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1 novembre 2009 7 01 /11 /novembre /2009 14:47

Puisque j'en parlais dans le post précédent, voici l'article que j'ai consacré au roman de Laurent Lèguevaque (publié initialement sur le site www.mondedulivre.com).


Bénipurain, en plein pays balzacien. Une ville de province : peu de choses à voir, rien à en dire. 40 000 habitants et un palais de justice. Un palais délicat, observateur finaud et désabusé des faiblesses et mesquineries humaines. A Bénipurain, si les murs ont des oreilles, les bâtiments sont doués de parole.

Ce palais des mille et un ennuis nous raconte donc son quotidien : lassitude des uns, turpitude des autres, solitude des magistrats, hébétude des prévenus… « Depuis le temps que j’abrite les juges, les procureurs, leurs greffiers, et les avocats… Que je note leurs gesticulations, leurs effets de manche… J’en connais sur eux, de quoi écrire un livre entier ». Parmi tous ces occupants, le juge d’instruction Patrick Mansart. 35 ans, Parisien, alcoolique. « Pas méchant, juste malheureux ». Depuis son arrivée, il s’ennuie, s’étiole, s’arrose au whisky. Il n’avance plus dans la vie : il se borne à continuer…

Un soir, une affaire. Antoine Langman, auteur de chansons à succès et gloire locale, est tombé du toit d’un immeuble. Suicide, meurtre ? L’enquête est ouverte. Pas si évidente : la bâtisse, en plus de Langman et sa fiancée Cathy Chinon, abrite toute la « tribu » : secrétaire, collaborateur... Le coupable – si coupable il y a – se trouve-t-il parmi eux ? Les protagonistes sèment le trouble ; il en faut peu pour mettre les juges en défiance, surtout à notre époque de soupçon généralisé. Une caricature ? « Je suis un vieux tribunal, moi. On ne me la fait pas ».

Ancien magistrat, Laurent Lèguevaque a démissionné en 2005. Depuis, il écrit sur le système judiciaire… Et « instruit » ses romans plus à charge qu’à décharge, violents réquisitoires contre une justice en pleine perdition, qui balance entre carriérisme et désolation. Sa vision d’une audience correctionnelle ? « Trente cas humains examinés en une seule demi-journée par trois fonctionnaires œuvrant pour un système dont la mécanisation a tué l’intelligence ». Quoi de plus vrai ? Et de plus terrible…

Le palais, lui, reste de marbre. C’est dans sa nature.

 

"Justice à tous les étages" de Laurent Lèguevaque, éditions de l'Archipel, 2008, 16,11€.

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Published by Olivier Quelier - dans Critique littéraire
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commentaires

anne 09/11/2009 10:20


Bien d'accord avec Fred. J'ai grande envie de me ruer sur ce "palais des mille et un ennuis"...


jfred 01/11/2009 21:19


on reconnait bien lù, la patte du critique littéraire. il donne envi, et c'est ça le principal.