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7 janvier 2012 6 07 /01 /janvier /2012 17:25

De février à juillet, le récit, par Sylvain Tesson, de ses six mois dans une cabane au bord du lac Baïkal.


Une chronique de Frédérique Bréhaut.

TESSON-Sylvain-photo-C.-Helie-Gallimard-COUL-4-02.09.jpg

Photo : C. Hélie / Gallimard


Inlassable pérégrin, Sylvain Tesson est tombé jadis en arrêt devant la beauté d'un coin sauvage de Sibérie au bord du lac Baïkal. Sept ans plus tard, il tient sa promesse de retour. Mais cette fois-ci, l'éternel nomade se pose. Six mois de solitude afin de répondre à l'interrogation : « Je vais enfin savoir si j'ai une vie intérieure ».

 

Dans une cabane en rondins de quelques mètres carrés, un poêle ronflant pour allié, une soixantaine de livres et des carnets à noircir en guise de compagnons, Sylvain Tesson se mesure à ce luxe suprême: la page vierge des jours, le temps infini que l'on modèle à son gré, quand toutefois il fait -30° au dehors.

 

Cellule de grisement

 

La vie ne s'écoule pas sur les rives pétrifiées du Baïkal en hiver. Elle s'empoigne. Simple particule d'un lieu somptueux et brutal, le reclus volontaire partage les heures entre les tâches qui relèvent de sa survie physique (couper le bois, pêcher) et psychique.

 

Il savoure la volupté d'une lecture de Marc-Aurèle en fumant un havane, une bouteille de vodka à portée de main. On se réchauffe l'âme comme on peut et dans les solitudes russes glacées on ne dira jamais assez les bienfaits de la vodka absorbée jusqu'aux frontières d'une griserie mélancolique. « La cabane est une cellule de grisement » note-t-il dans ses carnets.

 

L'ermite est parfois surpris par la déflagration de pêcheurs surgissant à l'improviste (pourrait-il en être autrement ?), frayeur instantanée vite dissoute dans l'alcool partagé. Des visites qui le laissent sur le sentiment ambivalent, entre joie d'une compagnie fugitive et agacement face à la tranquillité brisée. Parfois, c'est lui qui part vers les autres.

 

Des jours de marche sur le miroir du Baïkal pour saluer des voisins à 130 kilomètres, ça donne de la valeur aux codes de la sociabilité. Malgré sa réclusion, un message lui parvient. En quelques lignes, une rupture amoureuse le tranche en deux. La solitude ne protège pas de tout.

 

L'éloge de la solitude

 

Attentif aux moindres variations de son paysage, à la valse des mésanges comme aux premiers signes liquides du dégel, le solitaire se gorge de sensations et cultive l'aphorisme. « Rien ne vaut la solitude. Pour être parfaitement heureux il ne manque que quelqu'un à qui l'expliquer ».

 

Aux sédentaires des climats tempérés, Sylvain Tesson offre l'intensité d'une aventure traversée par des ours et autre hallucinant radeau de fortune. Il partage les morsures du froid et la pure réjouissance d'être au monde, quitte à tutoyer l'incertitude de l'heure à venir sur un lac pétrifié noyé de brouillard.

 

Brillant, cet "usage de la solitude", double de "l'usage du monde" de Nicolas Bouvier, penche vers le côté subversif de celui qui ose le luxe du silence et de la réclusion choisie. La Russie à peine éraflée par la modernité scelle les retrouvailles entre un humaniste et sa quête d'absolu.

 

« Dans les forêts de Sibérie » de Sylvain Tesson. Gallimard. 267 pages. 17,90 €.

 

 

 


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3 janvier 2012 2 03 /01 /janvier /2012 15:06

Narquois désenchanté, Jean-Paul Dubois revient « Le cas Sneijder », avec un roman réjouissant.

 

Une chronique de Frédérique Bréhaut


Dubois-3--c--Lee-Dongsub.JPG Les fidèles de Dubois retrouvent des indices semés comme des cailloux à travers son œuvre.

Photo Lee Dongsub.


Jusqu’à quel point peut-on s’accommoder de petits arrangements avec ses renoncements ?

 

A 60 ans, Paul a survécu à un accident d’ascenseur dont la chute vertigineuse a tué les autres occupants. Parmi eux, sa fille Marie tant aimée, qu’il rencontrait à la sauvette depuis son remariage. Frappée d’oukase par Anna, la seconde épouse, Marie était tenue à distance du nouveau foyer paternel sans que jamais Paul n’ose braver l’interdit.

 

Auprès d’Anna, spécialiste des commandes vocales chez Bell, psychorigide casse-bonbons qui lui a donné "les univitellins", jumeaux ennuyeux, Paul a accumulé les frustrations et les années perdues.

 

Des révoltes sans fracas

 

Alors, sorti de l’hôpital, il se réfugie dans son bureau. L’urne funéraire de Marie à portée de regard, il se plonge dans la lecture de traités sur les ascenseurs, « ce miracle mécanique qui a un jour permis aux villes de se redresser sur leurs pattes arrières et de se tenir debout ».

 

Sans désemparer, il potasse ses brochures et en arrive à la conclusion que l’ascenseur symbolise le monde. Ne nous laissent-ils pas l’illusion de commander leurs boutons alors que chaque mouvement est déjà préenregistré ?

 

Comble de la déchéance sociale aux yeux de sa femme, Paul promène les chiens pour le compte d’un Chypriote obsédé par les nombres. Tout est bon pour échapper au foyer si peu conjugal et plus encore, pour reconquérir l’estime de soi.

 

Entre ses chiens, ses rencontres avec un avocat passionné de jardins japonais et la protection posthume de Marie, il reste étanche aux aigreurs et même à l’infidélité de son épouse, ce qui vaut de croustillantes considérations sur la présence de poulet rôti deux fois par semaine à la table du couple ranci.

 

On prend un plaisir infini à retrouver cette façon de raconter le monde en biais, cette feinte légèreté qui adoucit la férocité du regard. Lucides, les personnages de Jean-Paul Dubois se révoltent sans fracas.

 

Et puisque « les marges de nos vies sont trop étroites pour contenir la somme de nos rêves et le miroir de nos intuitions », puisque la vie est un désastre, autant en rire parfois.

 

« Le cas Sneijder » de Jean-Paul Dubois. L’Olivier. 220 pages. 18 €.

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30 décembre 2011 5 30 /12 /décembre /2011 17:42

Avec « 1Q89 », l’écrivain Haruki Murakami use du merveilleux en virtuose dans une trilogie époustouflante.

 

Une chronique de Frédérique Bréhaut

 

Pénétrer chez Haruki Murakami, c’est accepter d’entrer dans une autre dimension. Celle d’un univers où les frontières entre réel et monde fantasmé se dissolvent sous des effets subtilement décalés. Evénement, la trilogie "1Q84" vendue à 4 millions d’exemplaires au Japon est déjà hissée au rang de roman culte.

 

Haruki Murakami, cité chaque automne parmi les probables lauréats du prix Nobel, se dégage du clin d’œil adressé à Orwell pour interroger la société japonaise. Au lieu de 1984, le "Q" de Question et de "qyû" le chiffre "9" en japonais, est lancé comme une fine passerelle entre deux mondes.

 

Tout commence par une supercherie littéraire. Un éditeur demande à Tingo, professeur de mathématiques fou de littérature, de réécrire le roman beau mais imparfait d’une lycéenne de 17 ans. Au bout de l’imposture, l’éditeur mise sur un "coup" littéraire.

 

En même temps, on suit Aomami une tueuse à gages qui expédie ad patres les maris brutaux et les violeurs pour le compte d’une délicate vieille dame éprise de papillons et de justice expéditive.

 

Depuis « Kafka sur le rivage », on connaît l’habileté de Murakami à mener deux récits parallèles au gré de passages secrets qui conduisent vers l’étrange. Ainsi, un escalier entre deux autoroutes suffit à basculer Aomami vers un temps différent tandis que deux lunes se répondent dans le ciel.

 

Lewis Caroll au pays des mangas

 

Au-delà de l’onirisme qui lui est cher, l’écrivain pousse des portes plus dérangeantes avec une cruauté nouvelle. A petites touches, il revient sur l’histoire contemporaine du Japon, depuis les guerres de Mandchourie jusqu’aux dérives fanatiques incarnées par la secte Aun. Quelle réponse opposer aux gourous ou aux violences qui brisent les femmes ?

 

Haruki Murakami, c’est Lewis Caroll au pays des mangas. Si on ne croise guère de lapin pressé, les "Little people" adressent des signes depuis l’autre côté du miroir. Gare aux envoûtements d’un climat qui distille l’étrange avec un tel naturel pour enlacer ce roman-fleuve, aux frontières du thriller.

 

En ascète de la prose, Murakami ne pèse jamais sur le fond, si virulent soit-il. Doit-on à sa poésie humaniste que la nuit venue, les lecteurs de « 1Q89 » lèvent le nez au ciel dans l’espoir d’y voir briller deux lunes?

 

« 1Q89 » d'Haruki Murakami. Traduit du japonais par Hélène Morita. Belfond. Tomes 1 et 2. 23 € chaque.

Murakami3-c-2011-Ivan-Gimenez_Tusquets-Editores.jpg© 2011 Iván Giménez_Tusquets

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29 décembre 2011 4 29 /12 /décembre /2011 18:19

a l encre de chine livre 1 02

© Photo : Vincent Lejalé


1860. Après trois mille ans d'histoire, la Chine s'effondre. Seul le Maître peut encore venir à bout des maux qui le rongent. Pour détruire ce vice-empereur de Chine qui conteste son pouvoir, l'impératrice Ts'eu-hi va utiliser le plus terrifiant des poisons : l'amour.


Sacrifier l'Empire ou sauver celle qu'il aime, le Maître n'a pas d'autre choix. En essayant de sortir de ce piège machiavélique, il va entraîner Yuna, sa fille, dans la plus bouleversante des épopées.


a l encre de chine livre 1 01Des guerres de l'opium à l'incendie du palais d'Été, et à la révolte des Boxers, les derniers soubresauts du Céleste Empire racontés par une femme qui, au soir de sa vie, entreprend de dire toute la Chine en une histoire si vraie qu'elle en paraît incroyable.

Né en Bretagne d'une famille d'origine irlandaise, Christian Lejalé a hérité des Celtes un goût prononcé pour l'imaginaire et les voyages.

 

Il sillonne la planète depuis dix ans pour enrichir la matière de romans, beaux-livres et films, qui ont en commun d'être ouverts sur le monde et seront publiés à intervalle réguliers dans les années qui viennent.


Le second tome « À l'encre de Chine – Livre 2 » paraîtra le 24 janvier 2012.

 

« À l'encre de Chine - livre 1 », de Christian Lejalé, 15, 50€. 244 pages.

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28 décembre 2011 3 28 /12 /décembre /2011 11:13

Confiée à Seth Greenland, la radioscopie de la société américaine est cruelle.

 

Une chronique de Frédérique Bréhaut

 

Greenland

Seth Greenland n’a rien perdu de son mordant pour peindre ses contemporains.


Palm Springs, la Californie côté désert. Viré de la police parce qu’il aimait trop les chiens, Jimmy Duke cherche l’accomplissement de son être par les voies du bouddhisme dispensées par un coach en ligne. Or le chemin de la sagesse est escarpé pour Jimmy, encadré par deux frères remuants.

 

L’aîné, Duke vise une réélection de représentant au Congrès et soigne sa campagne électorale face à son adversaire, une brune pulpeuse version californienne de Sarah Palin. Quant à Dale, le cadet tétraplégique, à peine sorti de prison par son frère député (la rédemption, c’est toujours bon pour l’image), il mijote déjà un coup foireux.

 

Un tableau peint à l’acide

 

Depuis son mobil-home déglingué, Jimmy pressent l’accumulation des mauvaises ondes. Son jugement s’avère d’autant plus perspicace que la distribution s’étoffe autour de l’épouse frustrée du politicien et de leur fille explosive, d’une bimbo trop audacieuse et d’un flic volage qui aime deux choses par-dessus tout, tromper sa femme et son molosse baptisé du doux nom de Fléau.

 

Quelques gros bras, un directeur de campagne plus vrai que nature et un corbeau dont le blog balance des rumeurs salaces sur les deux adversaires politiques complètent un tableau peint à l’acide.

 

Cynique à souhait, Seth Greenland pourrait être le fils caché de Jean-Pierre Mocky et de Quentin Tarentino. Du premier, il tient l’art de décaper le vernis, du second celui de pulvériser les bons sentiments à un rythme d’enfer.

 

On rit aux éclats à la lecture de la charge féroce contre une Amérique droguée à Dieu et au sentiment de culpabilité. Parmi les ambitions et les petites mesquineries qui fermentent au soleil de Californie, l’écrivain américain jubile et son lecteur est à l’unisson. Certes, les personnages ne sortent pas des cercles les plus vertueux. Mais humains, si humains, leurs scrupules fondent à la perspective d’un joli coup, quitte à ce que leur karma se froisse au passage.

 

Chez Greenland auquel on doit deux précédents romans tout aussi corrosifs, la radioscopie de la société américaine est cruelle, l’humour désopilant.

 

« Un bouddhiste en colère » de Seth Greenland. Traduit de l’anglais par Jean Esh. Liana Levi. 415 pages. 22 €.

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26 décembre 2011 1 26 /12 /décembre /2011 14:50

Une chronique d’Olivier Quelier

 

frederic-roux-eloge-du-mauvais-gout-9782268072173.jpg« La paix règne sous nos cieux siglés Louis Vuitton, et nos cieux sont vides ». La première phrase donne le ton : en 132 pages, Frédéric Roux règle son compte à la médiocrité, au vulgaire et à la dépression du Français, ce « plouc absolu » qui, « depuis son lotissement qu’il prend pour Versailles […]  se recroqueville sur ce qu’il considère être son dû, son héritage : les Lumières, le bon goût, la mesure… Voltaire, Watteau, Boucher, Marivaux ! »

 

Frédéric Roux a le (mauvais) goût de la joute oratoire. Il ne fait pas qu’écrire ; il fulmine, vocifère et crache parfois à nos visages endormis des vérités salutaires : « La mélancolie gagne. L’Hexagone roupille… L’esprit français, éventé comme un mousseux débouché de la veille, ne pétille plus des masses […]. Il faut à Monsieur de Fursac et à Madame Figaro un fortifiant, un vulnéraire, un cataplasme, une friction au gant de crin… un bon petit éloge du mauvais goût. »

 

« Eloge du mauvais goût » est râpeux et décapant ; le lecteur fait la grimace parfois et parfois, fronce le nez sous l’assaut du parfum un rien violent. Mais il ne boit pas un vulgaire jaja qui pique et fait monter les larmes aux yeux. Frédéric Roux lui sert une liqueur revigorante et bien frappée pour lui rappeler qu’il ne faut pas perdre le bon goût de vivre.

 

L’EXTRAIT

« Tous les goûts sont dans la nature » est l’une des idées reçues les plus ressassées à propos de ce qui nous préoccupe et, sûrement, l’une de celles qui nous égarent en nous désignant la plus mauvaise direction possible. La meute aux trousses de la connaissance n’est pas seulement désorientée, elle fonce dans le mauvais sens, celui où tous pataugent à l’envi, jusqu’à disparaître sur le versant opposé de l’intelligence.

Les goûts ne sont pas DANS la nature, et les dégoûts pas davantage, les goûts sont dans la culture et seulement dans la culture. »

 

« Eloge du mauvais goût » de Frédéric Roux. Collection « Eloge de… », 136 pages, 12,90 €.

 

Editions du Rocher : une collection d’éloges des travers humains

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23 décembre 2011 5 23 /12 /décembre /2011 14:20

Une chronique de Frédérique Bréhaut

 

Valentine-GOBY-6--c-David-Ignaszewski-koboy.jpg

Valentine Goby signeson roman le plus lumineux. Photo David.


"Une attente crevée de minuscules répits". La vie d’une femme professeur et de son mari, agronome spécialisé dans les oignons, s’est arrêtée un jour de mai 1982 à Roissy. Ils venaient chercher leur fille de 22 ans à son retour d’un voyage au Groenland. Or Sarah n’est jamais apparue parmi les passagers.

 

Ni ce jour-là, ni les suivants. Une absence inexplicable, un silence total, plus compact qu’un mur sur lequel se fracassent les espoirs. Lisa la cadette est elle aussi happée par ce trou, quand l’attente prolongée jusqu’à l’irrationnel dévore la famille.

 

L’âme et le temps

 

Or 28 ans plus tard Lisa, devenue écrivain, décide de partir sur les traces de sa soeur, de retrouver dans les paysages horizontaux de l’outre cercle polaire, la forme du corps de Sarah à l’image de ces creux indécis laissés dans les matelas après le départ du dormeur. Elle veut partager les mêmes sensations sur un traîneau emporté par une meute, voir les aplats infinis de la banquise, croquer des chairs de poissons crus, manger, boire à la même coupe.

 

Sarah, jeune femme en quête d’absolu, avait choisi de pourchasser la perfection dans les blancheurs polaires. Tant d’années après, Lisa veut se confronter elle aussi au Grand Nord. Valentine Goby tourne autour des thèmes qui lui sont chers, le corps et l’absence. Elle dessine à la perfection les minuscules exaltations des bonheurs furtifs comme les tourments si puissants qu’ils amenuisent les silhouettes.

 

Dans la description de flétans obscènes comme des toiles de Schiele et de joies organiques, le corps parle autant que l’esprit du vide et d’un monde sur le déclin. Car la planète change. Au Groenland soumis à la débâcle précoce né du réchauffement, les pêcheurs dépriment et se suicident. Là-bas, le même mot, sila, désigne le temps qu’il fait et l’âme. On ne saurait mieux lier l’influence de l’un sur l’autre.

 

« Banquises » offre des pages d’une force hallucinante sur un monde somptueux saisit au bord du naufrage. Sur l’effacement et ses contours, Valentine Goby signe son plus beau roman. Le plus lumineux aussi, malgré la nuit polaire.


 « Banquises » de Valentine Goby. Albin Michel. 247 pages. 18 €.

 

Malgré la nuit polaire, Valentine Goby signe son roman le plus lumineux. Photo David

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21 décembre 2011 3 21 /12 /décembre /2011 15:37

"La somnambule de la Villa aux Loups", de Jean Contrucci... Ou quand les Nouveaux Mystères de Marseille valent bien ceux de Paris.

 

Une chronique de Frédérique Bréhaut.

Jean-CONTRUCCI---Photo-Theo-Orengo.JPG

Jean Contrucci ravive les couleurs sépia du feuilleton populaire de jadis. Photo Théo Orengo

 

Et revoici Raoul Signoret, reporter au Petit Provençal au temps des faits divers grandiloquents et des Brigades du Tigre. Avec en prime, l’accent de la Canebière et les stridulations des cigales.

 

Que s’est-il passé à la Villa aux Loups, "campagne" de Casals, honorable professeur de médecine à Marseille ? Dans une chambre, on découvre le corps de l’épouse dans une posture embarrassante à côté d’un étudiant encore en vie malgré la balle qui lui a traversé le crâne.

 

Le dernier feuilleton ?

 

Les lettres du jeune exalté laissent penser à un double suicide amoureux à moitié réussi. Cet excès de romantisme ne convainc pas Raoul Signoret. Le fringant reporter du Petit Provençal cherche sous d’autres motifs la clé de cette énigme car le jeune Henri Champsaur n’a pas l’étoffe d’un Julien Sorel et Marguerite Casals n’est pas Madame de Rênal. Pourtant, ça jase dans les pinèdes ensuquées.

 

Avec l’aide de l’oncle Eugène Baruteau promu commissaire central de Marseille, Raoul s’intéresse autant à la littérature de l’amoureux maladroit qu’aux crises de somnambulisme de l’épouse dévoyée. Le mystère de la Villa aux Loups connaîtra son épilogue entre les murs du nouveau commissariat marseillais illico baptisé "L’Evêché".

 

Il se murmure que Les Nouveaux Mystères de Marseille rendraient les armes avec ce dixième épisode. Jean Contrucci abandonnerait son reporter intrépide prompt à défendre la veuve, l’orphelin et des idéaux proches des "rad-soc" de la Troisième République. Si tel est le cas, ses fidèles lui savent gré d’avoir renoué avec le ton des feuilletonnistes de la Belle Epoque qui tenaient en haleine les lecteurs des gazettes.

 

Entre un Claquesin ou une "Verte" sirotés à une terrasse et un tour dans les calanques, les héros des Nouveaux Mystères de Marseille ont traversé l’exposition coloniale de 1906, suivi l’Affaire Dreyfus, vu la naissance du tourisme sur la Côte d’Azur et assisté à l’essor industriel aux côtés des humbles. Jean Contrucci est au feuilleton populaire ce que la digne madame Baruteau est à la cuisine. Il mijote ses histoires à l’ancienne.

 

À peine éclipsé, Raoul manque déjà.

 

"La somnambule de la Villa aux Loups" de Jean Contrucci, éditions Jean-Claude Lattès. 445 pages. 17 €.

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20 décembre 2011 2 20 /12 /décembre /2011 17:09

À Londres on les surnomme « les Admirables ». Ils possèdent l'argent, le pouvoir et le prestige. Mais le vertige de la Belle Époque n'est qu'une illusion… Pour les amateurs de fresque romanesque, une saga signée Theresa Révay.

 

dernier_ete_a_mayfair_01.jpgMayfair, Londres, été 1911. Lord et lady Rotherfield s'apprêtent à recevoir la haute société anglaise dans leur somptueuse demeure de Berkeley Square, pour le bal des 18 ans de leur fille Victoria. Artiste, idéaliste mais décidée à faire un beau mariage, la jeune fille ne veut pas manquer son entrée dans le monde.

 

Pourtant, elle est en colère. Sa sœur Evangeline, 20 ans, a disparu. Dans la matinée, celle-ci s'est rendue à une réunion de suffragettes dont elle n'est pas revenue. Julian, le frère aîné, la retrouve derrière les barreaux d'une prison de Bermondsey, l'un des quartiers ouvriers de l'East End où couve la révolte.

 

Julian n'apprécie guère le comportement de sa sœur, lui, l'héritier de la dynastie, prisonnier d'une vie qu'il n'a pas choisie mais dont il assume les contraintes par sens du devoir. Il ne comprend pas plus Edward, son frère cadet, qu'il juge égocentrique et inconscient.

 

Homme à femmes, dilettante et passionné d'aviation, Edward a des dettes de jeu. Pour les honorer, il doit remporter le premier prix d'une course d'aviation et vaincre son plus grand rival, le Français Pierre du Forestel, un jeune homme aussi séducteur et fantaisiste que lui.

 

Un cataclysme


Tous appartiennent à l'élite de leurs pays, et tous sont fiers de leurs héritages ancestraux, confiants dans l’avenir. Mais peu décèlent les failles qui sont déjà apparues dans leur mode de vie. En Angleterre, l'aristocratie a entamé son déclin depuis trente ans, des réformes sapent son pouvoir politique et économique alors que le pays est agité par des émeutes.

 

En France, la vieille noblesse, affaiblie, n'est déjà plus aux commandes et subit de plein fouet les mutations de la société moderne. Guidés par les mêmes principes d'honneur et de devoir, les uns et les autres vont affronter le cataclysme d'une guerre qui sera aussi leur chant du cygne. Et ce sera alors aux femmes, parmi les ruines de leurs illusions, de réinventer un monde nouveau.

 

« Dernier été à Mayfair », de Theresa Révay, éditions Belfond, 480 pages. 21 €.

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18 décembre 2011 7 18 /12 /décembre /2011 18:52

l_affaire_flamenco_01.jpgL’intrigue de « L'affaire Flamenco » se déroule entre Paris, Sichuan et Dakar. Le roman raconte l'histoire d'un lieutenant français d'origine sénégalaise, Mbaye, chargé de mener l'enquête sur le meurtre d'une jeune danseuse de Flamenco retrouvée morte sur le pas de sa porte. Une affaire à première vue banale, d'autant que le copain de la victime s'est évaporé. Pourtant, les premiers indices semblent mener aux plus hautes instances de l'Etat... À travers ce roman, Richard Joffo dresse un portrait réaliste de la société française. Une intrigue bien ficelée, un « colonel » controversé, des agents secrets méticuleux, un lieutenant de police ordinaire, des personnages bien campés et un style percutant font de ce roman un excellent polar au rythme soutenu. Plus qu'un simple roman policier, « L'affaire Flamenco » est aussi une invitation au voyage au pays de la Téranga, à la découverte de la culture sénégalaise.

« L'affaire Flamenco », de Richard Joffo, Phoenix Press International, 224 p., 19 €.

 

 


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