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10 février 2013 7 10 /02 /février /2013 17:10

whitmer-copie-1.jpgLes grandes villes mordues par la misère offrent au roman noir des décors taillés sur mesure. "Pike" premier opus de Benjamin Whitmer tire une partie de sa force des quartiers miteux de Cincinnati, terrain de chasse de ses personnages.

Derrière les façades délabrées aux escaliers extérieurs prêts à se décrocher, se terre la faune inquiétante des junkies. Au détour de rues malfamées, les toxicomanes tombent rarement de leur belle mort sous les regards indifférents des petits dealers.

Dans ce paysage crépusculaire figé par l'hiver glacé, deux hommes se guettent à distance. Belle figure de fripouille, Derrick Krieger est un flic crapuleux, avare de la parole au profit de colts de tous calibres. Maître des trafics sur son secteur, il est réputé pour laisser dans son sillage davantage de cadavres que d'arrestations.

Une vie crasseuse

Face à lui, Pike, un vrai dur rangé des affaires, a "hérité" de Wendy. La gamine est la fille de Sarah, la fille que Pike a abandonnée dès l'enfance. Sarah a mal tourné, finissant une vie crasseuse parmi les junkies. Outre Rory, jeune athlète qui combat dans les bars glauques contre quelques dollars en attendant de s'offrir un entraîneur sur un vrai ring, Wendy est le seul être auquel Pike soit attaché. L'intérêt malsain de Krieger pour la gosse le pousse donc à renouer avec ses anciennes habitudes.

Lancés chacun de leur côté sur les dernières traces de Sarah, les deux hommes suivent les mêmes pistes à distance tout en sachant qu'à un moment, leurs chemins se croiseront. C'est fatal.

Benjamin Whitmer cisèle un polar sans concession, plume trempée dans l'outre noir ponctué d'un humour de la même encre. "Pike" éclaire violemment les recoins les plus sombres de l'Amérique des années Reagan, du côté des laissés pour compte dont la vie se dissout dans l'héroïne.

Inaccessibles au pardon, adeptes des méthodes expéditives, les personnages de Whitmer sont plus acérés que des cristaux de crack. Même Wendy, du haut de ses 12 ans, distille sa dureté d'une langue bien pendue.

Attaché à deux hommes exténués qui en ont trop fait, trop vu, "Pike" a la force des romans toxiques. On s'y accroche jusqu'à la dernière ligne.

Frédérique Bréhaut.

"Pike" de Benjamin Whitmer. Traduit de l'américain par Jacques Mailhos. Gallmeister. 265 pages. 22,90 €.

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Published by Frédérique Bréhaut - dans Critique littéraire
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