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20 janvier 2012 5 20 /01 /janvier /2012 16:57

A Los Angeles, deux destins brisés se croisent le jour de l’élection de Barack Obama.

Une chronique de Frédérique Bréhaut
Philippe Besson 2 © Stéphane Gizard                                              © Stéphane Gizard


Elle s’appelle Laura. C’est écrit sur son badge. Laura Parker est une serveuse de snack comme il en existe des milliers d’autres en Californie. A la différence qu’elle a traversé une autre vie adossée au quotidien cossu de la middle class américaine. En ce temps-là, Laura feuilletait les jours dans une maison coquette, entre son mari et son fils. Un divorce a balayé les certitudes. Depuis, la quarantaine résignée, Laura a tout perdu, à commencer par la considération d’elle-même pour devenir une déclassée au bord du dépôt de bilan.

Ce mardi 4 novembre 2008, Newport Beach au sud de Los Angeles est tendu vers le verdict des élections présidentielles. Laura n’en a cure, pas plus que Samuel. Autre solitaire de la mégapole californienne, cet homme ravagé de chagrin se prépare à enterrer son fils adolescent qui s’est suicidé cinq jours auparavant.

Portrait sensible

Au fil de cette journée ponctuée de souvenirs, d’instants intimes saisis au détour des gestes ordinaires, les trajectoires de Laura et Samuel tracent deux parallèles bornées par la désespérance obstinée de l’une et le chagrin insondable de l’autre. Le roman se faufile sur cette double ligne de crête promise à se rencontrer à l’horizon, sillage de deux errances dont on guette le point de jonction au crépuscule.

Les deux naufragés prennent d’autant plus de relief qu’ils esquivent la vibration collective d’une nation suspendue à l’élection présidentielle. Sans désespoir spectaculaire, Laura, bouleversante, est déjà ailleurs, lâchée par une corde qui s’est déchirée fibre à fibre quand l’existence de Samuel a été tranchée net. « À quel moment les souvenirs cessent-ils de blesser ? À partir de quand cessent-ils d’être des lames qui cisaillent les mollets ? »

Attentif aux points de suture des êtres irréparables, Philippe Besson écoute leurs silences et leurs doutes. De retour dans une Californie dépouillée de ses colifichets, sa sensibilité à fleur de peau offre au plus intense de ses portraits féminins les éclairages d’un John Cassavetes.

« Une bonne raison de se tuer » de Philippe Besson. Julliard. 321 pages. 19 €.

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Published by Frédérique Bréhaut - dans Critique littéraire
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