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22 janvier 2011 6 22 /01 /janvier /2011 11:30

Seule la beauté peut sauver le monde, assure Andreï Makine dans son nouveau roman, « Le livre des brèves amours éternelles ». Eblouissant.

 

Une chronique de Frédérique Bréhaut

 

andreimakine_200.jpgEn huit courtes séquences ciselées comme des nouvelles, Andreï Makine renoue avec la musique délicate du « Testament français » doublement couronné en 1995 par les prix Goncourt et Médicis. Roman d’apprentissage ancré dans la Russie soviétique des années 60, « Le livre des brèves amours éternelles » éclaire les destins broyés par des instants de grâce lumineux.

 

Le narrateur trace les contours nets de quelques épisodes de son enfance d’orphelin spectateur d’un régime vermoulu dont il devine peu à peu les supercheries. Dans les écoles où l’on entretient la légende de Lénine, le doute surgit parfois.

   Photo : © Murielle Lucie Clément

Ce bateleur envoyé de villages en villages raconter aux enfants sa brève rencontre avec le Guide n’est-il pas trop jeune pour être

 

authentique ? Qu’à cela ne tienne. L’institutrice de l’orphelinat mène sa classe vers un village voisin où vit une vieille femme dont on assure qu’elle avait approché jadis Vladimir Illich.

 

Partis à sa rencontre, les enfants déçus trouvent porte close mais devinent la vie misérable et la trajectoire broyée de celle qui avait travaillé avec le héros de la révolution. Un autre jour, jouant parmi les structures métalliques démontées de la tribune d’un défilé, le gamin trop aventureux se retrouve prisonnier de l’enchevêtrement de poutrelles. En quelques phrases, Makine traduit le régime carcéral au revers des grand-messes célébrant l’édification des masses.

 

Cueillant un geste d’amour, une robe claire, Andreï Makine célèbre le fugace, ces instants furtifs qui soudain allègent la noirceur du quotidien. Poignant lorsqu’il montre ces femmes qui tentent de passer un morceau de pain à un père, un mari ou fils prisonniers requis dans une usine dangereuse, inattendu quand il raconte la contribution de Patrick Dewaere à la chute du Mur de Berlin, lyrique dans l’éclat fleuri d’une pommeraie inouïe, bouleversant aux côtés du poète Dmitri Ress dissident irréductible, le romancier russe polit des histoires implacables sauvées par des moments de douceur.

 

Makine, apaisé, revient au meilleur de son art. On envie ceux qui n’ont pas encore lu ce roman du Sibérien. L’éblouissement les attend.

 

« Le livre des brèves amours éternelles » d’Andreï Makine. Seuil. 195 pages. 18,50 €.

 

andreimakine.com)

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Published by Frédérique Bréhaut - dans Critique littéraire
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