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26 février 2011 6 26 /02 /février /2011 18:15

Dans ces nouvelles féroces et virtuoses, Frédérique Clémençon éblouit.

 

Une chronique de Frédérique Bréhaut

 

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« Elle ne les haïssait pas, ne les aimait pas non plus, avait cessé de les aimer sans pour autant les priver des marques les plus visibles de l’affection maternelle ». Ainsi se dessine dès les premiers mots la personnalité d’Isabelle dans la nouvelle « Les petits ». Lucide et sans remords, la jeune mère s’apprête à partir. Sans ses enfants si proches de leur grand-mère.

 

En huit nouvelles féroces comme la vie Frédérique Clémençon scrute les morsures de l’enfance. Sous l’anodin des jours ordinaires, elle met au jour la violence née des souffrances silencieuses.

 

Enjeux de conflits qui les dépassent, « Les petits » de ces histoires se défendent comme ils peuvent avec des armes qui parfois ne cèdent en rien à la cruauté de leurs aînés.  

Que savent-elles de leur sort, ces deux fillettes emmenées parleur père sur une plage? Jean va être privé de ses droits paternels par une belle famille acharnée à l’éliminer et cette sortie avec ses filles est la dernière qu’on lui accorde.

 

Enfants de Truffaut

 

Selim, trop tendre, devient le souffre-douleur d’une bande de garçons de son collège. A la honte de la dénonciation, il préfère le calvaire répété. Paul assiste impuissant à la dégringolade de sa mère ravagée par le chagrin lorsque le père a quitté le foyer. L’abandon est d’ailleurs le fil qui relie chacune de ces nouvelles. Lazare, son copain clodo parti, à qui Adèle pourra-t-elle confier : « Ma mère en fait, elle attrape mes rêves avec une corde et elle les étrangle. Couic ».


Tant de simplicité, de netteté dans la phrase magnifique traduisent l’enfance sur un ton si juste que l’on en retrouve les contours précis. On songe à François Truffaut dans cette approche sans concession des ripostes enfantines face aux obstinations de la famille et au désir de se conformer aux attentes de la société.

 

En fragments coupants, Frédérique Clémençon saisit ces moments où l’innocence abdique devant la volonté des autres. C’est ce que l’on appelle grandir.

« Les petits » de Frédérique Clémençon. L’Olivier. 200 pages. 18€.

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Published by frédérique bréhaut - dans Critique littéraire
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