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13 octobre 2012 6 13 /10 /octobre /2012 13:40

Que savions-nous d'Alexandre Yersin? Trois fois rien. Tout juste qu'il avait découvert le bacille de la peste, à peine qu'il avait appartenu au groupe des Pasteuriens. Collectionneur de ces petites bandes qui au mitant du XIXe siècle généraient d'intrépides arpenteurs du monde, Patrick Deville a débusqué Yersin, l'oublié de la postérité.

 

Une chronique de Frédérique Bréhaut.

DEVILLE-c-bertini-2-.jpg 

 © Bertini


Curieux insatiable, voyageur avide en un siècle qui nomma les dernières zones blanches de l'atlas, solitaire généreux, marin, explorateur, scientifique doté de géniales intuitions, le Franco-suisse à l'existence rocambolesque noircit les carnets en peau de taupe de Deville, moderne Plutarque attiré par les vies pittoresques.

 

Avec Yersin, il est servi. Et on se délecte une fois encore à parcourir les territoires inattendus qu'il défriche avec tant d'habileté. Car ne comptez pas sur l'auteur de "Pura Vida" pour vous ficeler une biographie linaire, docte et pesante. Tout ce qu'il connaît de Yersin, et il en sait le diable, est raconté par des chemins de traverse,  épouse les méandres de la forme littéraire "devillienne". 

 

Yersin ? "Il faut toujours qu'il sache tout". Il est incroyable, ce type! L'Allemagne aurait pu garder cet esprit brillant parti étudier la médecine à Berlin, mais il bifurque vers Paris où il rejoint la petite bande de Louis Pasteur. Rue d'Ulm alors on vaccine à tour de bras contre la rage pendant qu'à Berlin Koch découvre le bacille de la tuberculose. Yersin développe la microbiologie. La voie qui mènerait n'importe quel chercheur de son acabit vers la postérité est toute tracée. Sauf qu'il a d'autres idées en tête. 

 

« Fantôme du futur »

 

Admirateur de Livingstone, il veut voir le monde. Inutile ici de résumer ce que Patrick Deville partage avec talent fidèle au principe de ses "romans sans fiction". Disons simplement qu'entre Second Empire et Seconde Guerre mondiale la longue vie de Yersin est un mouvement perpétuel. Chercheur, médecin de bord, explorateur, ébloui par Nha Trang (dans l'actuel Vietnam) où il décide de s'installer, sa curiosité le pousse sans cesse vers de nouvelles aventures.

 

L'épidémie de peste déclarée en Chine le sort de ses expériences botaniques. A la demande des Pasteuriens il se rend à Hong-Hong, découvre le bacille "en deux coups de cuillère à pot", envoie ses résultats à Paris et laisse l'Institut régler les questions d'intendance alors qu'il retourne à ses projets.

 

Horticulteur, éleveur, planteur d'hévéa, capable d'accrocher des cloches au cou des vaches tonkinoises pour les protéger des attaques des tigres, de créer la ville balnéaire de Dalat ou de produire de la quinine, Yersin touche à tout, réussit en tout.

 

Fantôme du futur, Patrick Deville se faufile dans l'ombre de ce tempérament éclectique auquel il rend le bel hommage d'un livre à l'intelligence crépitante. Si on ajoute un humour irrésistible, "Peste et choléra" est l'un des tous meilleurs livres de cette rentrée.

 

« Peste et choléra » de Patrick Deville. Seuil. 220 pages. 18 €.

 

A lire également « Kampuchéa » de Patrick Deville : un grand de cette rentrée

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8 octobre 2012 1 08 /10 /octobre /2012 17:17

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Une certitude émerge de cet essai engagé d’Olivier Poivre d’Arvor : la France ne se distingue désormais plus que par sa culture, sa langue, sa capacité à mener la guerre douce de l'influence, le soft power. « Réveillez-vous les politiques ! clame l’auteur. A trop tarder et à préférer l'héritage des anciens à l'audace des nouvelles générations, notre pays est menacé, à très court terme, de perdre son avantage. L'état d'urgence est proclamé. »

 

Dans les années trente, en pleine dépression, l'Amérique de Roosevelt invente le New Deal, investit dans la création et assure la relance. Sur fond de crise et de révolution numérique, la France peut-elle encore, tête de pont d'une Europe bien timide, relever le défi, faire le pari de l'investissement et de la croissance et inventer une nouvelle donne culturelle ? Oui, assure Olivier Poivre d'Arvor, dès lors que la culture revient au cœur d'un projet politique, comme François Mitterrand l'a incarné, « un véritable choix de civilisation ».

 

« Il dépend de celui qui passe… »


Ce New Deal à la française passe par quelques axes forts : un investissement massif dans l'éducation aux arts et à la sensibilité, un pacte entre science, technologie et culture, un soutien accru à la création et une ouverture aux expressions du monde. Mais aussi par une plus grande démocratie culturelle, une implication retrouvée des citoyens dans l'appropriation de leur fabuleux patrimoine comme par une gouvernance pleinement assurée par les territoires.

 

9782710707929Réaliste, ce New Deal ? Dans les dernières lignes de son livre, Olivier Poivre d’Arvor fait sienne les vers de Paul Valéry qui ornent le fronton du Palais de Chaillot, à Paris : « Il dépend de celui qui passe / que je sois tombe ou trésor / que je parle ou me taise / ceci ne tient qu’à toi / Ami n’entre pas sans désir ».


L'auteur

Olivier Poivre d'Arvor, philosophe de formation, écrivain et diplomate, a été, dix années durant responsable de la politique culturelle extérieure du Quai d'Orsay. Il est aujourd'hui directeur de la station de radio France Culture.

 

« Culture, état d'urgence » d’Olivier Poivre d’Arvor. Editions Tchou. 152 pages. 9,95 €.

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5 octobre 2012 5 05 /10 /octobre /2012 18:50

Selon Libération, l'annonce n'a guère enchanté Flammarion. L'éditeur de Christine Angot avait prévenu le jury du prix Sade qu'il ne souhaitait pas que le prix lui soit attribué. Ce qu'on comprend à la lecture de « Une semaine de vacances », à moins de voir dans ce choix des jurés une perversité toute… sadique. Car l'étiquette du prix Sade va au dernier roman de Christine Angot comme le Fémina à Eric Zemmour.

Un article de Frédérique Bréhaut.

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Depuis la parution de « L'inceste » en 1999, l'écrivain tranche la critique. « Une semaine de vacances » amplifie encore le phénomène Angot. « Chef d’œuvre » pour les uns (Claire Devarrieux -Libération), « texte dopé au Viagra » pour les autres (Didier Jacob -Le Nouvel Obs), laissons les exégètes décider s'il s'agit de littérature avec un grand "L" ou d'un phénomène déjà usé.

Tout a été écrit et dit sur « Une semaine de vacances ». Une interminable fellation dans des décors différents ; un acte technique, mécanique, d'une froideur chirurgicale. Un dentiste soucieux de raconter une extraction de dent à ses étudiants déploierait autant de sensibilité. Que les amateurs de lectures sensuelles en rabattent. Les premiers mots suffisent à tuer tout espoir de volupté tant on reste saisi par la sensation d'étouffement.

Face à la violence, s'absenter de soi

Page 43, une phrase signe l'inceste et ajoute à l'obscénité des scènes qui s'enchaînent, chronique absolue de la prise de pouvoir d'un homme, d'une humiliation disséquée froidement sur 136 pages. Elle silencieuse. Lui, tortionnaire anodin dans les hôtels où ils descendent. Pendant cette semaine de vacances, on le découvre lecteur du "Monde", possesseur d'une 604, de lunettes en écaille, d'une culture germanophile et d'une connaissance affinée de l'art roman. Très monsieur comme il faut en somme, pendant qu'elle, de page en page, se dissout, rencognée dans une passivité muette. Face à la violence, s'absenter de soi.

Sans jamais relâcher un texte sidérant, Christine Angot place son lecteur dans le rôle insupportable du voyeur, complice d'une virée perverse. Au bout du chemin, cette lecture tient de l'épreuve.  Est-ce cela un « chef d’œuvre », pour reprendre l'éloge ? Suffit-il d'asphyxier le lecteur, de le plaquer au mur pour gagner ses galons de grand écrivain? Certes, la radicalité de Christine Angot tranche sur le commun. Et puis?

Suffit-il de créer un malaise continu de la première à la dernière ligne pour signer le grand livre de la rentrée? Christine Angot a la faculté de toucher sans émouvoir. C'est peut-être pour cela que son livre est dispensable.

« Une semaine de vacances » de Christine Angot. 136 pages. 14 €.

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16 juin 2012 6 16 /06 /juin /2012 18:44

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Saint-Denis, 1998. Alors que s'achève la construction du Stade de France et que s'annonce la prochaine coupe du monde de football, Saint-Denis s'apprête à vivre une furieuse bataille pour le contrôle du trafic de drogues, opposant caïds à l'ancienne et jeunes rageux. Tandis que Zidane et les Bleus font rêver les Français, l'argent fait tourner la tête de ces jeunes ambitieux.

 

Hachim est un ado brillant, bon élève, curieux. Passionné de culture hip hop, il se destine à une carrière de journaliste spécialisé. Pourtant, les logiques de quartier, sa situation familiale et son admiration pour Houssine, caïd de Saint-Denis et figure paternelle, lui feront embrasser une autre voie. Mais dans les pas de son mentor, il se rendra compte, trop tard, qu'il n'est pas taillé pour ça.

 

Récit d'une destinée déraillée, « Des chiffres et des litres » de Rachid Santaki, retrace ce parcours initiatique. Ancien éducateur sportif, fondateur du magazine 5Styles, Rachid Santaki est très impliqué dans l'associatif et a cofondé le Syndikat et Saint-Denis Positif. Il a publié « Les Anges s'habillent en caillera », son premier roman, en 2011.

 

A propos de « Des chiffres et des litres », Rachid Santaki explique : « J'utilise les codes du hip hop pour descendre les belles lettres françaises de leurs étagères et les rendre à la rue, pour faire tourner la littérature sur la tête et lui faire parler le céfran. »

 

« Des chiffres et des litres » de Rachid Santaki. Editions Moisson Rouge. 256 pages. 16,50€.

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1 juin 2012 5 01 /06 /juin /2012 15:25

La mercière de Grégoire Delacourt brille parmi les meilleures ventes de ce printemps. Un succès mérité pour "La Liste de mes envies".

Une chronique de Frédérique Bréhaut.

Delacourt-Gregoire1_copyright-Benjamin-Decoin.jpgPhoto : Benjamin Decoin.

"Je ne sais pas comment, mais je sus. Je sus sans avoir encore regardé les chiffres que c'était moi". Jocelyne Guerbette, mercière à Arras, 47 ans, mariée à  Jocelyn ouvrier chez Haagen Dasz, deux enfants, pas très jolie mais assez heureuse, découvre dans le journal qu'elle a gagné la cagnotte de l'Euro Millions : 18 547 301 euros et 28 centimes. C'est tombé sur elle qui ne joue jamais.

Jo n'est pas de ces bois légers qui s'enflamment à chaque tirage du loto. Les plans sur la comète, ce n'est pas son genre. Sa boutique vivote mais depuis quelque temps son blog "lesdixdoigtsdor.com" prospère au-delà de ses espérances. Les enfants ont quitté le foyer et Jocelyn qui dans sa jeunesse ressemblait tant à Venantino Venantini le bel italien tueur-à-gages des "Tontons flingueurs", s'est épaissi. Il n'est pas toujours très attentionné et peut même se montrer cruel. Pourtant, Jocelyne l'aime encore, son Jocelyn.

Quant à son père, victime d'un AVC, ses moments de lucidité n'excèdent jamais six minutes. Passé ce délai, il ne reconnaît pas sa fille.

Alors, Jocelyne s'évade entre la lecture de "Belle du seigneur", sa boutique, son blog et l'amitié légère des jumelles qui tiennent le salon de coiffure voisin.

Une grosse brioche

Comment ce quotidien paisible peut-il résister à 18 millions d'euros? Jocelyne est un coeur simple. Elle pressent que la manne tombée de la Française des Jeux peut jeter à terre l'équilibre de sa vie.  Prudente, elle se tait. Elle planque le chèque dans une chaussure et garde le silence sur ses rêves raisonnables de femme lucide.

"La liste de mes envies" est un roman délicieux, gonflé de tendresse comme une grosse brioche relevée d'un zeste citronné pour la note douce-amère. Autour du personnage rayonnant de Jocelyne, Grégoire Delacourt restitue avec finesse le climat émollient des villes modestes de province où l'on dresse de raisonnables " listes de ses envies" au cas où le hasard ferait tinter la cagnotte de l'Euro Million.

"La liste de mes envies" de Grégoire Delacourt.187 pages. 16 €.

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8 mai 2012 2 08 /05 /mai /2012 21:39

C’est un grand souvenir de lecture de jeunesse. Un choc, une fenêtre ouverte sur la liberté et l’aventure. Un parfum de Cendrars, de Kerouac… Toutes proportions gardées bien sûr, mais pourquoi faire la fine bouche ? Flammarion réédite ce mois-ci « C'est beau une ville la nuit »,  le livre le plus connu de Richard Bohringer. Parce que le meilleur, sans doute, le plus senti, le mieux écrit. Pas vraiment un roman autobiographique. Plutôt  une errance, une quête.

c_est_beau_une_ville_la_nuit_01.jpg 

« Une balade, l'œil et l'esprit grands ouverts au vif de la ville et au droit de la vie, une route de douleurs, de joies et finalement d'espérances. » Ce livre est un fragment de l’itinéraire de cet homme, bien avant que les écrans ne nous renvoient l’image d'une « gueule » de cinéma.


Ouvert aux amoureux de l'amitié, Richard Bohringer sait que le rôle de l'écrivain est de mythifier la réalité de la vie, de dire vrai même dans l'imaginaire puisque « la réalité dans tout cela, ce sont les faits, les gens non pas tels qu'ils sont mais tels qu'on les vit. C'est la règle du jeu. La seule avec laquelle il est acceptable de jouer. »

 

« Ecrire relève de l’espérance » note Bohringer dans les dernières lignes qui ponctuent son livre : « Tu mets la virgule là où tu veux que ça freine et le point là où tu veux que ça s’arrête. Quand tu veux laisser ton idée faire son chemin sans toi, tu rajoutes quelques points. Quand tu t’étonnes, tu peux t’exclamer, c’est pas obligé ».

 

On n’est obligé à rien avec Bohringer. Ni de le croire, ni de le suivre. Même pas de l’aimer. Mais on peut essayer, juste pour tenter l’aventure, pour profiter de l’ivresse des grands soirs et des petits matins, des rêves et des mots… « Et puis le reste, tu laisses à ceux qui veulent tout expliquer ».

 

Olivier QUELIER.

 

« C'est beau une ville la nuit » de Richard Bohringer. Editions Flammarion, 12 €. 160 pages.

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5 mai 2012 6 05 /05 /mai /2012 15:40

Charif Majdalani détient tous les pouvoirs. Celui de transporter des palais dans les déserts (« Caravansérail »), de déplacer des usines à travers le Liban et de rendre la démesure non seulement crédible mais nécessaire pour enchanter la vie.

 

Une chronique de Frédérique Bréhaut

MAJDALANI-4--c-Hayat-Karanouh-koboy.jpg © Hayat Karanouh-koboy


Nous sommes à la fin des années soixante. Par amour pour Mathilde qu'il a rebaptisée "Monde", Ghaleb Cassab est prêt à inventer son destin. Fils d'un filateur ruiné, trop pauvre pour conquérir Monde destinée à un homme riche, le jeune Libanais déploie des audaces d'aventurier afin un jour qui sait, de séduire son amoureuse.

 

Après quelques opérations commerciales calamiteuses, il opère le déménagement rocambolesque de machines outils depuis la Syrie jusqu'à Beyrouth. Prince des bravades Ghaleb est un moderne Sisyphe prêt à relever les défis les plus insensés malgré ses échecs.

 

Un roman de Charif Majdalani ne se raconte pas, il se savoure

 

« Nos si brèves années de gloire » est une épopée chatoyante, traversée de chevaux dignes de rois, de prince polonais, de Bédouins courageux et de figures antiques légendaires (vous connaissez beaucoup de romans visités par Démetrios Poliorcète?), sans oublier Hervé, un Français ivrogne, joueur, amateur de bordels mais génie de la mécanique, capable de faire rendre le meilleur coton à la plus récalcitrante des machines. 

 

A travers les vies mouvementées d'aventuriers ou de corsaires de la Bekaa, Charif Majdalani esquisse l'histoire du Liban. A suivre la grandeur et la décadence d'une famille prodigieuse, on songe aux « Magnifiques » d'Albert Cohen. Le même grain de folie, le même flamboiement autour de personnages nourris d'épopées antiques mêlées aux saveurs d'Orient.

 

Servis par une écriture élégante, les héros de Majdalani veulent bâtir leur destin, fut-ce au prix d'opérations hasardeuses. Douze ans plus tard, Ghaleb Cassab retrouvera Monde, mais entre temps le Liban aura changé puisque l'ardeur insouciante d'incorrigibles optimistes n'empêche pas le désastre final sous les obus.

 

Entre femmes succulentes et hommes aux allures d'espions, le Liban des années soixante est distillé par un maître conteur.

 

« Nos si brèves années de gloire » de Charif Majdalani. Seuil. 188 pages. 16 €.

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8 avril 2012 7 08 /04 /avril /2012 15:18

le_refuge_01.jpgQuelques heures à tuer par un après-midi nuageux, ou des réserves de lecture à faire pour les prochaines vacances ? « Le Refuge », de Niki Valentine est le livre qu’l vous faut !

 

Agréable et rapide à lire, il répond aux canons du genre tout en tenant ses promesses d’angoisse et de suspense.

 

« Le Refuge » est un thriller psychologique qui explore les failles et les fêlures d'un couple, son amour émoussé par le temps. Susie et Martin décident de célébrer leur dixième anniversaire de mariage en retournant dans les Highlands écossaises où ils avaient passé leur lune de miel.

 

A Fort William, plaidant le besoin d'aventure, Martin insiste pour qu'ils partent en randonnée deux jours, malgré le temps pluvieux de novembre.

 

Susie est réticente mais se laisse convaincre. Arrivés au refuge, un violent orage se déchaîne et ils se retrouvent coincés dans cette simple cabane, à des kilomètres de tout et complètement isolés.

 

Leurs innocentes chamailleries dégénèrent en violentes disputes, et Sue commence à sentir qu'ils ne sont pas vraiment seuls - surtout quand une sombre présence semble prendre possession du couple.

 

Sans aucun moyen de s'échapper, Sue et Martin doivent s'efforcer de rester sains d'esprit tandis que l'abri se change en prison - et que leurs pensées se mettent à devenir meurtrières...

 

Niki Valentine est le pseudonyme de Nicola Monaghan, une Anglaise qui écrit de la fiction, des scénarios et des articles journalistiques.

 

« Le Refuge », de Niki Valentine. Traduit de l'anglais par Pascal Aubin. MA Editions, 2012. 20 €. 288 pages. 

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7 avril 2012 6 07 /04 /avril /2012 17:26

A Knockemstiff (Ohio) dans les années soixante, la part du diable est équitablement répartie entre cinglés et oubliés de Dieu. Âmes sensibles s'abstenir. Voilà un roman digne de tenter le cinéma des frères Coen.

Une chronique de Frédérique Bréhaut.
Pollock1.jpg

Qu'est-ce qui les a fait basculer de l'autre côté? A quel moment les personnages de Donald Ray Pollock ont-ils perdu pied? En ce qui concerne Willard, on connaît la réponse. Les atrocités de la guerre de Corée l'ont à tout jamais abîmé. Rentré au pays, il a épousé Charlotte, une gentille fille avec laquelle il a eu un fils, Arvin.

Sans la maladie de Charlotte, Willard serait peut-être resté un simple original. Mais l'espoir d'obtenir la guérison de sa femme le pousse à tenter le diable, entraînant le jeune Arvin dans des rites écoeurants d'animaux sacrifiés. 

Roy et Théodore, prêcheurs vagabonds, ne valent guère mieux. L'un en chaise roulante, l'autre illuminé persuadé qu'il possède le don de ressusciter les morts, laissent peu de bons souvenirs sur leur passage. Crasseux, minables, ils oscillent entre roublardise et candeur benoîte. Chez Donald Ray Pollock, les simples d'esprit ne sont pas heureux. Au contraire. Une pauvre fille l'apprendra à ses dépens.

Une fouillle de l'Amérique rance

Entre Ohio et Virginie Occidentale, l'écrivain fouille une Amérique rance, effarante même lorsque l'on croise Sandy et Carl Henderson. Malheur aux auto-stoppeurs qu'ils cueillent sur la route. Ils deviendront des "modèles" dont les photos s'entasseront dans un carton sinistre.

Au royaume des damnés, nul salut n'est à espérer des autorités, à l'instar de Bodecker, shérif aussi véreux qu'une vieille planche pourrie ou du pasteur Teagardin, obsédé par les gamines qu'il entraîne dans les chemins creux.

La plupart des hommes de ce roman âpre trimballent un passé agité. Au mieux, ils assassinent par bêtise. Au pire, perdants rivés à leurs horizons bornés, ils sont les fruits corrompus d'une Amérique rurale tiraillée par la notion du péché et qui s'adonne dans l'ombre à des rites archaïques.

Avec son regard radical sur des personnages pris dans les chaînes de leurs frustrations, Donald Ray Pollock a l'envergure des ténors de la littérature américaine. Sa touche lyrique, qui laisse passer le peu de lumière admise entre des héros torturés, ajoute à ce roman fascinant.

"Le diable tout le temps", Donald Ray Pollock. Traduit de l'américain par Christophe Mercier. Albin Michel, collection Terres d'Amérique. 370 pages. 22 €.

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31 mars 2012 6 31 /03 /mars /2012 18:25

Dans « Le Portique » (Editions du Rocher), de Philippe Delerm, le lecteur retrouve cette prose toute de charme et de simplicité, cette élégance légère et nostalgique qui lui renvoie le bonheur en miroir.

 

Une chronique d'Olivier Quelier

 

9782070421817.jpgCe fut comme une révélation. Là, au milieu de ce jardin qu’il ne fréquentait qu’en dilettante, spécialiste de la tonte régulière et pas trop rase, aide ponctuel de son épouse Camille, grande prêtresse de ce domaine qu’elle couvrait d’attentions et de fleurs multicolores ; là, au milieu - juste entre le sage ordonnancement et les grandes herbes folles qu’il faisait faucher une fois l’an - comme une frontière entre deux mondes, Sébastien avait décidé de dresser un portique.

 

Camille lui avait fait remarquer qu’il s’agissait davantage d’une pergola, mais Sébastien réfutait ce vocable. Il suspectait dans ce mot trop de préciosité, « une espèce de prétention amidonnée masquée de désinvolture italianisante ». Le portique, lui, évoquait une sagesse hellénique et une porte, aussi, « le signe d’un passage dont il ignorait le sens, mais qui gagnerait en substance avec sa construction ».

 

L’écume de la vie

 

Sébastien est un personnage comme les aime Philippe Delerm. Proche, avec ses faiblesses avouées et ce vague à l’âme qui saisit le cœur sans qu’on sache trop pourquoi. A 45 ans, professeur de lettres dans un paisible collège de la campagne normande, Sébastien Sénécal n’est « pas dans la force, mais dans la faiblesse de l’âge ».

 

Longtemps, il « a négocié une voie médiane qui lui permettait de pratiquer un métier intéressant tout en goûtant l’écume de la vie ». A quelques semaines des vacances de Pâques, il est victime de vertiges, se sent « comme à l’envers de lui-même ». Il devine qu’il se prépare une petite dépression. Lui qui se croyait doué pour la vie, le voici pris d’une « fragilité désagréable et vaine ».

 

Tout lui devient pénible : « Faire la queue chez le boulanger (…) échanger quelques phrases debout sur le trottoir ». Tous ces instants qu’en d’autres moments Philippe Delerm qualifia avec succès de « plaisirs minuscules ». Fidèle à son style, l’auteur prend le temps de citer les fleurs du jardin de Sébastien, le nom des billes qu’il retrouve par hasard et lui rappellent son enfance, ces passages de nostalgie qui, sortis de leur contexte, sont d’une mièvrerie un brin ridicule.

 

Comme « Candide », de Voltaire

 

Pour se ressaisir, Sébastien a l’idée de bâtir un portique au milieu du jardin, comme « une volonté un peu dérisoire de construire un passage – entre quoi et quoi ? » Il se souvient du « Candide » de Voltaire et cultive son petit domaine, parce qu’il y trouve l’apaisement et peut y échapper à un monde qui ne lui convient plus guère.

 

Il ira plus loin, tracera dans les herbes sauvages une allée à l’anglaise, comme pour retrouver son chemin au milieu des brumes qui l’assaillent, finira sa thérapie en entreprenant des travaux d’ampleur, juste pour faire plaisir à sa femme, lui dire qu’il l’aime et que, oui, c’est certain, il va mieux.

 

Sébastien, comme l’auteur, « avait toujours senti en lui à la fois cet accord avec les choses de la vie et la possibilité de prendre avec elles la distance nécessaire pour le goûter en spectateur ». C’est sans doute là que réside la magie de Delerm. Dans ce plaisir du quotidien indissociable d’une certaine nostalgie, vécue avec un recul riche d’humour et, surtout, de généreux talent.

 

« Le Portique » de Philippe Delerm. Editions du Rocher et Folio.

140507AJM

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