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18 février 2012 6 18 /02 /février /2012 18:26

Philip Roth le compare à William Faulkner. Il a raison. Tom Franklin est renversant.

 

Une chronique de Frédérique BREHAUT.

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Aux côtés des vieux ténors de la littérature américaine, les Jim Harrison, Philip Roth, Cormac McCarthy, une nouvelle génération s’impose. Parmi ces écrivains de haute volée, Tom Franklin est l’un des meilleurs. Découvert avec "La culasse de l’enfer", incursion décapante dans un nid de fripouilles de l’Alabama, le romancier sudiste déployait dès son apparition un souffle formidable.

 

Sur cette lancée mémorable, "Braconniers" puis "Smonk" confirmaient le talent d’un auteur de taille à bâtir une oeuvre. Preuve en est donnée de façon éclatante car "Le retour de Silas Jones" se hisse un cran au-dessus. En quittant l’Alabama pour le Mississippi, Franklin délaisse le caractère western extravagant de ses précédents livres pour creuser les violences plus sourdes.

 

Dans un état où le poids de la ségrégation pèse toujours, il porte à l’incandescence la confrontation entre deux hommes, Larry un blanc et Silas un noir, amis d’enfance séparés par la disparition de Cindy, la petite amie de Larry. Faute de corps le crime n’a jamais été prouvé. Pourtant à Chabot chacun est resté convaincu que Larry était coupable.

 

« Larry le Pourri »

 

Depuis, enfermé dans un cercle hostile, rebaptisé "Larry le Pourri", il vit reclus à l’autre bout du patelin, présent chaque jour à son garage où nul ne met plus les pieds. Pas même Silas devenu après des années d’absence l’un des policiers de Chabot. Or 25 ans après Cindy, une autre adolescente disparaît tandis que l’on retrouve Larry baignant dans son sang. A-t-il tenté de se tuer poussé par la culpabilité ? Silas doute.

 

Tom Franklin dompte la violence de ses romans précédents pour obtenir le meilleur de personnages aux caractères denses. Dans une société sudiste où les codes tacites influencent les destinées, des liens complexes se nouent entre les individus. La cruauté est toujours là, implacable comme le fil tranchant qui traverse une histoire à serrer le coeur et dont la traduction de Michel Lederer rend chaque vibration.

 

Aux Etats-Unis, certaines voix dont celle de Philip Roth, comparent Franklin à Faulkner. C’est dire si le Sud ajoute une référence à son Panthéon littéraire.

 

"Le retour de Silas Jones" de Tom Franklin. Traduit de l’américain par Michel Lederer. Albin Michel. 386 pages. 22,90 €.

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Published by Frédérique Bréhaut - dans Critique littéraire
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