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14 novembre 2009 6 14 /11 /novembre /2009 16:30

Le mépris ou la méprise. Voilà ce que risque le premier roman exigent de Tiery Bourquin, intitulé « Le Frère préféré » (éditions Héloïse d’Ormesson). Il va  offusquer une société petite-bourgeoise dont les tabous scellent les fondements même de ses principes. Les bien-pensants  vont le rejeter avec dédain, écœurés qu’un auteur puisse ainsi  raconter un inceste entre deux frères sans rien cacher de ces corps nus et ouverts, offerts.

D’autres vont lancer le débat sur le sujet du livre : la fiction peut-elle ébranler tous les interdits ? Un tel ouvrage est-il malsain ou salvateur ? Est-ce de l’art ou de la cochonnerie ? Bien sûr, on va s’interroger. Quitte à se tromper de cible. Non pas la morale, mais la littérature. Non pas tant le sujet que la forme et le style.

L’histoire tient en quelques mots : un homme de vingt-trois ans retrouve à Paris son jeune frère. Ils vont passer sept jours ensemble. Sept jours à se balader, se posséder, à paresser et se caresser. Point final. Le reste n’est plus que souvenirs fantasmés et poésie. L’aîné rencontrera d’autres hommes, reviendra à Paris tout en écrivant un livre.

Est-ce là tout le poids du scandale ? Oui, et il ne pèse pas bien lourd. Certaines scènes sont crues, d’autres dérangeantes. Mais au regard de qui ? Pour l’auteur, qui ne cache pas le caractère autobiographique de ce récit, rien d’anormal. Même si, comme il l’écrit : « Pour l’heure, mon amour pour toi vaut quinze mille francs d’amende et cinq ans d’incarcération ».

Mais c’est le mélange des genres, plus que des humeurs, qui pose problème. L’histoire d’amour occupe au final peu de place. Suivent les errances du narrateur, puis  une « mise en abyme » où il évoque le livre qu’il va publier, réfléchissant à son aventure et à sa perception par les autres.

Faiblesse de la construction, donc, qui fragilise le récit et perd le lecteur. Pourtant le dernier tiers du livre est le plus réussi. Bourquin possède un réel talent pour l’invective et la virulence. Un style rageur, pugnace, qui sombre parfois dans un lyrisme outrancier, mais possède une réelle force, vibrante, vivante qui évoque Rimbaud et le vent poétique de la révolte.

« Le frère préféré » contient quelques phrases ratées : « Tu débondas, sans doute ni orgueil. Tes tesselles, promesses de vie, sabordèrent la société abacule des touristes japonais aux pieds écœurés par ta mosaïque ». Mais elles s’effacent vite devant de magnifiques aphorismes (« Les enfants ont une pudeur étrange, que contredit leur jeunesse » ; « C’est effrayant, les fils de paysans embourgeoisés ! Ils font leur la puanteur des plus grands, sans jamais rien perdre de leur odeur d’origine »).

Au-delà de ses qualités et de ses défauts, Tiery Bourquin possède une vraie voix, sincère, touchante et tranchante. Et d’une tragique lucidité : « En définitive, le livre d’un écrivain n’est lu que par ceux qui l’approuvent. Ceux qu’il devrait déranger ne le lisent pas, très logiquement, ou font semblant. C’est pourquoi on écrit pour ses proches, ses parents qui, trop curieux de votre ouvrage, seront à peu près les seuls à s’y confondre dans la peine ».

 

Tiery Bourquin, Le Frère préféré, éditions Héloïse d’Ormesson, 232 p, 18€

 

Editions Héloïse d'Ormesson

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Published by Olivier Quelier - dans Critique littéraire
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