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30 octobre 2012 2 30 /10 /octobre /2012 11:30

Le 7 novembre, les éditions «J'ai Lu» publieront en poche les «Friandises littéraires» de Joseph Vebret. L'occasion de (re)découvrir ces miscellanées, fruits d'une collection virant parfois à la «compulsion». Un ouvrage curieux et séduisant qui offre «une vision de la littérature par le petit bout de la lorgnette».

 

Propos recueillis par Olivier Quelier.

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Rédiger des miscellanées, c’est de la compilation ou de la collection ?


Disons que c’est de la compulsion ! Plus sérieusement, dès lors que j’ai décidé de ne me consacrer qu’à l’écriture, je me suis rendu compte, lorsque je faisais des recherches, que j’avais des lacunes. Notamment parce que, pendant plusieurs années, j’ai eu d’autres activités que la littérature. J’ai donc acheté des essais sur la littérature, des dictionnaires, des encyclopédies. Puis je me suis passionné pour la vie des écrivains, pour leurs journaux intimes, pour leur correspondance. J’ai donc accumulé une grosse documentation sur tous ces domaines.


Et à un moment, je me suis aperçu que l’on s’arrête à des détails, on compile des trucs qui ne servent strictement à rien. Par exemple la marque de la voiture à bord de laquelle Roger Nimier a trouvé la mort. Ou on tombe sur une étude publiée en Allemagne par un chercheur un peu fou qui a compté le nombre de mots dans « A la Recherche du temps perdu » de Proust.


Je me suis dit que ce serait rigolo d’en faire un bouquin. En suivant un peu la manière de Dantzig dans son « Dictionnaire égoïste de la littérature française ». Mais dans mon cas, les « Friandises » sont davantage un « abstract », une vision de la littérature par le petit bout de la lorgnette.


Ce qui est amusant, c’est qu’on en vient à se poser des questions : pourquoi y avait-il à l’époque beaucoup d’écrivains qui mouraient de la syphilis ? Ce qui est absurde : la syphilis était très répandue, simplement on parlait davantage des écrivains. Idem pour les ravages de l’absinthe.

 

On trouve absolument de tout dans votre ouvrage. Comment en vient-on à lister, par exemple, les mots supprimés de la huitième édition du dictionnaire de l’Académie française (1935) ?


De fil en aiguille, on découvre des éléments parfois tirés par les cheveux, mais toujours véridiques. J’ai remarqué des détails complètement fous. Par exemple, prenez l’écrivain Pierre Benoit : tous ses livres comptent exactement le même nombre de pages. Autre point : tous les prénoms de ses héroïnes commencent par la lettre A.

 

Ces prénoms, vous les avez listés vous-même ?


Non, dans ce cas, ils avaient déjà été répertoriés. En revanche, à partir de là, je suis allé chercher les noms de jeune fille des mères d’écrivain pour en faire la liste. Il faut être assez vicieux pour ça, je le reconnais…


Et je me suis aussi intéressé aux seconds rôles de la littérature, comme la servante de Proust. Il s’agit de gens qui n’ont pas eux-mêmes écrit mais qui, par leur présence, ont façonné la littérature. Cela constituera une nouvelle entrée pour une éventuelle réédition des « Friandises ».

 

Tous les faits, les détails que vous présentez dans votre ouvrage ne sont pas aussi anodins qu’il y parait…


Bien sûr. Ils racontent la littérature. On parle du Nouveau Roman. Mais se souvient-on des écrivains qui ont participé aux débuts de ce mouvement ? Pareil pour les Hussards. Qui étaient-ils ? En fait, ce livre offre des réponses à des questions que l’on ne se pose pas…En piochant dans ces pages, on a une autre vision de la littérature. J’ai en tête l’histoire de cet écrivain fou qui a tué sa femme une nuit, à 4h du matin, en jouant à Guillaume Tell !

 

N’avez-vous pas l’impression que ce genre de travail n’est plus possible avec la vie littéraire actuelle ?


En effet, oui. Quand j’ai dressé la liste des écrivains morts dans des accidents de voiture, j’ai constaté que ces véhicules étaient soient des Mercedes, soit des Aston Martin. Donc de deux choses l’une : ou les écrivains avaient plus d’argent à l’époque qu’aujourd’hui, ou ils roulaient plus vite…


Les deux derniers auteurs morts dans des accidents de circulation ont été Roland Barthes et Louis Nucera. Le cas de Jean-Edern Hallier est plus trouble… Apparemment il aurait fait un malaise juste avant, mais certains éléments demeurent étranges.


En tout cas, les écrivains sont moins facétieux de nos jours. Ils subissent une forme de fonctionnarisation, de banalisation. Je pense qu’ils sont à la fois plus sérieux, et surtout moins mis en avant. Le but de ces « Friandises », c’était aussi ça : rendre compte de la vie littéraire d’une époque.

 

Pour en savoir plus : www.vebret.com

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Published by Olivier Quelier - dans Interviews
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