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13 février 2011 7 13 /02 /février /2011 14:48

Nom : Jourdain. Prénom : Hervé. Age : 38 ans. Motif de l’interpellation : a commis un roman policier intitulé « Sang d’encre au 36 ». Réussi, mais là n’est pas la question. Se recommande de la bande à Simenon. Le risque de récidive était important, au vu du succès de l’opération...

 

L’actualité le confirme : Jourdain vient de commettre un second forfait, « Psychose au 36 » (Les Nouveaux Auteurs). On y reviendra. Mais pour l’heure, retour en garde-à-vue avec la sortie en poche de « Sang d’encre au 36 ».

 

Une chronique d’Olivier Quelier

 

9782266202985.jpgC’est un polar à la française, comme on les aime. Sans arômes artificiels ni sucres ajoutés : du pur et dur, du vrai de vrai. De l’authentique. Un roman policier plein d’atmosphère et de psychologie, qui ne néglige ni l’intrigue ni les rebondissements. Tout en rendant un double hommage : à un lieu, le 36 quai des Orfèvres et à un homme, Georges Simenon, dont l’ombre tutélaire plane sur le livre.

 

Hervé Jourdain, capitaine à la Brigade criminelle depuis une dizaine d’années, est l’homme de la situation. Passionné par son métier comme par l’écriture, il utilise la seconde pour nous présenter le premier. Et si « Sang d’encre au 36 » (qui vient de sortir en poche chez Pocket) s’inscrit dans une longue tradition française, le bouquin lorgne également vers le « roman procédural » cher aux Américains.

 

Un élément qui explique sans doute le succès de ce livre, qui a passé le cap des dix mille exemplaires vendus et figure actuellement dans les dix premiers de la liste des meilleures ventes polars de la Fnac. Sans oublier que ce premier roman d’un policier de 36 ans a obtenu le prix des lecteurs du Grand Prix VSD du polar 2009.

 

Une belle carte de visite, donc. Et le roman ? Il est à la hauteur de sa réputation, soignant une intrigue serrée, tissée autour d’une histoire de meurtres en série… Sans révolutionner le genre, Jourdain se sort avec un grand savoir-faire de ce sujet très en vogue chez les auteurs et scénaristes américains.

 

L’ombre de Simenon

 

La comparaison s’arrête là. Dans « Sang d’encre au 36 », on est bel et bien à Paris, avec les flics de la Crim’, confrontés à un meurtre étrange. Rémy Jacquin, conseiller principal d’éducation dans un collège d’Epinay-sur-Seine, est retrouvé avec « deux balles dans le buffet ». Abattu par un motard qui a pris la fuite. L’affaire s’annonce mal ; deux douilles retrouvées, des témoins peu causants. Jacquin n’a pas le profil de la victime classique. Pour compliquer le tout, quelques jours plus tard, une lettre revendiquant l’assassinat est envoyée à un journaliste.

 

Du boulot en perspective pour l’équipe du commandant Duhamel. La première pièce d’un puzzle qui se complétera, chaque vendredi, d’un nouveau cadavre, puis d’une nouvelle lettre, à chaque fois signée d’un pseudonyme différent… Impossible d’établir le moindre lien entre ces victimes sans histoires. Sauf, peut-être…

 

En dire plus serait faire injure à l’habileté d’Hervé Jourdain pour mener son intrigue et tenir le lecteur en haleine. Vous n’en saurez donc pas plus. Mais l’histoire n’est pas le seul point fort de ce roman. L’auteur sait y faire pour créer une atmosphère, dresser le portrait de personnages attachants, rendre compte avec simplicité et passion du quotidien de la Brigade criminelle, son jargon, sa routine, ses moments de tension. Il sait par-dessus tout rendre un hommage humble mais réussi à Georges Simenon. Dans la forme et dans…

 

Ah zut, difficile de ne pas trop en dire, écartelé entre le désir de partager un bonheur de lecture et le devoir de ne pas gâcher le plaisir futur du lecteur. C’est sans doute la marque des romans intenses, serrés et véritablement habités. Hervé Jourdain a tout d’un grand ; un tic d’écriture maîtrisé (« il n’en restait pas moins… ») et des personnages aux portraits psychologiques encore davantage poussés, et il imposera sa voix. Simple, efficace et, surtout, authentique.

 

Vient de paraître ( on en parle très bientôt sur book.emissaire !) :


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Published by Olivier Quelier - dans Critique littéraire
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