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11 décembre 2011 7 11 /12 /décembre /2011 15:52

Lorsqu’Eric Puchner observe la Californie, le rêve américain se consume.

 

Une chronique de Frédérique Bréhaut.

EricPuchner-c--Saeed-Mirfattah.jpg

©  Saeed Mirfattah


Go west. A la poursuite du rêve américain, la famille Ziller a quitté sa vie cossue dans le Wisconsin pour la Californie. Au bout du voyage, la fortune n’est pas au rendez-vous. Pire même, Warren le père, s’enlise dans un désastre financier lorsque les opérations immobilières juteuses qu’il convoitait s’échouent aux abords d’une décharge nauséabonde.

 

Pendant que Warren se débat avec ses créanciers en cachette de Camille sa femme réalisatrice de documentaires foireux sur l’éducation sexuelle, leurs trois enfants traversent l’adolescence en s’écorchant aux angles de la vie. Le jour où leur maison explose, la déflagration ruine la vie de Dustin l’aîné beau gosse, mais elle renverse aussi sur son passage les équilibres fragiles, dont celui de Jonas, le petit dernier à l’intelligence dérangeante.

 

Eric Puchner enveloppe en douceur le lecteur dans le tableau d’une famille américaine prise dans ses désillusions pour mieux le saisir au collet ensuite. Après l’explosion, le roman bascule vers la dislocation des individus. A l’image du chien de la famille, les Ziller boitent.

 

Le cœur en lanières

 

La Californie rutilante des vies tape à l’œil s’efface derrière une réalité déprimante révélatrice des failles de chacun. Dans cet environnement instable peuplé de laissés pour compte (dont les Mexicains), la famille Ziller vacille. D’une formidable justesse, le regard d’Eric Puchner scrute le ballet des individus.

 

Les adolescents en quête d’amour se cherchent, se frôlent, se fuient pour mieux s’attirer tandis que Warren et Camille s’éloignent irrémédiablement l’un de l’autre, conscients que leur mariage sombre. Et avec lui, l’image de l’Amérique triomphante des années quatre-vingts.

 

Eric Puchner, l’hypersensible dont le talent éclatait déjà dans « La musique des autres », un recueil de nouvelles, se déploie dans ce premier roman où la finesse se dispute à l’humour grinçant. A l’écoute de la solitude de ses personnages, le jeune écrivain américain manie le loufoque en virtuose avant de nous découper le cœur en lanières.

 

« Famille modèle » d’Eric Puchner. Traduit de l’américain par France Camus-Pichon. Albin Michel. 523 pages. 24 €.

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Published by Frédérique Bréhaut - dans Critique littéraire
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