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24 novembre 2012 6 24 /11 /novembre /2012 19:00

A l'occasion de la parution de son nouveau livre, "Les Pays"

chez Buchet-Chastel, interview de Marie-Hélène Lafon

par Frédérique Bréhaut. Vous pouvez retrouver la chronique

du roman sur le site littéraire du Maine libre.

 

images.jpgQuand Claire choisit de quitter son Cantal, perçoit-elle ce qui l’attend à Paris?

Marie-Hélène Lafon: Son départ est une nécessité économique. Elle n’a pas le choix. Elle sait que le modèle dans lequel ses parents ont vécu est terminé et qu’il y aura une grande distance avec le monde dans lequel elle entre. Mais pour trouver sa place, elle doit s’arracher au pays natal.


Elle a 20 ans à Paris mais sans la légèreté

Parce que tout la ramène aux origines. Son pays est son premier rapport au monde, un legs inscrit en elle. Alors à Paris, elle ne se disperse pas car elle n’a pas le choix, elle n’a pas le droit d’échouer. Elle n’a aucune aptitude au divertissement, elle manque complètement de légèreté. Parce qu’elle n’en a pas les moyens et parce qu’elle ne possède pas les codes. Sa culture est différente.


Qu’est ce qui façonne cette jeune étudiante brillante, mais trop sérieuse?

Je crois que c’est la peur. Elle a un rapport angoissé au monde loin de sa terre et de ses habitudes. C’est aussi ce qui lui donne sa force, sa détermination. Elle mène une vie d’ascèse, mais il peut y avoir une jouissance dans l’ascèse.


Le choix d’études de lettres classiques est aussi révélateur

Un choix sévère, mais qui lui correspond. Venant d’un milieu rural où il n’y a pas de culture, elle pense qu’elle doit commencer son apprentissage par le début. Or le début, c’est le latin. Elle est méthodique. Elle veut progresser pas à pas. C’est presque obsessionnel. C’est pour cela aussi qu’elle a peu d’amis. Elle défriche tout le temps.


Plus elle devient Parisienne et plus se creuse le fossé avec son père.

C’est dans le regard de son père lorsqu’il vient la voir à Paris qu’elle mesure la distance entre eux, le fossé qui les sépare même si les liens ne sont pas coupés. Je ne fais qu’observer ce que j’ai souvent vu dans des familles, lorsque les enfants réussissent au loin dans un monde différent, impressionnant. C’est aussi un des points qui me rapproche des lecteurs. Ils s’identifient beaucoup car la vie professionnelle exige souvent un arrachement avec le pays natal. Claire avance entre deux centres de gravité, Paris et le Cantal. Ce balancement est vital.


Votre style est admirable. Comment travaillez-vous?

Beaucoup! Je laisse mûrir longtemps jusqu’à obtenir une étreinte avec la phrase. Chez moi, la phrase est en résidence surveillée! Et puis je lis aussi beaucoup à voix haute. Cette étape est essentielle.

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Published by Frédérique Bréhaut - dans Interviews
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