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28 janvier 2011 5 28 /01 /janvier /2011 15:25

Le Français Lionel Salaün signe un premier roman âpre baigné par le Mississippi.

 

Une chronique de Frédérique Bréhaut

 

Il porte un nom à encaisser les embruns sur une côte de granit, vit à Chambéry et déboule avec un premier roman baigné par les eaux du Mississipi. Lionel Salaün - dont on nous dit qu’il a enchaîné les petits boulots, tour à tout fabricant d’aquarium et pêcheur de sardines (ce qui témoigne d’une certaine logique) - nous entraîne à Stanford, un bled paumé du Missouri lové contre une boucle du Mississippi. Dans cette nature sauvage, un gamin de 13 ans et un jeune vétéran fracassé par le Vietnam, s’apprivoisent.

 

v_auteur_193.jpgOù Jim Lamar a-t-il traîné sa carcasse depuis  la fin de la guerre du Vietnam ? Pendant treize ans, ses parents ont guetté le retour de ce fils unique dont ils étaient sans nouvelles. De lassitude et de chagrin, ils ont fini par mourir.

 

À Stanford, on ne s’apitoie pas sur le sort d’autrui. En un rien de temps, la maison vide des Lamar est dépouillée par leurs voisins peu scrupuleux. Lorsqu’un beau jour Jim revient, chacun se détourne de l’enfant du pays rentré trop tard au bercail.

 

Seul Billy Brentwood du haut de ses 13 ans tisse avec l’ancien soldat un lien fait de secrets et de silences partagés auprès du fleuve.

 

Le gamin avide découvre qu’un autre monde frémit au-delà de ce patelin étriqué peuplé de fermiers taiseux durs au mal, qui n’ont que mépris pour les « glandeurs » de la ville. Au fil de confidences violentes et sinueuses reflétées par l’humeur changeante du Mississippi, Jim Lamar raconte ses années passées à travers le pays pour tenir une promesse faite à ses frères d’armes.

 

Lionel Salaün avance avec l’aisance d’un Tom Sawyer sur les berges aux charmes vénéneux. Témoin impassible des tumultes, le fleuve suit son cours, charrie les mauvaises consciences qui rêvent de rédemption, épouse les contours d’une histoire lourde de culpabilité, de lâchetés ordinaires, de violence sourde. « Le retour de Jim Lamar » au goût mélancolique et âpre possède le pouvoir entêtant d’une chanson de Neil Young.

 

« Le retour de Jim Lamar » de Lionel Salaün. Liana Levi. 17 €.

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Published by Frédérique Bréhaut - dans Critique littéraire
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