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10 février 2011 4 10 /02 /février /2011 20:45

Christos Tsolkias, le mauvais garçon des lettres australiennes arrive en France. A ne pas manquer.

 

Une chronique de Frédérique Bréhaut 

 

gifleA Melbourne, un barbecue entre famille et amis. Les enfants jouent. Et soudain, une gifle infligée par l'un des invités à un insupportable moutard de 4 ans gâche la fête. Comment a-t-il osé lever la main sur un enfant? La réception part en vrille et avec elle le vernis des bonnes relations. Famille, amis, couples, implosent selon les deux clans auxquels chacun se range, l'agresseur ou l'agressé.

 

Sur la base d'un incident domestique, Christos Tsolkias s'offre une radiographie implacable de la société australienne. Une gifle suffit pour que l'image lisse d'une nation multiculturelle, prospère, douce, vole en éclat. Choisie par le romancier, la petite communauté humaine composite qui rassemble diverses origines et générations tient par un ciment fragile.

 

Emouvants ou exaspérants, ses personnages veulent croire à une vie épanouie dans ce pays vaste comme leurs désirs de s'élever socialement.

 

A y regarder de plus près lorsque Tsolkias soulève le couvercle des foyers et des consciences, c'est un furieux bazar. Les couples sont en crise, la performance suit les rails de coke, la déprime s'éteint dans l'alcool, les gosses sont mal élevés. D'ailleurs, quelle éducation donner à des enfants qui grandissent devant des téléfilms sur la seconde guerre "où toutes les scènes situées dans des chambres à gaz doivent être tournées avec goût pour ne pas heurter les spectateurs"?

 

A quelles valeurs arrimer ses principes? Les personnages Tsolkias se débattent comme ils peuvent, tiraillés entre les règles d'une société australienne repue et les fondamentaux de leurs culture d'origine. Dans ce bouillon, la vulgarité tutoie les frustrations. Sous les apparences, l'intolérance éclot au premier heurt aussi insignifiant d'une gifle libératrice des plus mauvais penchants de chacun. Ils nous deviennent si proches alors, nos contemporains des antipodes…

 

Christos Tsolkias dynamite les codes sociaux avec un culot qui tient sans fléchir la distance des 460 pages. Cruel et tonique, le mauvais garçon des lettres australiennes assène une sacrée claque aux clichés. A 22 € le voyage à Melbourne, c'est cadeau !

 

« La Gifle » de Christos Tsolkias. Belfond. Traduit de l'anglais par Jean-Luc Piningre. 466 pages. 22 €.

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Published by Olivier Quelier - dans Critique littéraire
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