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17 septembre 2011 6 17 /09 /septembre /2011 13:53

Niccolo Ammaniti dénonce une société où la surenchère sert de référence.


Une chronique de Frédérique Bréhaut

 

AMMANITI--cSimona-Caleo587.JPG

©Simona Caleo 

 

 

Elle est loin la Rome de la Dolce Vita, quand l’élégance habillait les heures voluptueuses. Cette Italie s’est dissoute dans l’ère Berlusconi et les jets de la fontaine de Trevi ont cédé devant les soirées vulgaires. À l’affût des excès de son temps, Niccolo Ammaniti dresse avec ce roman farfelu une charge aussi loufoque que féroce.

 

Le Bûcher aux Vanités

 

Tout ce que Rome compte de people et de célébrités botoxées est invité à la fête donnée par un richissime mégalo dans les jardins de la Villa Ada. Cette « Fête du siècle » réunit un florilège de gloires éphémères, potiches télévisuelles, joueurs de foot, politiciens et bimbos autour d’un programme délirant construit autour de chasses au lion, au renard et au tigre.

 

Parmi les invités, Fabrizio Ciba, écrivain connu doté d’un ego surdimensionné inversement proportionnel à une inspiration en berne, ne dépare pas dans un aréopage où le paraître gouverne depuis longtemps. Séducteur qui préfère jeter son dévolu sur des femmes idiotes, il se pense toujours capable d’écrire LE grand roman italien. En marge des festivités, le chemin de Ciba va croiser celui de Mantos, gourou pathétique d’une mini-secte gothique qui mijote un grand coup avec ses trois adeptes. Rien de moins que l’offrande propiatoire d’une chanteuse en vogue en prélude à une apothéose sacrificielle.

 

Sans attendre que frappe l’épée sataniste achetée sur eBay, la fête à peine commencée vire à la tournure dantesque. Car Niccolo Ammaniti ne lésine pas sur les effets pour jeter à terre une Italie devenue Bûcher aux vanités. Entre gamins qui font chanter leurs parents, magnats décatis qui se prennent pour Hemingway, paumés tragiques minés par les frustrations, le romancier lâche les chiens et tant qu’il y est, les éléphants, les crocodiles et quelques autres créatures surgies des catacombes. Dans une fin hallucinée, l’écrivain se met à l’unisson d’une société où la surenchère sert de référence.

 

Chez Ammaniti, les excès masquent la menue monnaie des orgueils malmenés et des vies ratées.

 

« La Fête du siècle » par Niccolo Ammaniti. Traduit de l’italien par Myriem Bouzaher. Robert laffont. 394 pages. 21 €.

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Published by Frédérique Bréhaut - dans Critique littéraire
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