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2 mars 2013 6 02 /03 /mars /2013 16:35

Le talent d'un écrivain se mesure à sa capacité à surprendre. En attendant de découvrir le prochain livre de Louise Erdrich, "Round House", tout juste couronné du prestigieux National Book Award (la plus glorieuse récompense littéraire décernée aux Etats-Unis), l'écrivain étonne avec "Le jeu des ombres", roman sur un couple fusionnel au bord de la rupture.

 

Une chronique de Frédérique Bréhaut.

 

ErdrichLouise.jpg

L'écrivain du Minnesota quitte la dimension de la fresque pour le cadre du huis clos familial. Irene se détache de Gil, son mari peintre dont elle est la muse depuis leur rencontre. Le jour où Irene s'aperçoit que Gil lit en secret son journal intime, elle caviarde celui-ci de fausses informations afin de pousser cet homme violent et excessif à la quitter. Ses vrais sentiments sont consignés dans un autre carnet enfermé dans un coffre.

 

Un peu névrosée, un peu alcoolique, Irene tangue. Elle se méprise d'avoir délaissé ses racines indiennes en même temps que sa thèse sur le peintre Catlin et regarde le naufrage d'une union qu'aucun des trois enfants ne peut sauver, pas même Riel qui se sent dépositaire de la culture indienne familiale.

 

Non-retour

 

Par-delà les fêlures du désamour, Louise Erdrich offre ainsi à ses personnages l'escorte des fantômes surgis de leurs ascendances.

 

C'est l'une des forces de la romancière américaine, habile à donner une forte présence à des voix différentes, si immatérielles soient-elles. Au double récit emprunté aux deux carnets, un narrateur se glisse entre les mailles du filet qui se referme sur le foyer, témoin impuissant de ce qui se joue.

 

Si elle s'interroge sur les liens de la passion amoureuse lorsqu'ils s'effilochent, Louise Erdrich pose d'autres questions. Sommes-nous prisonniers des ombres du passé? Peut-on s'affranchir de nos engagements? Au-delà de la raison, "Le jeu des ombres" observe un couple entraîné jusqu'au point de non-retour.

 

Paraît également "La décapotable rouge" recueil de nouvelles, également confiées à la traduction d'Isabelle Reinharez.

 

"Le jeu des ombres" 260 pages, 19 € et "La décapotable rouge" 420 pages, 22,50 €. Tous deux chez Albin Michel.

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Published by Frédérique Bréhaut - dans Critique littéraire
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