Partager l'article ! « Le Rescapé et l’exilé » : Stéphane Hessel et Elias Sanbar entre politique et poétique: « Le rescapé et l’exilé&nbs ...
« Le rescapé et l’exilé » permet à Stéphane Hessel et Elias Sanbar d’échanger leurs points de vue sur le conflit israélo-palestinien. Un entretien qui se poursuit – heureuse surprise – par une conversation, tout aussi passionnante, sur la poésie. Vue, par l’un comme par l’autre, comme « la forme supérieure du politique ».
Une chronique d’Olivier Quelier.

Photo : © Sophie Daret
Certains lui reprocheront bientôt – s’ils ne le font déjà – son omniprésence éditoriale. Depuis 2010 et le succès d’ « Indignez-vous ! », Stéphane Hessel ne cesse de multiplier les ouvrages – les sollicitations d’éditeurs ne doivent pas manquer… Il s’agit le plus souvent d’entretiens qui lui permettent d’aborder la politique (« Le Chemin de l’espérance » avec Edgar Morin) ou son parcours personnel (« Engagez-vous ! » avec Gilles Vanderpooten).
Et après tout, pourquoi se priverait-on de la voix d’un esprit aussi vif, aussi brillant, aussi prompt, parfois, à soulever le débat, voire l’opposition ?
Après « Résistances - pour une Birmanie libre » avec Aung San Suu Kyi (2011), les éditions Don Quichotte publient « Le Rescapé et l’exilé », long entretien avec Elias Sanbar, sur les relations israélo-palestiniennes. Sous la conduite de l’historien et éditeur Farouk Mardam-Bey, les deux intellectuels croisent leurs regards sur ce conflit et « s’emploient à expliquer les raisons de leurs prises de position passées et présentes ».
Deux mondes imbriqués
Le dialogue est précis, fouillé, profond dans l’analyse et la réflexion. Parfois très spécialisé mais jamais lassant. L’autre bonne surprise de cet ouvrage, c’est le dernier chapitre, intitulé « Du politique au poétique ». A charge pour Hessel et Sanbar de répondre à cette question : « Comment ces deux mondes, le politique et le poétique, a priori si lointains, se sont-ils imbriqués dans vos vies ? ».
C’est la grande force des entretiens que de permettre au lecteur de se laisser entraîner sur des chemins traversiers. Pour s’ouvrir à d’autres voies. A d’autres voix. Et revenir, au final, à la croisée des pensées.
Un vers de Guillaume Apollinaire termine le livre. Stéphane Hessel le donne à méditer aux jeunes générations qui veulent entreprendre « la construction d’une société nouvelle par rapport à celle dont nous déplorons l’existence de nos jours » : « Nous voulons explorer la bonté, contrée énorme où tout se tait ».
Le Rescapé et l'Exilé (Isaraël-Palestine, une exigence de justice). Stéphane Hessel et Elias Sanbar ; avec Farouk Mardam-Bey. Don Quichotte Editions. 16 € - 192 pages.
Morceaux choisis
« Les poètes ont cet immense avantage sur les politiciens de ne pas avoir besoin d’imaginer l’avenir : il est déjà là ». (Sanbar)
« Il y a d’abord la parole d’ordre, parole de raison, mais qui ne communique pas ce qu’en nous nous avons tous d’imaginatif et de contestataire. Et puis il y a l’autre parole, la poésie, qui, à mes yeux, est essentiellement contestation ». (Hessel)
« C’est d’ailleurs un privilège de la littérature que sa capacité de dire le réel infiniment mieux que l’essai ». (Sanbar)
« C’est la poésie qui guide la pensée lorsqu’elle va au-delà de la simple considération du réel et du rationnel, c’est elle qui la dote d’une vision ». (Hessel)