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10 novembre 2014 1 10 /11 /novembre /2014 13:45

J'ai eu l'occasion ici même de vous parler de l'excellent livre d'Emmanuelle Delacomptée, "Molière à la campagne". L'arrivée d'une jeune prof agrégée de lettres dans un collège rural. Sensible, drôle, cet ouvrage présente également, dans des scènes loufoques, les dérives absurdes du vocabulaire scolaire. Dans cet extrait, l'enseignante reçoit la visite de l'inspectrice, Mme Castaing, pendant son cours.

Moi - Sortez vos cahiers de brouillon, on va travailler la grammaire...

Mme Castaing - Sans vouloir vous interrompre, je me permets une précision : on ne dit plus grammaire, mais plutôt "discours raisonné de la langue"...

Moi - D'accord... On va raisonner aujourd'hui sur les CC ou compléments circonstanciels...

Mme Castaing - Excusez-moi encore, mais par CC, vous entendez les compléments non essentiels ? Par opposition aux compléments essentiels, les COD ? Nous sommes d'accord ?

Moi - Euh, oui, certainement...

Mme Castaing - Pour le reste, on garde l'appellation CC intégrés ou joints à la phrase, c'est sensiblement la même chose...

Charlotte - Madame, j'comprends rien !

Moi - C'est normal, Charlotte. Euh... non, j'veux dire, je ne vous ai pas encore expliqué. Bon, un complément non essentiel peut être de lieu, de temps, de manière... Tenez, dans cette phrase : "Il a dit qu'il partirait vers trois heures"... Phrase dans laquelle d'ailleurs il y a du discours indirect, vous vous rappelez ?

Mme Castaing - Voyons voyons, on n'utilise plus l'expression "discours indirect" depuis longtemps, vous allez susciter des confusions ! On dit "paroles rapportées indirectement", ou à la rigueur, "énoncé coupé", par opposition à "énoncé ancré"...

Moi - Oui, mais... Comment font les élèves pour s'y retrouver si la terminologie change tout le temps ?

Mme Castaing - Il est hautement recommandé de vous réunir entre professeurs de français à chaque rentrée pour harmoniser votre terminologie.

Moi - Ne vaudrait-il pas mieux tout simplement cesser de changer cette terminologie ?

Mme Castaing - Si la terminologie change, c'est qu'elle s'améliore.

Moi - Bon... Donc, dans cette phrase, il y a un CC de lieu... Non ! De temps !

Charlotte - Madame, j'comprends rien !

Moi - C'est simple, regarde : où est le temps dans "Il a mangé vers midi" ?

La classe - ...

Moi - Eh bien, trouvez-moi le verbe déjà !

Jordan - Midi ?

"Molière à la campagne" d'Emmanuelle Delacomptée, Paris, Lattès, 2014. 16, 50€.

(extrait des pages 97 à 99)

1e-de-couverture.jpg

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Published by Olivier Quelier - dans Orthographe
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14 octobre 2014 2 14 /10 /octobre /2014 21:48

La coquille, en typographie, est une erreur due à l'ajout ou à l'omission d'une lettre, ou à l'interversion de lettres, à l'intérieur d'un mot. L'usage généralisé des claviers permet, en simplifiant, de l'assimiler à une faute de frappe.


Hantise - mais aussi raison d'être - des correcteurs, réviseurs et secrétaires de rédaction, la coquille méritait bien qu'on lui consacrât une ode.


Grâce aux correcteurs du Monde (via les excellents blog  "Langue sauce piquante" et compte Twitter @LeMonde_correct, j'ai découvert cette merveille dont voici le texte et l'interprétation.


Selon eux, cette ode (orthographe d'époque), qu'on dit d'un auteur anonyme, pourrait être de la main de Flavien Mouillan, correcteur et auteur du "Correcteur typographe", paru en 1899 à Paris.


Je vais chanter tous tes hauts faits,

Je veux dire tous tes forfaits,

Toi qu'à bon droit je qualifie

Fléau de la typographie.

S'agit-il d'un homme de bien

Tu m'en fais un homme de rien ;

Fait-il quelque action insigne

Ta malice la rend indigne

Et, par toi, sa capacité

Se transforme en rapacité.

Que sur un vaisseau quelque prince

Visite nos ports en province

D'un brave et fameux amiral

Tu fais un fameux animal,

Et son émotion visible

Devient émotion risible ;

Un savant maître fait des cours

Tu lui fais opérer des tours ;

Il parle du divin Homère

Ô sacrilège ! on lit Commère ;

L'amphithéâtre et ses gradins

Ne sont plus que d'affreux gredins.

Le professeur cite Hérodote

Tu dis : le professeur radote ;

Puis, s'il fallait s'évanouir,

Tu le ferais s'épanouir.

Léonidas aux Thermopyles

Montre-t-il un beau dévoûment

Horreur ! voilà que tu jubiles

En lui donnant le dévoiement.

 

 


 

 

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25 février 2014 2 25 /02 /février /2014 16:59

Au risque d’entendre certains bien-pensants – hypocrites ? – crier à la discrimination, à la moquerie voire – mais possèdent-ils assez de vocabulaire pour cela ? – à la cuistrerie, je reviens sur une dictée proposée récemment à des étudiants.

 

Peu importe qui ils sont et dans quel établissement ils suivent des cours. Mon but n’est pas – n’a jamais été et ne sera jamais – de les stigmatiser. Mais il me semble intéressant et légitime, à divers titres (prof de lettres, journaliste, formateur, amoureux de la langue française…) d’observer l’évolution de la maîtrise de l’orthographe, de la grammaire, de la conjugaison.

 

Boisson


J’avais déjà rapporté ici l’inventivité de certains quant à l’orthographe du mot « autochtones ». Quatorze versions différentes, parfois amusantes, mais qui toutes révélaient une méconnaissance de la langue et de son étymologie.

 

Cette fois, c’est une phrase d’apparence simple, tirée d’un texte de Philippe Delerm, qui a posé de gros problèmes. Seuls cinq des dix-huit étudiants présents ont évité la faute. Voici la phrase originale :

« […] ils pinçaient les lèvres de dégoût devant la boisson fermentée qui tout à coup les désaltère ».

 

Vous l’aurez compris (si vous avez lu le titre), c’est le verbe « désaltérer », conjugué à la troisième personne du singulier du présent de l’indicatif, qui a présenté des difficultés.

 

Bien sûr, le « les » placé juste devant en a induit plus d’un en erreur. Mais la sonorité en a amené d’autres à se référer aux haltères, peut-être plus familières à leurs oreilles – ou à leur quotidien.

 

Altérée

 

halteres-epoxy-500-grOn relève donc, parmi les conjugaisons fautives les plus commises, « désaltèrent » et « désaltères ». Puis l’orthographe, si je puis dire, s’altère : un surprenant « disaltère » qui marque sa différence et un plus surprenant encore « désaltaires » au suffocant suffixe. Viennent ensuite les versions plus sportives : l’incohérente « désalthèrent » puis les attendues « déshaltère » et « déshaltèrent ».

 

De quoi muscler notre réflexion sur la langue française, sa maîtrise et son avenir.

 

Olivier QUELIER

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5 janvier 2014 7 05 /01 /janvier /2014 18:17

pierre-perret-bercy-madeleine.jpgEn 1990, des rectifications de l'orthographe française étaient adoptées par le Conseil supérieur de la langue française et approuvées par l'Académie française.

Quelque temps plus tard, dans l'album "Bercy Madeleine", Pierre Perret en faisait une chanson croquignolette dont voici les paroles.

 

La réforme de l'orthographe


Tous les cent ans les néographes
Font une réforme de l´orthographe
En rognant les tentacules
Des gardiens de nos virgules
On voit alors nos gens de lettres
Chacun proteste à sa fenêtre
Mes consonnes, au nom du ciel !
Touche pas à mes voyelles !

La réforme de l´orthographe
M´eût pourtant évité des baffes
Quand je tombais dans le panneau
De charrette et de chariot

Le Roi pourtant fut bien le Roué
Le François devint le Français
Et Molière mit aussi
Un y à mercy
Le véritable sacrilège
Serait de suivre ce cortège
De vieilles lunes alambiquées
Eprises de compliqué

La réforme de l´orthographe
M´eût pourtant évité des baffes
Quand du tréfonds de ma détresse
J´oubliais toujours l´s

Croquemonsieur et tirebouchon
N´ont plus besoin d´un trait d´union
Croquemadame et tapecul
N´en auront plus non plus
Contremaîtresse et contrefoutre
Eux-mêmes ne pourront passer outre
Entrecuisse et entrechat
N´ont pas non plus le choix

La réforme de l´orthographe
M´eût pourtant évité des baffes
C´est les cuisseaux et les levrauts
Qui me rendent marteau

Faudra aussi laisser quimper
Dans nos chères onomatopées
Ce trait unissant froufrou
Yoyo pingpong troutrou
On pourra souder nos bluejeans
Nos ossobucos nos pipelines
Vademecum exvoto
Feront partie du lot

La réforme de l´orthographe
M´eût pourtant évité des baffes
Mettre un t au bout de l´appât
Que n´avais-je fait là!

Et quand malgré nos vieux réflexes
On posera plus nos circonflexes
Sur maîtresse et enchaîné
On fera un drôle de nez
Mais les générations prochaines
Qui mettront plus d´accent à chaînes
Jugeront que leurs aînés
Les ont longtemps traînées

La réforme de l´orthographe
Contrarie les paléographes
Depuis qu´un l vient d´être ôté
A imbécillité

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