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19 novembre 2009 4 19 /11 /novembre /2009 19:31

New York, 1909. Sigmund Freud, accompagné de son ami Carl Jung, donne une série de conférences à Manhattan. La psychanalyse commence à connaître un certain retentissement et cette tournée doit asseoir les fondements de la théorie freudienne. Dans une Amérique puritaine qui refoule la sexualité, le succès de scandale est rapide et immense.

S’appuyant sur ce fait réel, Luc Bossi construit un thriller très malin. Son idée de départ est simplissime : et si, profitant de son séjour aux Etats-Unis, Sigmund Freud utilisait son génie scientifique pour résoudre une affaire criminelle ? Simple et, à défaut d’être géniale, riche d’un formidable matériau romanesque.

La réussite de ce premier roman tient dans la capacité de Luc Bossi, homme d’images, à utiliser au mieux les paradoxes et les contrastes dont il dispose : Freud et Jung, entre figure paternelle et fils chéri, entre quinquagénaire conservateur et séducteur irrationnel, prennent des allures de Laurel et Hardy. La psychanalyse, dans ce qu’elle a d’intellectuel et d’intime, va servir de clef à une histoire rocambolesque en diable, pleine de rebondissements et de courses poursuites. Le tout mené à un rythme haletant qui décoiffera les esprits chagrins habitués à ce que nul écrit ne vienne déranger leur chevelure plaquée.

Les autres finiront le roman ébouriffés, un rien tournis comme à la descente d’un grand-huit. Et ne bouderont pas leur plaisir. Certes, l’écriture recèle parfois des naïvetés de débutant. Mais cette affaire de meurtres rituels dans une Amérique naissante, parmi les gratte-ciels en construction ; cette lutte sans merci pour faire de Manhattan « la ville la plus élevée du monde » et acquérir le pouvoir et la richesse qui en découleront ; cette histoire d’amour impossible entre Freud et sa patiente Grace Korda, la fille de l’un des hommes les plus puissants de New York qu’elle a retrouvé assassiné dans sa chambre…  - tous ces ingrédients, mélangés avec l’enthousiasme, la générosité et le plaisir de Bossi, assurent au lecteur un bon moment de détente.

La seule ambition du romancier, grand connaisseur des écrits de Freud, qui a parfaitement compris que la psychanalyse, ce n’est que « des histoires d’enfance destinées aux adultes ».

 

Manhattan Freud, Luc Bossi, Albin Michel, 365 p., 19€.

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Published by Olivier Quelier - dans Critique littéraire
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