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19 janvier 2010 2 19 /01 /janvier /2010 13:58

Ils sont les détraqués, les périmés. Tels des bois flottés échoués sur une crique isolée, le clan hétéroclite des Horr s’accroche à ce bout de plage borné par une décharge, à distance respectueuse de la ville perçue comme une menace.

 

Une chronique de Frédérique Bréhaut


yasminakhadracequelejour.JPGAucune route n’appelle ces clochards qui n’ont rien de célestes. Autour du Pacha, ils ont colonisé un no man’s land où ils se terrent comme des bernard-l’ermite dans leurs coquilles de fortune, abris dérisoires qu’une pluie suffit parfois à assassiner.

 

Vivent là Ach, le poète borgne qui étend sa protection paternelle sur le candide Junior, Haroun le Sourd, Négus, général d’une armée invisible, Levier le manchot, Einstein l’alchimiste brindezingue qui teste ses élixirs de jouvence sur des lézards non consentants, Haroun empoisonné par une boîte de conserve, les frères Zoug, sans âge et sans histoire…

 

Nul d’ailleurs dans cette tribu dépenaillée ne revendique un passé quelconque. Ce sont les Horr. Ils ont claqué la porte au nez du monde ; on ne sait ni comment, ni pourquoi. Hormis la Mama, silhouette aperçue à distance, les femmes sont absentes de cette communauté de misanthropes en lambeaux qui ont besoin les uns des autres pour s’aimer ou se détester. Junior pourtant, écoute la voix d’un homme de passage. Il lui a parlé d’une autre vie possible, là-bas à la ville. Le protégé d’Ach en reviendra un jour, le regard brouillé à tout jamais, lesté d’une terrible histoire.

 

Du creux de cette cour des mirages, Yasmina Khadra observe une humanité cabossée. Avec leurs fêlures, leur crainte d’un monde dont ils connaissent la violence, ses clodos portent leur misère avec panache.

 

Sur leur Olympe dérisoire, ils n’attendent rien, pas même Godot. Exilés volontaires de la société, ils sont le renoncement incarné, le pied de nez adressé à une société qu’ils rejettent. Sont-ils plus libres pour autant ?

 

« L’Olympe des Infortunes » par Yasmina Khadra. Robert Laffont. 232 pages. 18 €.

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Published by Frédérique Bréhaut - dans Critique littéraire
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