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26 février 2010 5 26 /02 /février /2010 12:32

Une chronique de Frédérique Brehaut


En ce jour d’août 2005, le cyclone Katrina s’abat sur la Nouvelle Orleans. Les digues rompent et à l’ouragan succède une phénoménale inondation qui finit d’emporter ce que les vents avaient épargné. Trop pauvre, trop noir, le quartier de Zola Jackson n’a pas été protégé. Prisonnière de sa maison avec sa chienne Lady, la veuve autrefois institutrice résiste au désastre. Elle a déjà traversé tant de chagrins, Zola!

 

Zola_coverindx.jpgL’instinct de survie chevillé au corps, elle s’organise. « On ne quitte pas la Nouvelle Orleans. On y naît, on y crève, c’est comme ça ». Accordés au rythme de l’envahissement des eaux dans la maison, les souvenirs remontent à la surface pendant la longue attente des secours.


A peine distraite par la noria des hélicoptères des télévisions  qui filment le déluge et l’abandon, Zola dissèque son passé, convoque ses morts. Aaron, son mari, mais surtout Caryl, son fils si beau avec sa peau café au lait et ses yeux si verts, Caryl universitaire si brillant et si amoureux d’un "Machinchose" blanc.


Mais Caryl n’est plus là. Alors, plus solide que les digues du lac Pontchartrain, Zola arrimée à sa chienne se dresse contre le malheur. Après Katrina, il faudra continuer à avancer.

 

Dans le huis clos étouffant d’une maison submergée, îlot de survie au centre d’un monde liquide traversé de cadavres gonflés, le romancier ne lâche pas la vieille institutrice. L’écriture souple épouse les doutes et les colères d’une femme qui vouait à son enfant unique un amour éperdu, intransigeant. Le croquis vif d’une ville à la dérive enserre le portrait poignant de Zola empêtrée dans le carcan de ses préjugés, fragile et pourtant debout quand tout cède autour d’elle. Dans la ville naufragée, la vieille femme solitaire se dresse comme une figure de proue.

 

Livre après livre, la signature de Gilles Leroy (Goncourt 2007 avec « Alabama song ») se reconnaît aux doutes qui habitent ses personnages, à l’écoute sensible accordée à  leurs voix intérieures. C’est cette palpitation qui rend Zola si intensément proche.

 

« Zola Jackson » par Gilles Leroy. Mercure de France. 140 pages. 14,80 €.

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Published by Frédérique Bréhaut (ML) - dans Critique littéraire
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