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7 avril 2014 1 07 /04 /avril /2014 22:49

C'est quoi, du Duras ?

 

"C'est laisser le mot venir quand il vient, l'attraper comme il vient, à sa place de départ, ou ailleurs, quand il passe. Et vite, vite écrire, qu'on n'oublie pas comment c'est arrivé vers soi. J'ai appelé ça "littérature d'urgence". Je continue à avancer, je ne trahis pas l'ordre naturel de la phrase. C'est peut-être ça le plus difficile, de se laisser faire, laisser souffler le vent du livre..."

 

Entretien avec Ariette Armel dans Le Magazine littéraire, 1990).

AVT Marguerite-Duras 9551

Pour lire l'intégralité de l'article publié dans Télérama n°3351 (02/04/2014), c'est ICI.

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27 mars 2014 4 27 /03 /mars /2014 19:16

« Je compose mes poèmes seul, en marchant en général.

Je ne prends pas de notes, mais quand je rentre chez moi,

ou bien j’ai déjà oublié le poème,

ou bien je le consigne par écrit.

J’ai aimé beaucoup marcher dans Paris,

en suivant l’injonction de Queneau : « Lisez les rues ! »

On regarde ce qu’il y a écrit sur les murs ou par terre, on écoute les bruits de la ville,

on capte ainsi tout ce que Perec appelait « l’infra-ordinaire ».

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3 mars 2014 1 03 /03 /mars /2014 16:22

Michka Assayas est critique de rock et écrivain (il a obtenu en 2002 le prix des Deux-Magots pour « Exhibition »). Dans « Apprendre en public », un article publié il y a peu dans Libération, il revient sur ses débuts en journalisme. Pas tendre avec les écoles et leurs enseignants, mais révélateur d’une époque révolue.

 

images-copie-4.jpg« Ceux qui ont eu la chance d’écrire alors [dans les années 1980, NdA] dans Libération savent qu’ils ont eu le privilège de faire leur apprentissage en public.

 

En 2014, quel jeune homme de vingt et un ans pourrait débarquer dans la rédaction d’un grand quotidien national et y faire publier, tel quel, son papier ?

 

Il lui faut d’abord envoyer un CV. Puis patienter des semaines, voire des mois.

 

Et s’il n’est pas passé entre les mains d’une armée de Diafoirus enseignant le « journalisme professionnel » (entendez le « formatage »), ce n’est même pas la peine d’essayer.

 

Avant même d’avoir poussé son premier cri, un apprenti journaliste ou critique est censé être un « professionnel ». On ne lui accorde aucune confiance en tant qu’individu. On le juge simplement sur son aptitude à appliquer des codes et des techniques.

 

Si Cavanna, Jean-François Bizot, Philippe Paringaux, Serge July ou Christian Fevret étaient passés par de tels laminoirs, auraient-ils crééCharlie Hebdo, Actuel, Rock & Folk, Libération ou Les Inrockuptibles ?

 

A coup sûr, jamais. »

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30 juillet 2013 2 30 /07 /juillet /2013 16:47

« Si on veut encourager en chacun le goût et la pratique d’une langue forte, variée, savoureuse, il faut naturellement faire lire, mais aussi faire écrire et même pratiquer l’imitation des grands auteurs.

Apprendre à utiliser dans les textes les plus contemporains des façons de parler plus anciennes, plus rares, plus pittoresques, des phrases de Gide ou d’autres grands écrivains français ».

 

Danièle Sallenave, écrivain.

 

(via France Culture Papiers et Livres Hebdo).

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13 juillet 2013 6 13 /07 /juillet /2013 18:08

6a015433b54391970c017eea89905c970d-200wi« Poésie et résistance sont comme deux synonymes. La poésie implique forcément l’attitude et l’acte de résistance.

La poésie est résistance à l‘usure quotidienne, au laisser-aller, au laisser-faire, à l’habitude, à l’acceptation de la médiocrité et de la mesquinerie. La poésie est pour moi l’acte suprême de civilisation. Elle est un antidote à la barbarie. Elle est antipodique  et antidotique, par rapport à la barbarie.

Être poète, c’est donc déjà être résistant. »


Vous pouvez retrouver l’univers de Georges-Emmanuel Clancier ICI.

 

(extrait de l'entretien paru dans LIRE: de juillet-août 2013)

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29 juin 2013 6 29 /06 /juin /2013 17:41

images-copie-1.jpgDenis Robert : J’ai toujours accordé l’essentiel de mon intérêt à l’écriture. Je prends plus de plaisir à lire Richard Brautigan que des essais de journalistes, quels qu’ils soient.

 

Je pense que la littérature est plus intéressante pour comprendre le monde que la lecture du journal. En tout cas, les deux sont nécessaires.

 

En même temps, le terme de romancier ne me convient pas vraiment. Les fictions que j’ai écrites ont toujours un lien étroit avec le réel.

 

Nous ne sommes pas très nombreux à faire ce type de littérature en France : je pense à Jean Hatzfeld, Lionel Duroy, Sorj Chalandon, par exemple, qui sont aussi passés par Libération. Je viens de cette famille-là. Libération a été un vivier, un laboratoire en matière d’écriture.

 

index.jpgQuand je suis arrivé à Libération, j’avais vingt-deux ou vingt-trois ans, cela a été extrêmement formateur.

 

D’autant que les journalistes que j’ai aimés sont plutôt des « gonzo », des types qui utilisaient la fiction pour dire le réel, comme Hunter S. Thompson ou Tom Wolfe.

 

 

 


(extrait d’un entretien paru dans L’Humanité le 14 juin 2013.

L’intégralité ICI.)

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21 mai 2013 2 21 /05 /mai /2013 11:55

Au hasard de mes lectures, j’ai découvert ce texte de Jean Anouilh, réflexion toujours d’actualité sur le théâtre et l’objet de l’art.

 

6a00d83534858069e2013484b90d81970c-200wi.jpg« Le naturel, le vrai, celui du théâtre, est la chose la moins naturelle du monde (…). N’allez pas croire qu’il suffit de retrouver le ton de la vie. D’abord dans la vie le texte est toujours si mauvais ! Nous vivons dans un monde qui a complètement perdu l’usage du point-virgule, nous parlons tous des phrases inachevées, avec trois petits points sous-entendus, parce que nous ne trouvons jamais le mot juste.

 

Et puis le naturel de la conversation, que les comédiens prétendent retrouver : ces balbutiements, ces hoquets, ces hésitations, ces bavures, ce n’est vraiment pas la peine de réunir cinq ou six cents personnes dans une salle et de leur demander de l’argent, pour leur en donner le spectacle.

 

Ils adorent cela, je le sais, ils s’y reconnaissent. Il n’empêche qu’il faut écrire et jouer la comédie mieux qu’eux.

 

C’est très joli, la vie, mais cela n’a pas de forme. L’art a pour objet de lui en donner une précisément et de faire par tous les artifices possibles plus vrai que le vrai. »

 

 

Jean Anouilh, « La Répétition ou l’amour puni ».

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31 mars 2013 7 31 /03 /mars /2013 18:39

Journalistes de terrain

Les quotidiens sont out, il n’y a plus de beat. Il y a peut-être des jours où il n’y a rien qui vaille un article dans un journal, même si c’est très rare, alors que sur Internet c’est un flux ininterrompu. Quand de jeunes écrivains ou journalistes me demandent un conseil, ce qui est rare, je leur dis toujours : « Sors ! » Beaucoup de jeunes journalistes pensent qu’ils peuvent tout trouver sur le Web, alors je leur dis : « Qui l’a mis sur le Web ? Il fallait bien que quelqu’un aille chercher l’information sur le terrain. »

Le reportage n’est pas si difficile, il suffit d’oublier ses propres sentiments et de s’adapter à la vie des gens sur lesquels vous écrivez.

 

Gonzo journalisme

J’ai toujours utilisé l’écriture littéraire dans mes reportages. Beaucoup de dialogues, avant tout - pour moi, c’est la base de l’écriture littéraire. Ensuite, sur une construction scène après scène, vous suivez l’histoire sans avoir besoin d’être là. C’est aussi l’abondance de détails pour tout décrire de l’environnement ou du personnage.

Par exemple, je peux parler, sur plusieurs pages, des meubles d’un appartement pour qu’on comprenne comment le personnage voit sa place dans le monde. Enfin, j’ai utilisé la méthode controversée du monologue intérieur, ce qu’on appelle au théâtre «down stage voice», la voix off. J’écris dans le jargon, dans l’argot, dans la voix de la personne, je parle de son drame intérieur sans avoir besoin de décrire la situation.

 

Langage

Quand j’ai écrit « Moi, Charlotte Simmons », les gens m’ont dit : « Comment quelqu’un de votre âge peut-il parler, dans le livre, le langage des jeunes ? » En 1968, quand j’ai fait un reportage sur les surfers, le Pump House Gang, ils avaient entre 16 et 25 ans, moi j’avais 32 ans, et pour eux j’étais un vieillard, ils n’imaginaient même pas qu’on pouvait durer si longtemps. Ça ne les a pas empêchés de me parler. Au contraire, ils étaient ravis de raconter ce qu’ils faisaient à ce « vieil homme ».

Moi, je fais toujours l’homme qui vient de débarquer de Mars et je dis : « Je n’ai aucune idée de ce que vous faites mais ça a l’air intéressant, racontez-moi. » La plupart des gens, moi compris, se sentent valorisés s’ils peuvent vous raconter quelque chose qu’ils savent et que vous ne savez pas. Cette impulsion est la plus grande alliée du reporter, et aussi du policier. Il faut parler aux gens…

 

Creative writing

La catastrophe pour la littérature, ce sont ces jeunes écrivains qui prennent les cours de « creative writing » qu’on trouve dans toutes les universités américaines. Ils en sortent avec un style d’adolescent. L’âge d’or de la littérature américaine c’était avant la Seconde Guerre mondiale, avec les très grands : Hemingway, Faulkner, Steinbeck, Sinclair Lewis… Fantastique époque ! Certains aimaient l’Amérique, d’autres la détestaient, mais tous étaient fascinés par ce qui se passait ici ou à l’étranger. La Grande Dépression a imposé un style de littérature réaliste.

Après la Seconde Guerre mondiale, les écrivains sont tombés amoureux de la littérature française minimaliste. Ils ont commencé à écrire des romans psychologiques : un livre entier peut se passer à l’intérieur d’une famille pas très intéressante ! Autant de livres de ce genre alors que l’Amérique devient de plus en plus sauvage, et ça ne les intéresse pas d’aller voir… Je ne comprends pas. Finalement, je n’ai jamais cessé d’être journaliste.

 

(extrait de « A Miami, tout le monde se hait ». Interview réalisée par Annette Lévy-Willard pour Libération. 22 mars 2013.) 

 

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©Mark Seliger

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19 mars 2013 2 19 /03 /mars /2013 18:11

Le rôle de l’écrivain pour Paul Auster ? Il le définit en quelque phrases, prélevé dans un long entretien réalisé par François Busnel et dont vous pouvez lire l’intégralité ICI.

 

En voici la substantifique moelle…

 

Paul_Auster.jpg[Le rôle de l'écrivain]. En tout cas, ce n'est pas de théoriser. Jamais. Un romancier n'est pas un philosophe. Ce qui ne l'empêche pas de réfléchir, évidemment. J'ai lu beaucoup de philosophie mais je ne veux pas écrire des livres de philo.

 

Je veux juste essayer de montrer, de faire ressentir ce que c'est qu'être vivant. Voilà ma mission, en tant qu'écrivain. Rien de plus.

 

La vie est à la fois merveilleuse et horrible et ma tâche est de capturer ces moments-là.  

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28 octobre 2012 7 28 /10 /octobre /2012 15:08

Mario-Vargas-Llosa.jpgA l'heure de la culture du divertissement de masse, du divertissement planétaire et immédiat, à l'heure du divertissement audiovisuel et, mieux, multimédiatique, à quoi sert encore l'écrivain ?

 

Je ne crois pas que la littérature soit menacée par le divertissement audiovisuel. Parce que la littérature reste le seul moyen opérant pour maîtriser le langage. Et le langage, c'est ce qui est fondamental. Pas seulement pour vous permettre de vous exprimer d'une manière intelligente, nuancée, avec toutes les précisions que vous jugez nécessaires. Le langage, c'est ce qui permet à votre pensée de s'organiser.

Le langage, c'est ce qui déploie et structure votre imagination, régit votre sensibilité, vos émotions, vos passions. Et cette richesse, vous ne pouvez pas l'acquérir en regardant la télévision ou en voyant des films : c'est le roman, la poésie, les grands essais qui vous la donnent.

 

Mais de nouveaux langages apparaissent sans cesse. Le langage de l'image, en ce début de XXIe siècle, semble bien plus puissant que le langage des mots...

 

Je ne crois pas. Le langage de l'image est un langage très attirant qui vous donne beaucoup d'émotions instantanées, mais passagères. Très passagères. Seule la littérature, et notamment la fiction, peut vous donner la conscience que le monde, tel qu'il est, est mal fait, en tout cas qu'il n'est pas fait à la mesure de nos expectatives, de nos ambitions, de nos désirs, de nos rêves.

Cette insoumission au monde tel qu'il est, seule la littérature vous la transmet, dès votre premier contact avec un livre, et ensuite d'une manière permanente, jusqu'à devenir une partie essentielle de votre personnalité. Et si l'on veut des sociétés qui soient libres, dynamiques, où fonctionne vraiment la démocratie, alors vous avez besoin de citoyens qui soient véritablement mécontents du monde tel qu'il est fait, qui aient soif d'absolu. La littérature provoque cela.

Lire, c'est protester contre les insuffisances de la vie. Lire, c'est se mettre en état d'alerte permanent contre toute forme d'oppression, de tyrannie, c'est se blinder contre la manipulation de ceux qui veulent nous faire croire que vivre entre des barreaux, c'est vivre en sécurité.

 

La littérature est donc une machine à produire une insatisfaction... salvatrice ?

 

Oui, car elle vous fait désirer une autre vie, que la vie réelle ne peut pas vous donner, et forge donc des esprits critiques, épris d'idéal, tandis que l'extraordinaire machinerie audiovisuelle est là pour nous amuser et créer des sujets passifs et conformistes. Un monde sans littérature serait un monde sans insolence. Un monde d'automates.

 

Entretien paru dans Le Point n°2040.

 Propos recueillis par Franz-Olivier Giesbert et Christophe Ono-dit-Biot.

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