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2 janvier 2011 7 02 /01 /janvier /2011 13:39

Dans « L’été de la vie », l’écrivain J.M. Coetzee se livre à un autoportrait sans concession. Remarquable.

 

Une chronique de Frédérique Bréhaut

 

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Photo MAXPPP 

 

J.M. Coetzee est mort. Du moins dans ce roman où il cède à un jeune biographe le soin de fouiller son histoire personnelle. Après "Scènes de la vie d'un jeune garçon" et "Vers l'âge d'homme",  voici le troisième volet du travail autobiographique construit par le Sud-Africain, prix Nobel en 2003. Retranché derrière l’enquête d'un universitaire anglais lancé dans une étude posthume de l'écrivain,  "L'été de la vie" interroge des témoins qui ont fréquenté Coetzee entre le moment où il revient au pays natal et le début de sa notoriété littéraire.

 

A mots pesés, quatre femmes et un homme évoquent un caractère peu enclin aux relations amoureuses et à peine mieux disposé pour l'amitié. Margot, sa cousine, ne cache pas sa déception face à un garçon si peu à la hauteur des espoirs mis en lui. "Une chiffe molle" lance-t-elle au souvenir d'un "poète de la mélancolie" à l'identité floue dans ce pays où l'apartheid trace pourtant des frontières nettes. Sophie, une universitaire française, avec laquelle Coetzee entretint une brève liaison, insiste d'ailleurs sur l'absence de conscience politique de ce collègue fataliste, prompt à confondre histoire et destin.

 

Adriana, sa maîtresse brésilienne, n'est guère plus indulgente lorsqu'elle reproche au futur Nobel son manque d'étoffe. "Il était peut-être un grand écrivain, mais pas un grand homme".

 

"D'une solitude contre nature", semblable à "un volatile qui ne vole pas", hautain, froid, passif, inadapté à l'amour, J.M. Coetzee se présente sous les traits peu flatteurs d'un misanthrope psychorigide, d'un homme taillé dans un bois qui ne s'enflamme jamais, pas même pour les causes politiques de son pays et dont les cours étaient dédaignés par les étudiants noirs.

 

Cette réflexion d'un pessimisme radical ne se prive pas, pourtant, du plaisir de brouiller les pistes. Au terme de ce portrait souvent cruel, l'homme reste impénétrable. En un temps où chacun se dévoile à l'envi, un grand roman sur la part d'ombre nécessaire et à chaque lecteur de se forger une opinion sur l’art du mentir vrai.

 

« L'été de la vie » par J.M. Coetzee. Traduit de l'anglais par Catherine Lauga du Plessis. Seuil. 316 pages. 22 €.

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Published by Frédérique Bréhaut - dans Critique littéraire
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