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18 mars 2010 4 18 /03 /mars /2010 18:55

Après des années de tâtonnement, la 3D est enfin au point. Tim Burton ne l’est plus depuis longtemps.

 

Une critique de Nicolas Sykas

 

Johnny-Depp-as-the-Mad-Hatter-Tim-Burton-Alice-in-WonderlanBalayons tout de suite l’excuse habituelle : « Le scénario n’est pas de  lui, c’est une adaptation, c’est un film de commande ». On juge un film pour ce qu’il est, pas pour là d’où il vient. Le film, s’il perdure après le mot fin, n’existe pas avant le début de la séance. Adapté d’un livre, d’une série, d’une attraction, il est l’œuvre d’un réalisateur. Le scénario n’est qu’un outil de travail.

 

Alice au pays des merveilles de Tim Burton se devait d’être un hymne à la folie. Les premières images le sont, Tim Burton n’a pas perdu sa patte (de lapin) (blanc). Rebutante au premier abord, la dégaine du film est finalement très agréable. La technologie 3D est définitivement maîtrisée, immersive et plaisante (hormis pour les porteurs de lunettes qui souffrent encore de devoir superposer aux leurs d’horribles montures en plastoc qui font mal au nez).

 

Classique, le scénario oscille entre épique léger genre Seigneur des Anneaux (d’innombrables chevauchées inutiles) et quelques dialogues plutôt réussis donnant une petite épaisseur aux personnages. Pour les interpréter, le réalisateur avait, comme  à l’habitude, réunit la team Burton (humour) : Helena Bonham Carter et Johnny Depp, très bon,  auxquels  s’ajoutent la jeune Mia Wasikowska, convaincante en Alice, et Anne Hathaway, mignonne, comme d’habitude.

 

Une aventure bien rythmée, avec ce qu’il faut de merveilleux, d’inventivité et d’humanité. Un bon film ? Faut pas déconner non plus.

 

A la folie ? Pas du tout !

 

Le problème de Tim Burton, c’est Tim Burton. Après ses débuts impressionnants, difficile d’accepter sa lente agonie.

 

Quand on aime Mars Attack, difficile d’accepter que le combat d’Alice se règle… par un simple combat. Quand on sait à quel point Burton vomissait Rox et Rouky lorsqu’il était animateur pour Disney, on souffre de le voir confier l’humour de son film à des animaux bavards aux pupilles surdimensionnées. Et que dire du fait que les moches (la Reine de Cœur et sa tête difforme) perdent face aux beaux (la Reine Blanche et sa grâce naturelle) ? Il y’a blasphème envers Edward !

 

La folie, thème central du film, n’est que visuelle. Après avoir vécue dans le monde merveilleux, Alice revient à la raison et choisit d’aller affronter le monde réel avec courage (elle trouve même un travail). Où est la beauté de Beetle Juice, où le choix n’était pas obligatoire, où l’on pouvait très bien réussir son contrôle de maths et danser dans l’escalier avec une équipe de macchabées imbéciles ?

 

Maxime du film, répétée à plusieurs reprises : seul les gens fous sont  des gens bien. Où donc est passée la folie de Tim Burton pour pondre cette œuvre correcte, agréable, mais tellement conventionnelle ? Le cinéma fantastique n’est pas là pour donner des leçons : le pragmatisme y est synonyme d’ennui, voir de moralisme.

 

En perdant sa folie, Tim Burton devient ce à quoi les critiques l’ont toujours réduit : un filtre graphique, un raccourci Photoshop, une image vide, les cheveux hirsutes et Johnny Depp en plus.

 

Retrouver l’estime Burton


burton-alice_preview.jpgTentative d’explication à ce désolant gâchis. Au début des années 90, Tim Burton aligne deux chefs d’œuvre qui ne marchent pas en salle : Ed Wood et L’étrange Noël de Mr Jack. Sans doute vexé par des bides auxquels il n’est pas habitué, le réalisateur se venge en tapant dans la facilité. S’ensuivent d’ignobles adaptations de séries télé (La planète des singes, inutile) et de livres (Charlie et la chocolaterie, indigeste).

 

Et ça marche : aujourd’hui, sa vision du gothique domine et s’imprime sur des posters, tee-shirts, sacs à main, porte-clés, quand il ne s’auto-parodie pas lui-même (Les noces funèbres, funèbre). La magie n’existe plus : les belles rayures noires et blanches ressemblent aujourd’hui à des barreaux de prison.

 

Sans doute, dans le terrible cimetière de Mr Jack, y a-t-il désormais une croix au nom de Tim Burton : y git le cadavre de son impossible pari, gagner le public tout en restant soi-même. Les fans, malheureux, espèrent la résurrection.

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Published by Nicolas Sykas - dans Cinéma
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9 mars 2010 2 09 /03 /mars /2010 14:58

Rob Marshall transforme Fellini en comédie musicale type Broadway. Une idée stupide, un résultat consternant.

 

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Une chronique de Nicolas Sykas

 

Rob Marshall, réalisateur médiocre, remporte l’Oscar du meilleur film avec la comédie musicale Chicago en 2001. Comme tous les tacherons dans sa situation, il est alors confronté au cruel dilemme chanté par Bécaud : « Et maintenant, que vais-je faire ? » Christophe Barratier, notre usurpateur à nous (Les Choristes, 2004), connaît la réponse : si on ne peut pas faire mieux, faisons plus !

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Amis producteurs, fais-nous péter le casting, construis-moi un décor grandiose, amène les danseuses et le champagne : en route pour la gloire ! Détail amusant : le manque d’inspiration est justement le thème du film…

 

Mauvais pastiche

 

Nine est inspiré d’une comédie musicale américaine, elle-même adaptée d’une pièce italienne, elle-même adaptée de 8 ½, chef-d’œuvre de Federico Fellini tourné en 1963. Guido, réalisateur au sommet de son art, n’a pas d’idées pour son prochain film. Il se lance alors dans une fuite en avant et convoque toutes les femmes de sa vie, plus pour assister à sa chute que pour expier ses pêchés.

 

Dans une scène ridicule, une journaliste chante à Guido son amour pour les films italiens, réduit aux Vespa, aux costumes bien coupés et aux plats de spaghettis. L’espace d’un instant, on se demande si Rob Marshall ne critique pas subtilement l’amour souvent exagéré que porte les spectateurs au cinéma fellinien, juste « parce que ça fait bien ».

 

Hélas, cette scène n’est finalement pas le fruit d’une réflexion critique mais simplement une énième preuve de l’incompétence de Rob Marshall : le spectateur un peu con-con, c’est lui. Difficile de voir dans Nine un remake de 8 ½. Au vu de la qualité du film, on parlerait plus de parodie, voire de pastiche. On pense même à une insulte.  

 

Du film original, Rob Marshall a gardé quelques scènes (au hasard ?) qu’il se plait à massacrer. Horriblement didactique et bavard, il propose rien de moins qu’une explication de texte du film de Fellini, la bêtise et le bon sentiment remplaçant le fantastique et le mystère. Les qualités de réalisateur de Federico Fellini et de Rob Marshall ne sont pas comparables, leurs qualités humaines semblent ne pas l’être non plus.

 

Aussi sensuel qu’une pub Freedent

 

La belle cohérence dans Nine tient au fait que tout est raté : la facilité du propos s’accompagne d’une réalisation technique plate. Les décors sont affreux et les musiques banales. Les scènes de danse, en plus d’être inutiles, sont répétitives et mal amenées. 

 

Le glamour du film est, à l’image de ses affiches promotionnelles, un catalogue de clichés inhumains et froids. La sensualité qui s’en dégage est assez proche de ce que l’on peut ressentir en regardant une photo de Megan Fox dans Télé Poche.

 

19155415-r 760 x-f jpg-q x-20090818 031517On excusera Penelope Cruz qui semble aussi malheureuse que nous de se retrouver dans ce film et on s’amusera de Marion Cotillard, sans doute persuadée d’avoir trouvé un grand rôle.


La « performance » de Fergie ne mérite pas qu’on l’évoque (ou alors avec un petit sac en papier du modèle qu’on donne dans les avions).

 

Nicole Kidman est un cas à part. Sa carrière d’actrice représente assez bien l’évolution du cinéma entre 8 ½ et Nine : jeune actrice flamboyante, sensuelle et provocante (Prête à tout de Gus Van Sant, 1995), elle n’est plus qu’une potiche botoxée venant taper le cacheton en refaisant encore une fois la pub Chanel. Triste.

 

Après deux heures de purge, on est surpris de ne pas voir évoquer Fellini dans les crédits de fin. Rob Marshall est-il fou de vanité ou simplement honteux de citer le maître au générique de sa minable copie ?


Souvent, les assassins n’ont pas de courage.

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Published by Nicolas Sykas - dans Cinéma
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11 février 2010 4 11 /02 /février /2010 15:25

Le film « L’autre Dumas » de Safy Nebbou est sorti ce mercredi 10 février en salles. Gérard Depardieu y incarne Alexandre Dumas, romancier quarteron, petit-fils d’une esclave noire de Saint-Domingue. Ce choix de casting provoque depuis quelques jours une véritable polémique. Morceaux choisis.

L-Autre Dumas affiche

« Eût-on interrogé un spécialiste de Dumas (ces animaux rares existent) sur la distribution, et lui eût-on assuré que le rôle de Dumas serait assuré par Gérard Depardieu, il se serait récrié : « Et pourquoi pas Josiane Balasko en princesse de Clèves ?! » Tant on garde un souvenir exécrable de son Edmond Dantès télévisuel dayanesque, contresens flagrant, rose et gras, quand on attendait un spectre tragique rendu à la vie une fois vengeance faite (…).

Pourtant, il y a entre le rôle et l’acteur, qui a choisi pour une fois la sobriété, une authentique sympathie, qui convainc et fait oublier l’étrange gageure et le teint tournant au rubicond »

 

Claude Schopp, spécialiste d’Alexandre Dumas, à propos du film de Safy Nebbou, « L’autre Dumas » avec Gérard Depardieu et Benoît Poelvoorde (Libération, 10 février 2010, in « Dumas, combat poids plume »).

 

Dans le Parisien du même jour (in « Alexandre Dumas trop blanc ? »), l’ex Miss France Sonia Rolland (métisse franco-rwandaise) déclare : « Dumas avait des traits assez négroïdes. Dans ce film, on occulte son histoire, il est grimé, on lui met des bouclettes sur une tête de Gaulois. En plein débat sur l'identité nationale, ça semble ne choquer personne, à part quelques Noirs ou Métis. On préfère fermer les yeux sur toute une partie de notre histoire parce qu'il est trop risqué de monter un film avec un acteur noir ou métis? On peut voir ça comme du mépris ».

 

Réponse du réalisateur, Safy Nebbou : « Dumas était aux trois quarts blanc, ça aurait été une erreur historique de choisir un acteur métis, même si c’est une éventualité à laquelle on a réfléchi. Il avait les yeux bleus comme Depardieu et les cheveux crépus, on a frisé ceux de l'acteur et on lui a foncé le teint. »

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Published by Olivier Quelier - dans Cinéma
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26 janvier 2010 2 26 /01 /janvier /2010 08:47

C’est un projet fou et démesuré qui a demandé six années. « Océans », incroyable plongée dans le monde marin réalisé par Jacques Perrin et Jacques Cluzaud, sort en salle ce mercredi 27 janvier.

 

Un entretien réalisé par Frédérique Bréhaut (Le Maine Libre)

 

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Photo : copyright Mathieu Simonet

 

Depuis « Microcosmos », d’où vient votre implication dans les films documentaires proches de la nature ? Vous étiez las de produire des fictions ?

Jacques Perrin.- C’est le même engagement pour « Z » ou pour « Océans » : l’envie de raconter des histoires. Le monde a changé et les préoccupations sont différentes. Depuis « Microcosmos » et « Le Peuple migrateur », les histoires du vivant me passionnent. Et quoi de plus vivant que la mer ?

 

Vous n’êtes pas dans le discours catastrophiste qui s’épanouit en ce moment…

La mer offre de véritables sanctuaires. Partout où les espèces sont protégées, il y a de l’espoir. On le voit à Port-Cros où, depuis que la zone est respectée, les mérous sont revenus. Avec ce film, je souhaite montrer la richesse de la biodiversité marine. La mer a de formidables capacités de résistance aux pillages des humains. Très vite, la nature peut reprendre le dessus. Le pire danger reste l’indifférence. « Océans » n’est pas un film à thèse qui cherche à faire passer un message. Je voulais que ce soit un conte avec des images étonnantes.

 

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Photo : copyright Pathé Distribution

 

Deux ans de préparation, quatre ans de tournage, c’est le plus démesuré de vos films ?

C’était une vaste entreprise à la dimension d’un énorme sujet. Nous savions que cela prendrait plusieurs années car nous étions tributaires des rendez-vous de la nature… Et parfois, la nature n’est pas à l’heure ! Il fallait aussi rassembler des équipes importantes en plusieurs endroits de la planète. D’ailleurs, nous avons dépassé nos prévisions d’un an !

 

Avec Jacques Cluzaud, vous obtenez des images très spectaculaires, jamais vues…

Nous nous mettons du côté du spectateur. Nous nous adressons à l’émotion et laissons à chacun sa liberté de réception et d’interprétation. Par exemple, l’une des particularités tient à la bande-son. Les conventions du son dès qu’il s’agit des profondeurs remontent au film « Nemo », avec un son sous-marin ouaté, étouffé. Or en réalité, c’est l’inverse. Les sons sont aigus et se propagent très vite.

 

Quelle est la séquence qui vous a le plus étonné ?

Ce n’est pas une séquence particulière, mais l’approche des animaux, cette façon unique et inédite de les accompagner à leur vitesse réelle. Lorsqu’on est à 20 nœuds à côté des dauphins, on sent vraiment la proximité. Celui qui filme fait partie du banc. Pour obtenir ce résultat, on a inventé une caméra torpille qui a réclamé des années de développement. Lorsque nous avons vu ces images pour la première fois, ce fut une profonde émotion car le regard sur les espèces est vraiment différent. Nous ne sommes pas des naturalistes. Nous souhaitions montrer les océans dans tous leurs états. Les spectateurs découvriront par exemple une tempête comme jamais vue au cinéma.


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Le site officiel du film est ICI.

« Océans », documentaire de Jacques Perrin et Jacques Cluzaud, Pathé Distribution. Sortie nationale le 27 janvier 2010.

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Published by Frédérique Bréhaut (ML) - dans Cinéma
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20 décembre 2009 7 20 /12 /décembre /2009 16:26

L’adaptation cinématographique de « La Route », le livre de Cormac McCarthy, est actuellement sur les écrans. Réalisé par John Hillcoat, ce film réunit Viggo Mortensen, Guy Pearce, Robert Duvall et Charlize Theron.

 

En voici la bande-annonce :

 


The Road / La Route - Trailer

Pour en savoir plus, le site officiel du film est ICI.


La chronique de Frédérique Bréhaut sur book.emissaire : « La Route » de Cormac McCarthy : après l’apocalypse

 

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Published by Olivier Quelier - dans Cinéma
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1 novembre 2009 7 01 /11 /novembre /2009 14:15
Au hasard d'un déplacement professionnel à Angers, je suis tombé en page 4 du Maine Libre sur un article intitulé : Laurent Lèguevaque : "Berre, si doué pour la manipulation". Laurent Lèguevaque, je connais. Magistrat jusqu'en 2005, il a écrit plusieurs ouvrages dont "Justice à tous les étages" que j'avais chroniqué il y a quelques mois pour le site mondedulivre.com.
Ce jour-là, au Mans, aux côtés du réalisateur Xavier Giannoli, Laurent assistait à l'avant-première du film "A l"origine", inspiré d'un fait divers original : l'histoire de Philippe Berre, qui se serait fait passer pour un chef de chantier et aurait construit une autoroute au milieu d'un champ... A l'époque, le juge Lèguevaque instruisait une affaire d'escroquerie, quand son chemin a croisé l'autoroute de Berre.
L'ensemble est bien résumé dans ces deux articles ici et .


Le film de Xavier Giannoli sort sur les écrans le 11 novembre. De nombreuses interviews (Giannoli, Lèguevaque,...) sont disponibles sur le site officiel du film.
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Published by Olivier Quelier - dans Cinéma
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