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11 juillet 2011 1 11 /07 /juillet /2011 21:06

Après dix ans d’attente, voici le nouveau livre de l'Américain Brady Udall.  Un grand roman, irrésistible de la première page à la dernière ligne.

 

Une chronique de Frédérique Bréhaut

 

BardyUdall.jpg

« Pour le dire le plus simplement possible, c’est histoire d’un polygame qui a une liaison ». Ainsi commence le nouveau roman de Brady Udall, plongée tendre et féroce dans la constellation d’une famille mormone.

 

Golden Richards est un drôle d’oiseau. Abandonné très jeune par un père aventurier, il retrouve ce dernier enrichi par la découverte d’un filon d’uranium et membre actif de l’Eglise Vivante de Dieu, succursale de la communauté mormone. Accueilli comme le messie, Golden épouse la cause…. et dans l’élan, quatre femmes qui lui donnent vingt-huit enfants.

 

La famille polygame partagée entre deux demeures voisines vit au rythme des absences de Golden occupé à construire secrètement un bordel dans le Nevada. Plus grave. Le doux Golden tombe amoureux de la femme du propriétaire. Ce qui est une source d’ennuis en perspective.

 

L’irrésistible Rusty

 

Car le vacarme de la vie collective n’efface pas la quête des bonheurs individuels. Pendant que le bâtisseur s’émeut à la brune comme un adolescent, le quotidien au (double) foyer est agité. « La vie miraculeuse d’Edgar Mint » montrait déjà le formidable talent de Brady Udall pour capter les désarrois de l’enfance. Ce don se met ici au service de Rusty, le fils n°5 de Rose de Sharon, la dépressive mère n°3.

 

Rusty est le fauteur de troubles, le révolté, le seul qui ose défier Beverly, première épouse régente de ce monde matriarcal. Le gamin turbulent en guerre contre le système "polyg" a décidé que « n’importe quelle forme d’attention valait mieux que pas d’attention du tout ».

 

Dans ce coin de désert du Nevada irradié dans les années 1960 par des essais atomiques, Rusty, tel un compteur Geiger, capte les dysfonctionnements des Richards, véritable nid de frustrations, de ressentiments silencieux, de désirs étouffés et, paradoxalement, de solitudes cumulées.

 

Accroché à l’irrésistible galopin, on ne lâche pas cette intrusion dans une famille atypique. A l’écoute de caractères complexes, Brady Udall amuse et bouleverse sur ce ton qui n’appartient qu’à lui et que la traduction de Michel Lederer sert avec bonheur.

 

« Le polygame solitaire » de Brady Udall. Traduit de l’américain par Michel Lederer. Albin Michel. 736 pages. 24 €.

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Published by Frédérique Bréhaut - dans Critique littéraire
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