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11 juin 2013 2 11 /06 /juin /2013 11:08

Sans avoir perdu un iota de l'énergie du "Bûcher des vanités" ou de "Un homme un vrai", Tom Wolfe sert une histoire frénétique rissolée au soleil de Miami.

Une chronique de Frédérique Bréhaut. 

Wolfe-Tom-c-Mark-Selinger.jpg

Photo Mark Selinger

Connaissez-vous la théorie du "Pied sec" et du "Pied mouillé" en vigueur aux Etats-Unis? Dès qu'un migrant cubain touche le sol américain, il obtient un asile instantané. En revanche s'il est récupéré sur l'eau, il entre dans la catégorie des "pieds mouillés", expulsables vers Cuba.

Le jour où à quelques mètres du quai, le sergent Nestor Camacho, athlète bodybuildé, sauve la vie d'un clandestin en plongeant dans la baie de Biscayne depuis un mât de 25 mètres, son exploit est aboli car son sauvetage a fait de l'olibrius un "pied mouillé". Loin d'être accueilli en héros, ce fils de réfugiés de La Havane est honni par la communauté cubaine, c'est-à-dire, les deux-tiers de Miami.

Plongée en apnée

A partir de cet épisode spectaculaire, Tom Wolfe ne baisse jamais de régime; 600 pages de plongée en apnée dans ce "Bloody Miami", roman des origines, où l'appartenance à une communauté vous marque un individu plus sûrement que toute autre caractéristique génétique.

Avec le talent qui avait hissé "Le bûcher des vanités" au rang de classique, Wolfe croque à belles dents cette ville si particulière car dominée par une population émigrée. Une conquête relative toutefois puisque les Cubains et leurs descendants restent à la marge des fortunes établies par les "Anglos". "Bloody Miami" dissèque les équilibres instables entre les différentes populations dans une cité bouillonnante où ni le maire, ni son chef de la police noir n'ont oublié les émeutes raciales des années 80.

Dans ce tourbillon bouillant où Ferrari et bateaux luxueux mènent vers les sommets de la réussite sociale, chacun cherche à conquérir sa part de gloire.

Les phrases dansent la salsa

Tandis qu'un oligarque russe enfume l'establishment de la ville avec une arnaque colossale, Camacho le déchu, Magdalena jeune cubaine à la plastique époustouflante, Norman, psy spécialisé dans les addictions pornographique, Ed, patron désabusé du Miami Herald ou Lantier, professeur soucieux de gommer ses origines haïtiennes, deviennent les jouets d'une comédie humaine observée avec une cruauté réjouissante.

Et la roue tourne à la vitesse haletante de pages tranchées par une ponctuation à faire danser la salsa aux phrases. 


A 81 ans, Wolfe voit en Miami une préfiguration de l'Amérique tournant le dos au melting-pot des origines. Le cocktail est explosif. Imaginez un Houellebecq joyeux échauffé au journalisme gonzo et vous aurez une petite idée de ce "Bloody Miami".

"Bloody Miami" par Tom Wolfe. Traduit de l'américain par Odile Demange. Robert Laffont. 610 pages. 24,50 €.

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Published by Frédérique Bréhaut - dans Critique littéraire
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