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28 décembre 2010 2 28 /12 /décembre /2010 11:38

Sous le beau titre emprunté à Guillaume Apollinaire, Philippe Forest signe l’un des romans les plus envoûtants de la rentrée.

 

Une chronique de Frédérique Bréhaut

 

20517-100822172310176-1-000 2A quoi se résume une vie ? Celle de ce père si discret né en 1921 à Mâcon embrasse le siècle de l’aviation. Tout commence peut-être par un fantasme de gosse lorsqu’à la fin des années 30 les hydravions de la ligne Imperial Airways qui reliaient la Grande-Bretagne au Caire s’accordaient une escale sur les contreforts du Beaujolais dans les gerbes d’eau de la Saône. Le fils de confiseur rêve-t-il aux nuages lorsque la guerre surgit ?

 

Philippe Forest assemble avec une infinie délicatesse la chaîne mystérieuse des causes et des effets qui décident d’une existence. Sur les traces de son père devenu aviateur aux Etats-Unis pendant la guerre puis pilote de ligne sous les couleurs d’Air France, il voyage dans l’épaisseur du temps avec légèreté.

 

Son lyrisme mélancolique observe nos mémoires avec leurs défaillances et leurs zones opaques. A la façon dont il capte les humeurs indécises sous l’occupation ou la stupéfaction lorsque les piqués des Stukas sur les cohortes de l’exode brisent une aventure aéronautique écrite par les frères Wright, Blériot et la légende de l’aéropostale, le chaos s’ajuste à la ligne de vie d’un homme "amoureux du ciel".

 

Au-delà d’une chronique familiale avec ses silences et l’impossible deuil d’une enfant de 4 ans, Philippe Forest compose un roman dont l’ampleur et la finesse cernent avec une égale justesse les contours singuliers comme les destinées collectives.

 

Le charme puissant de la phrase enveloppante, avec ses pirouettes et ses vertiges délicieux accompagne une magnifique traversée du temps. Vu de ces hauteurs, c’est fou comme ce siècle nous émeut.

 

« Le siècle des nuages » de Philippe Forest. Gallimard. 556 pages. 21,50 €.

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Published by Frédérique Bréhaut - dans Critique littéraire
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