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29 novembre 2009 7 29 /11 /novembre /2009 12:02

Une chronique de Frédérique Bréhaut.


On devrait dire "heureux comme un gamin dans un roman de Tadjer". La preuve.

À l’instar des cinéastes, rares sont les écrivains capables de regarder le monde à hauteur d’enfant sans mièvrerie ni condescendance. Or quand la fiction confie un loupiot à Akli Tadjer, elle n’est jamais déçue. Le lecteur non plus.

 

Jules cumule les abandons. Ses parents partis vivre une expérience transcendantale l’ont confié à sa tante, une ex-Clodette attirée par l’appel du "Gay Bédoin", vague cabaret de Tataouine où l’on entretient la flamme de Cloclo. Que faire du bonhomme, de surcroît sourd comme un pot, si ce n’est le transférer à Omar Boulawane, voisin accommodant ?

 

Las. Omar est en plein marasme. La situation de crise porte deux visages. Celui de Godasse, organisateur de matches de boxe trafiqués poursuivi par deux malfaisants. L’autre ressemble à Kader Houssel, pugiliste dépressif depuis que le 11 septembre a atomisé le combat de sa vie programmé ce même jour à New York. Flanqué de tels amis, Boulawane n’a pas besoin d’ennemis. Alors un galopin sourd tendance tête à claques, ça frôle le surnuméraire dans son quotidien.

 

Une émotion durable

Voici "Le bon, la brute et le truand" en version urbaine décalquée, le style "western spaghetti" relevé au goût Tadjer. Autant dire que le rythme ne faiblit pas une seconde et que la verve provoque des passages à hurler de rire. Faites l’expérience d’une lecture à haute voix au profit d’une âme en berne. Vous verrez, le résultat est radical ! Akli Tadjer pourrait se contenter d’être irrésistiblement drôle. Pourtant sa signature est ailleurs, dans la malice tendre dont il enveloppe ses personnages.

 

Entre les lignes des aventures picaresques d’un trio de Pieds Nickelés flanqués d’un môme dégourdi, se cachent des désastres intimes à peine effleurés. D’un roman à l’autre, l’élégance d’Akli Tadjer détourne la gravité du fond sur le ton de l’humour. Qu’il aborde en biais l’histoire algérienne ou les franges du racisme ordinaire, l’auteur du "Porteur de cartable" ajuste les sentiments jusqu’à atteindre la vibration particulière d’une émotion durable.

 

"Western" par Akli Tadjer. Flammarion. 310 pages. 19 €.

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Published by Frédérique Bréhaut (ML) - dans Critique littéraire
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