Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
29 janvier 2011 6 29 /01 /janvier /2011 19:03

Une chronique de Frédérique Bréhaut

 

serena-202x300.jpgRoman crépusculaire, « Un pied au paradis » révélait Ron Rash avec une histoire enracinée à un trou des Appalaches promis à disparaître sous le lac d'un barrage de retenue. Au détour des années 50, l'intrigue  distillait une affaire criminelle parmi les fermiers misérables encore accrochés à des lopins essorés. En attendant la noyade, le comté en sursis grillait sous la chaleur dans une ultime combustion lente propre à dessécher la terre et les hommes.

 

Fidèle aux paysages dévastés par des spéculateurs voraces, Ron Rash déplace décor et époque vers les années 30 dans les Smoky Mountains de Caroline du Nord. Pemberton, exploitant forestier, revient de la ville au bras d'une épouse inattendue.

 

Dans le monde fruste des bûcherons, Serena provoque l'effet d'une apparition. Imaginez Greta Garbo chez les bûcherons. La blonde au charme polaire juchée sur un hongre blanc, une aigle posée sur le poing, impressionne d'autant la communauté des scieurs qu'elle est capable d'estimer d'un regard le poids en bûches d'un arbre. 

 

Ils ne savent pas encore que Serena incarne la plante toxique importée dans les forêts épaisses. A l'exception d'un vieux shérif et de quelques hommes soucieux de créer un parc national, nul n'ose résister à cette femme toute puissante qui met la concession forestière en coupe réglée. Malheur à qui se dresse sur le chemin de celle qui a transformé en son âme damnée un bûcheron estropié.

 

Dans un paysage que l'avancée des haches ruine chaque jour davantage,  Ron Rash raconte le combat des hommes et de la nature. On meurt vite dans le coin et la communauté dépenaillée des forestiers compte à peine les malchanceux enterrés à la hâte ou les mutilés. Qu'importe puisque les ravages de la Grande Dépression ramènent chaque jour des cortèges d'errants en quête de travail.

 

Apres, implacables, les histoires de Ron Rash dégagent un pouvoir magnétique. Même les plus blasés se laissent prendre dans les filets d'une écriture qui maîtrise à ce degré les points de tension. Entre une scène mémorable de chasse à l'ours et une poursuite impitoyable, on ne lâche pas d'un pouce ces hommes des bois. Ron Rash est le plus noir des écolos.

 

« Serena » de Ron Rash. Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Béatrice Vierne. Le Masque. 404 pages. 20,90 €.

Partager cet article

Repost 0
Published by Frédérique Bréhaut - dans Critique littéraire
commenter cet article

commentaires