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12 mars 2011 6 12 /03 /mars /2011 14:16

Coe peint les solitudes contemporaines à la sauce anglaise. Un délice.

 

Une chronique de Frédérique Bréhaut

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Depuis son « Testament à l'anglaise » Jonathan Coe s'est attaché de solides fidélités de ce côté de la Manche. La fréquentation de Maxwell Sim renforce encore cet attachement à l'un des meilleurs écrivains anglais de sa génération.

 

Maxwell Sim est un mélancolique quelconque. A 48 ans, cet Anglais ordinaire navigue à vue dans l'existence. Plaqué par sa femme partie avec leur fille, ce fils unique d'un père indifférent exilé en Australie traverse une dépression depuis six mois. Or au hasard de ses jours incertains, il croise un ami qui lui propose un job prometteur. Au volant d'une Prius, Max devenu représentant de commerce se dirige vers les Shetlands pour vanter les mérites d'une brosse à dents écologique.

 

Du sud au nord de la Grande-Bretagne actuelle avec ses banlieues mornes, Jonathan Coe déroule un road-movie de l'aventure intime. Passager de cette traversée, on partage les échecs de Max au fur et à mesure qu'il analyse les rencontres manquées, les occasions perdues.

 

Et quelle meilleure confidente que la voix suave de son GPS baptisée Emma, à laquelle il attribue un fort potentiel érotique? Si maladroit dans ses relations avec autrui, Max se raccroche à quelques pauvres branches tendues par un monde sans cesse connecté. Hélas il constate que quelques dizaines d'amis sur Facebook ne garantissent pas contre la solitude et qu'un vol de téléphone portable ruine ses chances de renouer avec une jeune femme.

 

Au fil d'une pensée vagabonde qui s'accorde des détours vers le passé, le portrait de Max se précise. On comprend mieux son inaptitude au bonheur et sa fascination pour le destin tragique du navigateur Donald Crowhurst incapable d'affronter son échec lors de la première course autour du monde en solitaire.

 

Pourtant, sous la mélancolie tenace, Coe glisse un humour ravageur qui renoue avec son goût de la satire sociale. Si banal, si peu doué pour le bonheur, Mr Sim émeut. Parmi tant de séductions, la construction magistrale soigne chaque fin de chapitre et réserve aussi une chute aussi réussie qu'inattendue.

 

« La vie très privée de Mr. Sim » de Jonathan Coe. Traduction de Josée Camoun. Gallimard. 449 pages. 22 €.

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Published by Frédérique Bréhaut - dans Critique littéraire
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