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20 décembre 2013 5 20 /12 /décembre /2013 17:56

C’est l’un des excellents romans de cette rentrée qui a divisé les jurés du Goncourt à l’heure de la dernière délibération. Par son ton vif, rapide, et par ce qu’il dit des masques de notre société, « L’invention de nos vies », de Karine Tuil, se dévore avec un plaisir carnassier.

 

Une chronique de Frédérique Bréhaut.

 

Tuil-c-JF-Paga---Grasset.JPGSam Tahar, brillant avocat français dans un cabinet new-yorkais, affiche tous les codes de la réussite sociale. Un beau mariage avec une héritière juive, des costumes sortis des mains des meilleurs faiseurs, une aisance naturelle née de l’intelligence lorsqu’elle s’allie à l’argent et à un physique de séducteur.

 

La réalité se révèle pourtant différente de cette façade théâtrale. Le « Sam » Tahar qui navigue avec aisance dans la grande bourgeoisie juive new-yorkaise, s’appelle en réalité Samir, jadis gamin de banlieue d’origine musulmane élevé par sa mère. Dans une société où la discrimination bride les ambitions, le tremplin tient aux deux lettres amputées d'un prénom.

 

Vingt ans auparavant, Samir l’étudiant fréquentait Samuel Baron, son meilleur ami, fils d’intellectuels juifs qui se rêvait écrivain, et Nina. Entre les deux garçons, la sublime Nina hésitait.

 

Rastignac sorti de Sevran

 

Puis, Nina a choisi. Avec Samuel devenu éducateur dans une cité, ils ont oublié Samir jusqu’à cette soirée où Samuel le reconnaît dans un reportage sur CNN. Samir sous le nom de Sam Tahar se flatte d’une biographie généreusement empruntée à celle de Samuel.

 

Depuis vingt ans, le Rastignac sorti de Sevran vit dans une imposture. Opportuniste, il s’est glissé dans l’identité de son meilleur ami afin de gommer le handicap de son vrai patronyme. Sa carrière, sa réussite sociale, ont encouragé voire légitimé son emprunt. Mais lorsque le trio se retrouve, les façades s’effondrent.

 

Il y a une énergie folle dans ce roman porté par une langue rapide aux phrases tranchées dans le vif. Version contemporaine du jeune homme pressé, Samir agace et séduit. La construction impeccable du récit rythme une chronique contemporaine sur les codes de la réussite sociale.

 

Les trois amis de jeunesse se débattent avec leurs compromissions tandis que Karine Tuil fait valser les étiquettes.

 

« L’invention de nos vies » Karine Tuil. Grasset. 492 pages. 20, 90€.

 

  Photo © JF Paga

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Published by Frédérique Bréhaut - dans Critique littéraire
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