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16 janvier 2010 6 16 /01 /janvier /2010 14:21

bavard_300-8650b.jpgÔ toi chaussette orpheline, abandonnée, oubliée, qui trop souvent termine ta misérable existence en cirant les pompes des autres ;

Toi, cravate amie des hommes, attribut de leur pouvoir et de leur servitude sociale, dont on ne louera jamais assez le pouvoir hautement érotique ;

Et toi, lacet qui craque au pire des moments, toi, pauvre être falot qui ne te mets à exister qu’à la seconde précise où tu meurs ;

Infâme rond de serviette, pire définition de l’enfance ;

Et vous, poupées gigognes qui, derrière votre apparente placidité, permettez aux fillettes d’évaluer avec précision leur identité, leur singularité d’enfant…

 

Vous, tickets perdus, « queue de Mickey » du manège, malabars roses… objets inanimés, avez-vous donc une âme ? Non, répond Sophie Carquain : « Quelle aubaine ! On peut alors allègrement leur prêter la nôtre, nos peines et nos délices, nos joies et nos souffrances (…) Les objets jalonnent les précieux moments de notre vie. Ils sont porteurs de nos émotions et de nos doutes. Ce sont des porte-pyjamas dans lesquels nous fourrons nos angoisses, nos désespoirs, nos coups de gueule et nos fantasmes ».

 

Sophie Carquain signe aux éditions du Rocher un ouvrage très subtil et malin : « Les Objets bavards, de la Barbie au caméscope ». Un ouvrage dans lequel on aime baguenauder en terre d’enfance, passer du K-way bleu 100% synthétique, souvenir de vacances pluvieuses, au magazine de salle d’attente, qui n’a rien à voir avec celui du salon de coiffure et permet d’apprécier le niveau d’anxiété au rythme du feuilletage.

 

Le regard décalé de Sophie Carquain et sa grande finesse d’observation nous rapprochent davantage de l’essai sociologique que de la futile chronique d’hebdomadaire féminin. Il faut oser sous-titrer le chapitre consacré à la roue du hamster « l’infini à portée de rongeur » ; ou, mieux encore débattre « de l’autoprotection à la phobie de l’autre » à propos du parasol. Et toujours avec humour et légèreté.

 

On peut lire ces textes dans un sage ordre alphabétique ou « cliquer », dans chacun d’entre eux, sur les mots en gras qui dévident, du camping-car au rocking-chair et du rocking-chair au kangourou, « le chapelet de nos souvenirs ».

 

« Les Objets bavards » de Sophie Carquain, éditions du Rocher. 174p. 14, 50€.

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Published by Olivier Quelier - dans Critique littéraire
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