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21 février 2010 7 21 /02 /février /2010 13:43

Une chronique de Frédérique Bréhaut

 

lesderniersjoursdestefanzweig.jpgDepuis les hauteurs de Petropolis, Stefan Zweig observe la beauté de la nature. Premier des intellectuels autrichiens à fuir le nazisme dès 1934, il s'est d'abord réfugié en Angleterre, puis aux Etats-Unis, avant de poser son bagage d'exilé au Brésil, à Pétropolis, près de Rio.

 

Malgré la présence de Lotte, sa jeune seconde épouse, l'écrivain se laisse gagner par la mélancolie. La certitude de la dévastation lui ôte jusqu'à l'envie d'écrire, le pousse à se retrancher de plus en plus de la compagnie des hommes.

 

Laurent Seksik observe les six derniers mois de Stefan Zweig, période durant laquelle les ultimes fils qui retiennent l'écrivain à la vie se dénouent inexorablement. Zweig n'est pas taillé pour l'exil. La barbarie qui étreint l'Europe broie cet humaniste à tout jamais nostalgique d'un "Monde d'hier" qui ne renaîtra jamais.

 

Autodafés, traque des juifs, amis dispersés, premiers témoignages de l'extermination, les informations qui lui parviennent d'Europe renforcent chaque jour ses tendances mortifères. Déraciné, taraudé par la culpabilité de son manque d'engagement, Stefan Zweig a laissé son âme aux abords du Prater et chaque image de la Vienne cosmopolite livrée à la peste brune est un déchirement.

 

A égale distance de Zweig et de Lotte, Laurent Seksik dépeint le pessimisme absolu de l'un et la totale abnégation de l'autre. Aux côtés de l'écrivain reclus désespéré, Lotte, fragilisée par une santé chancelante, se révèle telles les héroïnes de son mari : prête à tous les sacrifices pour se montrer à la hauteur de l'homme admiré.

 

« Les derniers jours de Stefan Zweig » par Laurent Seksik. Flammarion. 192 pages. 17 €.

 

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Published by Frédérique Bréhaut (ML) - dans Critique littéraire
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