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4 janvier 2014 6 04 /01 /janvier /2014 18:47

« Mudwoman » est l’un des meilleurs romans de ces derniers mois. Avec sa silhouette d’anorexique dépressive sortie d’un tableau de Grant Wood, Joyce Carol Oates ne baisse pas la garde et, à 75 ans, offre l’histoire puissante de M.R Neukirchen, une femme de tête assaillie par ses fantômes au moment où elle pensait maîtriser le cours de sa vie.

 

Une chronique de Frédérique Bréhaut.


Oates-JC-c-Marion-Ettlinger.jpg

© Marion Ettlinger

 

Brillante philosophe, « M.R. » a su s’affranchir de ses origines en devenant la première femme présidente d’une université prestigieuse. Intellectuelle solide aux compétences reconnues, Meredith-Ruth se fendille pourtant en secret. Rêve ou réalité, elle revient vers un épisode enfoui de sa vie.

 

Enfant, sa mère démente a tenté de la supprimer en la jetant dans un marais des Adirondacks, comme un objet de rebut. Les journaux racontèrent alors l’histoire de « Mudgirl » (fille de la boue) qui n’a dû son sauvetage qu’au passage d’un jeune chasseur.

 

Elle n’est que doutes

 

Adoptée par un couple de quakers, Meredith trace son chemin à force de volonté. Pourtant derrière l’image policée qu’elle donne, elle n’est que doutes. En M.R., une femme de boue, « Mudwoman », sommeille.

 

Joyce Carol Oates maîtrise à la perfection ce voyage dans la tête d’une femme confrontée à un monde violent, sauvage même dès elle remonte vers les marais et l’enfance refoulée.

 

Observatrice d’une Amérique déboussolée, elle fustige un monde universitaire conservateur et dresse le portrait corrosif d’un pays prêt à s’adosser au mensonge d’armes de destruction pour justifier la guerre en Irak.

 

Des terreurs tapies

 

Comme souvent chez l’auteur de « Blonde », les lignes de faille personnelles et collectives se rejoignent. De marais inquiétants en décorum impressionnant de la résidence universitaire, Joyce Carol Oates alterne les atmosphères autour d’une héroïne aux identités changeantes. Sous le vernis des convenances, il reste des terreurs archaïques tapies.

 

Noir, tranchant, ce roman d’une bataille avec les fantômes tire sa force d’une héroïne jamais résignée.

 

« Mudwoman » de Joyce Carol Oates. Traduit de l’américain par Claude Seban. Philippe Rey. 563 pages. 24 €. 

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Published by Frédérique Bréhaut - dans Critique littéraire
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