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27 janvier 2010 3 27 /01 /janvier /2010 14:18

Christine Orban a adapté pour la scène, avec son mari l’éditeur Olivier Orban, un roman qu’elle avait écrit il y a une dizaine d’années, « Le Collectionneur ». La pièce est jouée en ce moment au Théâtre national de Nice. Et le texte, qui s’appuie sur un fait divers réel, est superbe de tension dramatique et de réflexion sur la culpabilité, l’orgueil… Et le pardon, peut-être.

 

Une chronique d’Olivier Quelier

collectionneur010 1

 

 

Elle : « Entre toi et les monnaies, il n’y a pas beaucoup de place pour moi. »

Lui : « J’aime trop les objets… je leur appartiens plus qu’ils ne m’appartiennent »

Elle : « Pour toi, le temps n’est ni mauvais, ni beau, il est ancien ou sans importance. »

 

Dans ce manoir de la forêt de Fontainebleau, le couple ne se dispute même plus. Quelques piques, quelques aigreurs désabusées, mais trop d’habitudes déjà, trop de temps perdu, trop d’intimité étouffée par cette fameuse collection.

 

Car Arpad de la Castille, issu d’une vieille famille de la finance, nourrit une passion folle et quasi exclusive pour les monnaies anciennes. Entre sa femme Olivia et sa collection, il n’a pas toujours su choisir, même si quelques filaments d’amour les retiennent encore l’un à l’autre.

 

Culpabilité et orgueil

 

collectionneur006 1Un jour, Arpad reçoit la visite d’une vieille amie qui, avant de mourir, tient à lui laisser une merveille, une rareté – un mythe, presque : une pièce d’or à l’effigie de Cléopâtre. Un exemplaire unique au monde, dont il va devenir le dépositaire. Mais posséder cette monnaie ne suffit pas à Arpad ; il lui faut l’exhiber devant son rival, le comte Alberoni, un collectionneur de renom qu’il veut défier.

 

Le manoir, une nuit d’orage. Autour d’une table, Arpad, le comte et un ami commun contemplent la pièce à l’effigie de Cléopâtre. Soudain, une coupure de courant. La pièce disparaît. Arpad demande à ses hôtes de vider leurs poches ; le comte refuse. Son mutisme et son attitude hautaine sèment le trouble et attisent la haine d’Arpad.

 

Le drame est consommé. Arpad dénoncera le comte à la société de numismatique, le déshonorera aux yeux de tous.

 

Des mois plus tard, la pièce d’or est retrouvée dans le manoir. Effondré, Arpad invite le comte à revenir afin de lui présenter des excuses. Mais Alberoni a lui aussi ses secrets…

Avec « le Collectionneur », Christine et Olivier Orban signent une pièce de théâtre sobre et magnifique. La tension dramatique y est constante, et dans ce dense huis clos dansent les ombres de la culpabilité et de l’orgueil.

 

Ces hommes ont été privés de lumière et Arpad de jugement… Y a-t-il une victime ? Y a-t-il un coupable ? La rencontre finale claque comme un duel intense, dont ni le comte ni Arpad ne sortiront vainqueurs.

 

collectionneur029_1.jpg

Photos de la pièce : Fraicher-Matthey agence Paradoxe

 

 

Christine Orban : « Rien n’est plus humain que l’erreur »

 

« Les personnages d'un roman sont vivants pour celui qui tient la plume. En écrivant Le Collectionneur, j'ai eu l'impression d'être dépassée par la réaction de mon héros, Arpad de la Castille. Il m'arrivait de le supplier de se comporter différemment, de ne pas commettre ces erreurs, je le sentais s'enferrer dans sa passion aveugle, dans ses accusations sans preuve. Je sentais monter en lui, personnage si digne, si contrôlé, tout ce qu'il détestait et réprouvait, impuissant. Je l'étais moi aussi : les personnages ont leur logique et finissent par imposer leur destin. Les lecteurs reçoivent d'une autre façon le drame qui se forme sous la plume. Ils l'interprètent, ils ont le droit. Il en va autrement avec le théâtre. Au théâtre, les personnages sont incarnés, ils sortent du livre, j'avais envie de les voir "en vrai", j'avais envie que l'on comprenne la tragédie d'un honnête homme, de le voir vivre, s'exprimer en dehors des lignes. Qui ne s'est jamais laissé emporter par la passion ? J'ai écrit ce livre, il y a une dizaine d'années, les personnages du roman sont toujours vivants dans mon esprit, mais ce sont des personnages de romans, il fallait leur donner vie sur une scène, grâce au travail des acteurs et du metteur en scène, il fallait que l'on pardonne Arpad et Olivia, peut-être. Parce que rien n'est plus humain que l'erreur. »

 

le_collectionneur_02.jpgLE LIVRE

Que ceux et celles qui ne peuvent voir la pièce se rassurent : il y a fort à parier qu’elle se jouera bientôt à Paris… En attendant, jetez-vous sur le livre.


L’écriture est d’une sobriété magnifique, les dialogues portent le poids des sentiments et l’intrigue relève des grands drames.


Preuve que les textes de théâtre peuvent être lus, avec plaisir, avec passion, quand ils atteignent ce niveau d’élégance et de perfection.

 

« Le Collectionneur », de Christine et Olivier Orban, Albin Michel, 96p. 10€.

« Le Collectionneur » de Christine et Olivier Orban, au Théâtre national de Nice

 

 

 

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Published by Olivier Quelier - dans Théâtre
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