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2 juillet 2011 6 02 /07 /juillet /2011 14:58

Dans "L'armée furieuse", Fred Vargas chahute la théorie du battement d'ailes du papillon dans un roman bien secoué.

 

Une chronique de Frédérique Bréhaut.

 

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Un magnat de la finance saute dans sa voiture piégée et voilà Mo, jeune joueur d'explosifs bien connu, dans le viseur de la police. A Ordebec en Normandie, une femme appétissante a vu "l'armée furieuse" surgie d'une malédiction millénaire. Depuis sa vision, quelques malfaisants passent de vie à trépas selon des méthodes rustiques mais efficaces. Enfin, un pigeon de Paris retrouve goût à la vie après une punition cruelle. Trois affaires auxquelles Adamsberg accorde un égal sérieux.

 

Seule Fred Vargas peut ainsi entortiller des histoires aussi opposées, mêler aux terreurs archaïques une affaire politique très contemporaine derrière laquelle se faufile le cas Cesare Battisti. Dans la grande lessiveuse qu'est cette « Armée furieuse », Fred Vargas chahute la théorie du battement d'ailes du papillon jusqu'à provoquer des tornades inattendues.

 

Une fratrie bien secouée

 

D'autant que la romancière n'a pas d'égal pour façonner des personnages ébréchés. En l'occurrence, elle a particulièrement soigné la distribution. Entre une fratrie bien secouée (un frère se croit fait d'argile, un autre se nourrit d'insectes, le troisième parle à l'envers et la sœur a des visions), un enquêteur susceptible dont on ne peut ignorer qu'il descend du général Davout, une cohorte médiévale puante qui sème la terreur dans le bocage normand, un comte pas très net, un pigeon invalide et des vaches immobiles, le tableau est saisissant.

 

« Jeter ses filets »

 

Et encore, n'a-t-on encore rien dit des familiers de l'univers "vargasien". Danglard, fidèle puits de sciences raisonnablement imbibé, est convaincu qu'il va mourir à Ordebec tandis que Veyrenc surgit toujours des zones d'ombre en versifiant. Enfin, Adamsberg égal à lui-même, résume ainsi ses méthodes de réflexion : « Attendre. Jeter ses filets à la surface des eaux, regarder dedans ».  Adamsberg avec ses intuitions, ses boules d'électricité et son attraction pour une Normande gironde, ordonne les fracas et les silences avec une égale impassibilité.

 

« L'armée furieuse » porte à l'excellence les thèmes chers à l'univers de Fred Vargas. Son roman traversé de personnages pas tout à fait "ajustés" tient l'équilibre entre un homme traqué, une pointe d'irrationnel et une mémoire collective tatouée par des terreurs séculaires. C'est déraisonnable et parfaitement irrésistible.

 

« L'armée furieuse » de Fred Vargas. Viviane Hamy. 430 pages. 19,50 €.

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Published by Frédérique Bréhaut - dans Critique littéraire
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