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16 novembre 2014 7 16 /11 /novembre /2014 17:46

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Je crois que l'arrondissement de la phrase n'est rien. Mais que bien écrire est tout, parce que "bien écrire, c'est à la fois bien sentir, bien penser et bien dire". (Buffon). Enfin, je crois la Forme et le Fond deux subtilités, deux entités qui n'existent jamais l'une sans l'autre. Ce souci de la Beauté extérieure que vous me reprochez est pour moi une méthode. Quand je découvre une mauvaise assonance ou une répétition dans une de mes phrases, je suis sûr que je patauge dans le Faux ; à force de chercher, je trouve l'expression juste qui était la seule et qui est, en même temps, l'harmonieuse ; le mot ne manque jamais quand on possède l'idée".

Gustave Flaubert, Lettre à George Sand, 10 mars 1876.

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3 novembre 2014 1 03 /11 /novembre /2014 22:22

Dans le numéro 5 de "Presse-Actualité de décembre 1962 - janvier 1963, la réponse de Pierre Lazareff, à qui l'on demandait les qualités essentielles pour être un bon journaliste :

 

"Premièrement, la curiosité. Il faut que ça l'amuse.


Deuxièmement, la rigueur. Une fois que ça l'a amusé, il faut qu'il ne soit jamais satisfait. Tout lecteur est capable de contrôler chaque jour si une information est vraie ou fausse. Imaginez qu'un journaliste vous appelle Jacques Copin au lieu de Noël Copin.


Le lecteur se dira : s'il s'est trompé sur un prénom, comment croire ce qu'il me dit sur la politique de Khrouchtchev ?"

 

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12 octobre 2014 7 12 /10 /octobre /2014 16:24

Rêverie

Ce que j'aime, dans l'écriture, c'est plutôt la rêverie qui la précède. L'écriture en soi, non, ce n'est pas très agréable. Il faut matérialiser la rêverie sur la page, donc sortir de cette rêverie.

 

Corrections

Parfois, je me demande comment font les autres ? Comment font ces auteurs qui, comme Flaubert le faisait au XIXe siècle, écrivent et réécrivent, refondent, reconstruisent, condensent à partir d'un premier jet dont il ne reste finalement rien ou presque dans la version finale du livre ? Cela me semble assez effrayant.

Personnellement, je me contente d'apporter des corrections sur un premier jet, qui ressemble à un dessin qui aurait été fait d'un seul trait. Ces corrections sont à la fois nombreuses et légères, comme une accumulation d'actes de microchirurgie. Oui, il faut trancher dans le vif comme le chirurgien, être assez froid vis-à-vis de son propre texte pour le corriger, supprimer, alléger. Il suffit parfois de rayer deux ou trois mots sur une page pour que tout change.

Mais tout ça, c'est la cuisine de l'écrivain, c'est assez ennuyeux pour les autres...

 

[...]

 

Posture

L'écriture s'accomode mal de la jeunesse. Sauf dans le cas d'un génie poétique précoce, comme Rimbaud. Ecrire très jeune, c'est être soumis à une tension qu'on ne sait pas manier. Regardez ces déménageurs capables de porter sur les épaules et le dos des poids inhumains, parce qu'ils savent quelle posture leur corps doit adopter pour cela.

Ecrire, c'est pareil : il faut trouver la posture. Au début, je n'y arrivais pas, j'étais crispé, tendu, ce n'est pas si facile de se concentrer. De plus, il y a comme une déperdition d'influx nerveux entre le cerveau et la main : on pense à des choses qui vous stimulent, et quand on se met à écrire, d'une certaine manière, c'est déjà trop tard, vous avez perdu l'influx nerveux, vous êtes comme ces canards dont on a coupé le cou et qui continuent à courir alors qu'ils n'ont plus de tête.

Ce n'est qu'avec les années que j'ai appris à gérer cela, à me détendre un peu, à aérer mes romans. Ecrire n'est pas vraiment plus facile, mais on dispose de techniques qui font que, quand même, on y arrive mieux.

 

Anachronisme

Parfois, je me dis aussi qu'il y a un côté anachronique dans l'écriture, la lenteur qu'elle suppose, alors même que tout va tellement vite aujourd'hui, tout s'est accéléré autour de l'écrivain qui, lui, continue à son rythme.


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(repris et adapté d'une interview parue dans Télérama 01/10/14).


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11 octobre 2014 6 11 /10 /octobre /2014 17:45

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« Je n’écris pas vraiment des romans au sens classique du terme, plutôt des choses un peu bancales, des sortes de rêveries, qui relèvent de l’imaginaire.

[…]

Les événements n’ont pas d’intérêt en eux-mêmes, mais ils sont comme réverbérés par l’imaginaire et la rêverie. Par la manière dont on les a rêvés, dont parfois on les a mélangés et amalgamés, on a mis sur eux une sorte de phosphorescence, ils sont métamorphosés.

[…]

Ce que j’aime dans l’écriture, c’est plutôt la rêverie qui la précède ».

 

 

(extrait d’une interview parue dans Télérama 01/10/14).

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15 septembre 2014 1 15 /09 /septembre /2014 17:11

Mon métier de concepteur-rédacteur dans la pub

m'a appris à me méfier du gras, des mots inutiles, des adverbes ;

de toute façon, il n'y a pas la place pour ça sur une affiche,

ou dans un vingt secondes à la télé.

J'aime cette écriture précise directe.

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Grégoire Delacourt

On ne voyait que le bonheur, Jean-Claude Lattès

(interview parue dans Carrefour Savoirs)

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17 août 2014 7 17 /08 /août /2014 13:55

Le français est une langue astucieuse qui m’a apporté l’humour. Une langue de poésie, de double sens, de non-dits. Elle est aussi infestée de lieux communs et de conventions. Par exemple « l’important c’est la rose »… Pourquoi ? Il y a d'autres fleurs !

 

Il est temps d’innover. Les jeunes ne s’en privent pas, les étrangers non plus. Au Maghreb, au Québec, chez les créoles, on joue plus facilement avec le français. Y compris en y insufflant des erreurs. Il est peut-être là, mon apport : dans « Ubu », je chante « Le roi est mouru » ; mon personnage est plus ridicule mouru que mort, et c'est très bien ainsi.

 

Mais je ne suis pas sûr que les Français soient très reconnaissants aux millions de francophones qui honorent leur langue de par le monde.

 

Dick Annegarn.

 

 

(in Télérama n°3361 11/06/2014). 

 

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17 juillet 2014 4 17 /07 /juillet /2014 21:21

« Mais tout ce que j'écris, pièces, essais, romans est pour moi poème !

C'est-à-dire acquiescement à la totalité du monde. Chez un poète,

il n'y a pas de réelle séparation entre le monde intérieur et le monde

extérieur,

rêve et présence au contemporain des choses sont consubstantiels.

Je ne crois plus à l'inspiration, il faut travailler, pratiquer. Partir de l'intime,

du douloureux, et chercher la lumière, tout le temps. »


blog --Py O


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13 juillet 2014 7 13 /07 /juillet /2014 18:37

Étranger, pour moi, est un mot pivot. D'abord, parce que je suis toujours a priori très étrangère aux sujets que traitent mes livres. C'est par la méconnaissance que j'en ai, par la pauvreté qui est la mienne que j'inscris le geste littéraire.

J'aime aussi rapatrier dans la langue littéraire des mots étrangers à la littérature : le langage des chantiers, de la médecine, des ados. Un jour, je me suis retrouvée à Arles, au collège des traducteurs, et quelqu'un m'a interpellée : « Mais vous n'êtes pas traductrice, que faites-vous là ? » Pour rire, j'ai répliqué : « Si, je suis traductrice ! » Puis j'ai réfléchi à cette plaisanterie : oui, j'étais traductrice, en ce sens que je traduis mon français – je ne parle pas comme j'écris.

Parfois, quand je regarde mon livre une fois qu'il est rédigé, les phrases me paraissent étrangères. Je les ai écrites, mais elles ont été produites dans un moment de traduction, qui passe par un enrichissement : aller chercher de la préciosité, le mot rare, le faire affleurer de l'oralité.

 

Cela donne ce français étranger, ce français qui n'est pas ma langue maternelle.

Réparer-les-vivants-de-Maylis-de-Kerangal

Extrait d’une interview publiée dans Télérama n°3349 (19 mars 2014). Retrouvez l'intégralité ICI.

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8 juillet 2014 2 08 /07 /juillet /2014 21:16

« Une langue se boit et se parle, et un jour elle vous possède ;

alors, elle prend l'habitude de saisir les choses à votre place,

elle s'empare de la bouche comme le fait le couple

dans le baiser vorace ».

 


« Meursault, contre-enquête » de Kamel Daoud, Actes Sud.

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12 avril 2014 6 12 /04 /avril /2014 17:51

Dans un article paru le jeudi 10 avril 2014 dans Libération, l'écrivain Yves Bichet aborde l'écriture et son travail "d'artisans". En voici deux extraits.


images-copie-5.jpg« Ecrire des romans, c’est concevoir des destinées, accueillir des personnages, ouvrir certaines portes, alimenter des rêves, poser des questions sans réponse mais, au fond, cela ne protège pas de grand-chose… Un journal, dans un sens, abrite mieux. Il protège du cynisme, de l’ignorance et d’une forme de rage latente, tapie au plus profond, qui aveugle et dépite même les plus lucides.


Je suis un artisan, donc un homme d’outils. Je ne comprends rien aux proclamations de ceux qui découvrent l’outil. Les nouvelles techniques de communication créent un monde aux potentialités fabuleuses mais résolument outrées, un monde qui n’en finit pas de contempler son propre renouveau, comme si la perceuse, le perforateur ou le marteau-piqueur, sous prétexte qu’ils sont rapides et efficaces, qu’ils remisent le marteau aux oubliettes, méritaient à présent un véritable culte. Une vénération. Les artisans (les écrivains aussi, je l’espère) n’ont de vénération que pour le travail, jamais pour les outils du travail… »

Le texte complet est ICI.

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