte "Gouv".

Sainte Hélène des déchus

A bord de ce vaisseau de pierre, Sainte-Hélène des déchus, le huis clos entre les deux hommes se borne aux tâches quotidiennes: transmettre les informations météo, entretenir les bâtiments et veiller sur le troupeau de chèvres. À l’insu de Gouv qui leur accorde un statut patrimonial, Jodic amenuise la colonie caprine trop grande consommatrice à son gré de rava-rava, cette plante aux vertus hallucinogènes dont le Breton fait ses délices en douce. On s’évade comme on peut…

Réduite à la seule compagnie d’un disgracié et d’un taiseux, l’île compte chichement ses distractions. D’ailleurs, malgré les songes érotiques nourris par une pauvre cassette vidéo, les Troyat et autres Guy des Cars de la bibliothèque, l’ordinaire des jours se détraque. Sur Antipodia attaquée par des vents voraces, les solitudes sont plus toxiques que le rava-rava. Ainsi lorsqu’un naufragé échoue, la pièce a déjà basculé vers la tragédie autour de Gouv et Jodic repliés sur leurs souvenirs obstinés.

Jean-Luc Coatalem scrute la folie des hommes, qu’elle les cueille en pleine mer lorsqu’un marin est balancé par-dessus bord dans l’indifférence générale, ou qu’elle gangrène leurs âmes orgueilleuses sur une île oubliée.

Chez le romancier à la prose étincelante, la langue est sublime et les personnages étonnants. On ignore si Jean-Luc Coatalem a eu recours au rava-rava pour accompagner ses insulaires au caractère granitique. En revanche, on sait que ce récit suspendu en mer est son roman le plus intrépide et le plus fou.

 « Le gouverneur d’Antipodia » de Jean-Luc Coatalem. Le Dilettante. 190 pages.

Repost 0
Published by Frédérique Bréhaut - dans Critique littéraire
commenter cet article
20 janvier 2012 5 20 /01 /janvier /2012 16:57

A Los Angeles, deux destins brisés se croisent le jour de l’élection de Barack Obama.

Une chronique de Frédérique Bréhaut
Philippe Besson 2 © Stéphane Gizard                                              © Stéphane Gizard


Elle s’appelle Laura. C’est écrit sur son badge. Laura Parker est une serveuse de snack comme il en existe des milliers d’autres en Californie. A la différence qu’elle a traversé une autre vie adossée au quotidien cossu de la middle class américaine. En ce temps-là, Laura feuilletait les jours dans une maison coquette, entre son mari et son fils. Un divorce a balayé les certitudes. Depuis, la quarantaine résignée, Laura a tout perdu, à commencer par la considération d’elle-même pour devenir une déclassée au bord du dépôt de bilan.

Ce mardi 4 novembre 2008, Newport Beach au sud de Los Angeles est tendu vers le verdict des élections présidentielles. Laura n’en a cure, pas plus que Samuel. Autre solitaire de la mégapole californienne, cet homme ravagé de chagrin se prépare à enterrer son fils adolescent qui s’est suicidé cinq jours auparavant.

Portrait sensible

Au fil de cette journée ponctuée de souvenirs, d’instants intimes saisis au détour des gestes ordinaires, les trajectoires de Laura et Samuel tracent deux parallèles bornées par la désespérance obstinée de l’une et le chagrin insondable de l’autre. Le roman se faufile sur cette double ligne de crête promise à se rencontrer à l’horizon, sillage de deux errances dont on guette le point de jonction au crépuscule.

Les deux naufragés prennent d’autant plus de relief qu’ils esquivent la vibration collective d’une nation suspendue à l’élection présidentielle. Sans désespoir spectaculaire, Laura, bouleversante, est déjà ailleurs, lâchée par une corde qui s’est déchirée fibre à fibre quand l’existence de Samuel a été tranchée net. « À quel moment les souvenirs cessent-ils de blesser ? À partir de quand cessent-ils d’être des lames qui cisaillent les mollets ? »

Attentif aux points de suture des êtres irréparables, Philippe Besson écoute leurs silences et leurs doutes. De retour dans une Californie dépouillée de ses colifichets, sa sensibilité à fleur de peau offre au plus intense de ses portraits féminins les éclairages d’un John Cassavetes.

« Une bonne raison de se tuer » de Philippe Besson. Julliard. 321 pages. 19 €.

Repost 0
Published by Frédérique Bréhaut - dans Critique littéraire
commenter cet article
17 janvier 2012 2 17 /01 /janvier /2012 17:52

les_dolce_01.jpgNew York, 2011. Un groupe de sorciers, dirigeant un trust financier et immobilier, qui entend s'approprier les sous-sols de la planète, développe l'idéologie d'un âge d'or à venir pour l'usage exclusif d'une élite.

 

Ce projet suppose la mise en servage de l'humanité, imbue de technologie, de fiction bas de gamme et de consommation effrénée. Comment lutter face aux pouvoirs occultes et financiers accumulés par ses ennemis ?

Seuls des êtres très particuliers, dont l'existence remonte à la nuit des temps, seraient en mesure de s'opposer au sombre dessein de la Fondation 18 : les magiciens. Manque de chance, persécutés par les sorciers des siècles durant, ils ne sont plus qu'une poignée de par le monde.


Cinq exactement.

Une famille : les Dolce.

Si la cadette…

Cette lignée de magiciens, pour échapper à la traque dont elle se sait victime, vit  dans une bicoque décrépite de Brooklyn. Le grand-père est à la retraite, le père et la mère exercent des professions passe-partout et les adolescents vont à l'école. C‘est la fin d'un monde : ne restent, du savoir et de la sagesse séculaires dont la famille était dépositaire, qu'une identité et un roman familiaux.

Ainsi les Dolce vivoteraient-ils encore, à l'abri et inconscients des enjeux planétaires qu'engage leur existence, si la cadette, Léamédia, n'avait fait un caprice le jour de ses 11 ans et utilisé ses pouvoirs magiques à mauvais escient...

Un roman pour la jeunesse, passionnant et enlevé, qui marque la première incursion des éditions Don Quichotte, plus connues pour les documents qu’elles publient, dans le domaine de la littérature.

Frédéric Petitjean, « Les Dolce. La Route des magiciens - Tome 1 ». Don Quichotte Éditions. 19,90 €. 540 pages.

Repost 0
Published by Olivier Quelier - dans Critique littéraire
commenter cet article
14 janvier 2012 6 14 /01 /janvier /2012 14:26

Le Poulpe est de retour. Grâce à Stéphane Pajot et son « Aztèques freaks », il jette l’encre Passage Pommeraye.

Une chronique de Frédérique Bréhaut

Stephanepajot.JPG
Baptisé par Jean-Bernard Pouy sur l’autel de « La petite écuyère a cafté », le Poulpe s’est paré depuis bientôt vingt ans des plumes les plus reluisantes du roman noir. Dans le sillage des Raynal, Daeninckx, Pelletier, Mesplède et autres Slocombe, Stéphane Pajot rejoint le club des chroniqueurs de la vie mouvementée de Gabriel Lecouvreur, alias Le Poulpe, en référence à ses longs bras.

Le Poulpe, c’est du San Antonio assagi chez Simenon, du polar un poil canaille mitonné à l’ancienne. Chaque auteur jure fidélité à la personnalité du héros, sorte de vengeur démasqué, anar des enquêtes menées sur les bordures et amateur de jeux de mots tirés par les tentacules.

Avec « Aztèques Freaks », Stéphane Pajot ne déroge pas aux règles de la collection. Notre confrère de Presse-Océan entraîne le Poulpe loin de sa base parisienne, un rade du XIe arrondissement baptisé "Le Pied de porc à la Sainte Scholasse".

Phénomènes de foire

Au bout de la ligne TGV, Nantes, son jardin botanique et son Passage Pommeraye où pendouille un étrange nain emmailloté. Or un Lilliputien mexicain peut en cacher d’autres, surtout lorsque l’Olympic Circus fait escale dans les parages. Spécialisé dans les freaks, phénomènes de foire qui firent jadis la gloire de Barnum, l’Olympic Circus voit sa belle collection de "curiosités" s’amenuiser quand l’avaleur de grenouilles disparaît à son tour.

Entre Wanda la vénéneuse charmeuse de serpents, une femme à barbe, les inévitables siamoises, l’homme élastique et l’Empailleur State Building, Gabriel Lecouvreur apprivoise l’étrangeté au détour des entresorts, ces cabanes où s’exhibent les humaines anomalies.

La Cité des Ducs est pleine de ressources. Presse Océan en témoigne grâce à Trigo, son fait-diversier. « Le localier n’y allait pas avec le dos de la PQR » s’alarme le Poulpe qui n’est pas au bout de ses surprises. Enfin, entre deux cadavres, loin de Cheryl sa rose shampouineuse, il noie sa mélancolie dans des bocks de bières aux origines improbables.

Voilà un Poulpe attendri à souhait pour attaquer l’année.

« Aztèques freaks » de Stéphane Pajot. Baleine. 215 pages. 8 €.

Repost 0
Published by Frédérique Bréhaut - dans Critique littéraire
commenter cet article