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4 décembre 2011 7 04 /12 /décembre /2011 17:01

David Foenkinos sonde la vieillesse avec une douceur parfois cruelle.

 

Une chronique de Frédérique Bréhaut.

 

auteur_david-foenkinos_2008.jpg

 

Humour et mélancolie s’allient dans ce roman inspiré par nos mémoires sélectives, seules face aux crimes impunis du temps.

 

A la mort de son grand-père, le narrateur mesure pour la première fois le compte à rebours à l’œuvre. Jeune homme indécis à la recherche de l’amour et rêvant à l’écriture d’un premier roman, il maintient cet entre-deux dans le douillet d’un petit hôtel parisien où il est gardien de nuit. Un hôtel comme un havre quand autour de lui les repères familiaux se fendillent.

 

La fantaisie en catimini

 

C’est tout d’abord sa grand-mère, à peine veuve, exilée par ses fils dans une maison de vieux car jugée trop fragile pour rester seule chez elle. Puis ses parents soudain démunis face à leur retraite respective. Leur rupture avec la vie professionnelle sonne comme une capitulation et sur ce terreau fertile, la dépression menace.

 

Pendant que ses parents sombrent et que sa grand-mère mijote un coup d’éclat, le narrateur guette une amoureuse potentielle au hasard des cimetières. À défaut d’écrire son grand roman sur l’Occupation, l’amour lui offrirait une consolation. Au passage, il accroche quelques souvenirs pris à d’autres vies que la sienne, éclats minuscules empruntés à ses proches, à Claude Lelouch, Kawabata, Modiano ou à un caissier de nuit sur une autoroute.

 

Ainsi file la vie, en petites séquences anodines et ruptures insidieuses. La scène où la grand-mère s’éteint pendant que son petit-fils lui lit des pages d’un guide touristique de Rome mérite à elle seule la plongée dans « Les Souvenirs ».

 

David Foenkinos dompte la fantaisie de ses précédents livres sans l’effacer. Elle se glisse en catimini au détour d’une note, pique la douceur parfois cruelle du ton, adopte la légèreté de situations parfois farfelues pour aborder le thème plus grave de la mort. La finesse du trait saisit le caractère déprimant des pots de départ en retraite, le sublime d’une déclaration d’amour et les égarements des heures creuses.

 

Sensible, le jeune romancier approche un sujet sombre avec l’élégance de la légèreté.

 

« Les souvenirs » de David Foenkinos. Gallimard. 266 pages. 18,50  €.

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Published by Olivier Quelier - dans Critique littéraire
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