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17 avril 2011 7 17 /04 /avril /2011 14:31

De Leonardo Padura, on adore les troublants romans noirs qui tanguent sur les pavés de La Havane. Ils en racontent davantage sur Cuba que bien des reportages. Délaissant son cher flic Mario Conde, le grand écrivain cubain emboîte le pas à Léon Trotski. Au passage, il accroche les utopies dont on fait les révolutions et les désillusions.

 

Une chronique de Frédérique Bréhaut

 

162076_176404895717234_5491320_n.jpgNul suspense a priori, puisqu'on connaît la fin de l'histoire assenée d'un coup de piolet par Ramon Mercader un jour d'août 1940 à Mexico. Pourtant, la façon dont Padura dessine les contours de la destinée entraîne ce roman vers le polar exaltant avec en toile de fond l'un des plus célèbres assassinats politiques du siècle passé.

 

Pourchassé par la haine de Staline, Lev Davidovitch Bronstein dit Léon Trotski, est contraint à l'exil. Loin de lui, dans l'Espagne broyée par la guerre civile, le jeune Ramon Mercader grandit sous l'influence de sa mère, bourgeoise exaltée qui a rejoint les rangs des Républicains. Plus tard, façonné pour incarner un parfait exécutant, Mercader le Catalan devient le "Soldat 13" auquel sur ordre de Staline on confie la mission de supprimer le fondateur de la IV Internationale.

 

Entre de ces deux vies liées par l'Histoire, Leonardo Padura glisse un autre personnage. Ivan, écrivain cubain raté, ajoute un récit personnel. Sur une plage de La Havane, un homme mystérieux qui promenait de magnifiques lévriers barzoï lui a confié avoir bien connu Ramon Mercader.

 

Sous l'habile mise en abyme, les vies de Trotski et de son assassin tracent deux lignes de fuite qui finissent par se rejoindre à l'horizon. Au gré de jeux de miroirs, la construction du récit renvoie vers les réflexions de Padura sur les utopies révolutionnaires lorsque des idéologies il ne reste que dépouilles.

 

Le doute, la foi, les certitudes, les désillusions, sont autant d'humeurs qui assignent les personnages devant leurs responsabilités. Les erreurs collectives sont toujours commises par des individus. Bien longtemps après l'assassinat de Trotski et la mort de Staline, à Cuba aussi, la révolution a un goût amer. 

 

« L'homme qui aimait les chiens » de Léonardo Padura. Traduit de l'espagnol par René Solis et Elena Zayas. Métailié. 670 pages. 24 €.

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Published by Frédérique Bréhaut - dans Critique littéraire
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