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22 décembre 2012 6 22 /12 /décembre /2012 19:01
A quelqu'un qui lui demandait "Vous venez de là-bas?" Giacomo Casanova répondait "Non, Venise n'est pas là-bas, elle est là-haut". Pour l'heure, elle est aussi accrochée aux cimaises de deux musées parisiens. Jusqu'au 21 janvier à Jacquemart-André sous le double hommage rendu à Canaletto et à Guardi, ainsi qu'au Musée Maillol où jusqu'au 10 février, l'on retrouve Canaletto, maître des vedute vénitiennes.

Une chronique de Frédérique Bréhaut

Canalett3.jpg
Les Anglais lancés dans leur "Grand tour" en raffolaient. Les Vedute, ces vues de Venise ancêtres de la carte postale, ont bâti la fortune de quelques peintres vénitiens dont Antonio Canal di Canaletto (1697-1768) puis Francesco Guardi (1764-1835). Grâce aux vedute, de simples décors les villes devenaient sujets du tableau.

Dans les salons de Jacquemart André, le Grand Canal, la place Saint Marc, la Salute, le Rialto, se mirent sous des ciels plus ou moins nuageux, dans des eaux dont la couleur varie des irisés de l'huître à d'étonnants verts tropicaux. Canaletto possédait le sens de la reproduction avec celui des affaires. Sous son pinceau, les mêmes scènes se multiplient; belles se rendant au bal, noria de gondoles, personnages masqués de Carnaval, perruquier ajustant sa marchandise devant son échoppe,  silhouettes capées de noir ou chats colériques se défiant sur la place San Marco. 

Le visiteur rend grâce

Au bout du compte, le visiteur rend grâce. La minutie des vues, la façade nacrée du Palais des Doges, la splendeur du Bucentaure, finissent par lasser. 

L'exquis urbanisme de la Cité des Doges avec ses palais, ses canaux, ses cheminées coniques qui griffent les nuages, ses personnages théâtralisés, perd de son pouvoir. De la répétition naît l'ennui. 

Sans compter que le musée Jacquemart-André attire allez savoir pourquoi, la clientèle la plus mal élevée de Paris. Nulle part ailleurs le visiteur ne doit composer avec autant de malappris qui se plantent devant vous, nez collé au tableau, papotent à l'entrée d'un salon exigu, tiennent leur audio guide à 5 centimètres de leur oreille. Au mieux, vous n'avez pas cet appareil et vous êtes informé, quoique à contre-temps. Au pire, vous avez le vôtre, ce qui vous vaut un commentaire en stéréo.

Lorsqu'ils laissent assez d'espace, on peut alors s'attarder sur les tableaux de Guardi, émule de Canaletto qui a remplacé l'habileté manufacturière du premier par une sensibilité plus touchante. Figée chez l'aîné, la Sérénissime vibre chez le second. 

Plus attractif au musée Maillol

Canaletto est plus attractif au musée Maillol. Les vedute sont les mêmes, mais le musée de la rue de Grenelle dévoile d'émouvants carnets de croquis ainsi qu'une reconstitution de la camera oscure, chambre noire que le peintre utilisait pour faire les relevés des enfilades de façades, des perspectives. D'où la précision pointilleuse de ses tableaux…et leurs succès. Les voyageurs qui achetaient les vues de Canaletto rentraient au pays avec l'exacte reproduction des sites emblématiques de Venise.

Enfin pour rester au contact avec la Venise pétillante, spirituelle, voici quelques belles lectures.
A tout seigneur tout honneur, "Histoire de ma vie" de Giacomo Casanova. Si on laisse de côté les amours turbulentes de Sand et Musset à l'hôtel Danieli, ne boudons pas "Les carnets d'Asper" d'Henry James.

Et s'il faut choisir encore, après les déambulations crépusculaires d'Aschenbach, le héros de "Mort à Venise", Dona Leon aujourd'hui signe d'excellents polars. Sur les traces du commissaire Brunetti, Venise sort des vedute chères au XVIIIème siècle pour offrir des suspenses digne de l'intrigante ville des Doges.

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Published by Frédérique Bréhaut - dans Actualités
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