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21 décembre 2011 3 21 /12 /décembre /2011 15:37

"La somnambule de la Villa aux Loups", de Jean Contrucci... Ou quand les Nouveaux Mystères de Marseille valent bien ceux de Paris.

 

Une chronique de Frédérique Bréhaut.

Jean-CONTRUCCI---Photo-Theo-Orengo.JPG

Jean Contrucci ravive les couleurs sépia du feuilleton populaire de jadis. Photo Théo Orengo

 

Et revoici Raoul Signoret, reporter au Petit Provençal au temps des faits divers grandiloquents et des Brigades du Tigre. Avec en prime, l’accent de la Canebière et les stridulations des cigales.

 

Que s’est-il passé à la Villa aux Loups, "campagne" de Casals, honorable professeur de médecine à Marseille ? Dans une chambre, on découvre le corps de l’épouse dans une posture embarrassante à côté d’un étudiant encore en vie malgré la balle qui lui a traversé le crâne.

 

Le dernier feuilleton ?

 

Les lettres du jeune exalté laissent penser à un double suicide amoureux à moitié réussi. Cet excès de romantisme ne convainc pas Raoul Signoret. Le fringant reporter du Petit Provençal cherche sous d’autres motifs la clé de cette énigme car le jeune Henri Champsaur n’a pas l’étoffe d’un Julien Sorel et Marguerite Casals n’est pas Madame de Rênal. Pourtant, ça jase dans les pinèdes ensuquées.

 

Avec l’aide de l’oncle Eugène Baruteau promu commissaire central de Marseille, Raoul s’intéresse autant à la littérature de l’amoureux maladroit qu’aux crises de somnambulisme de l’épouse dévoyée. Le mystère de la Villa aux Loups connaîtra son épilogue entre les murs du nouveau commissariat marseillais illico baptisé "L’Evêché".

 

Il se murmure que Les Nouveaux Mystères de Marseille rendraient les armes avec ce dixième épisode. Jean Contrucci abandonnerait son reporter intrépide prompt à défendre la veuve, l’orphelin et des idéaux proches des "rad-soc" de la Troisième République. Si tel est le cas, ses fidèles lui savent gré d’avoir renoué avec le ton des feuilletonnistes de la Belle Epoque qui tenaient en haleine les lecteurs des gazettes.

 

Entre un Claquesin ou une "Verte" sirotés à une terrasse et un tour dans les calanques, les héros des Nouveaux Mystères de Marseille ont traversé l’exposition coloniale de 1906, suivi l’Affaire Dreyfus, vu la naissance du tourisme sur la Côte d’Azur et assisté à l’essor industriel aux côtés des humbles. Jean Contrucci est au feuilleton populaire ce que la digne madame Baruteau est à la cuisine. Il mijote ses histoires à l’ancienne.

 

À peine éclipsé, Raoul manque déjà.

 

"La somnambule de la Villa aux Loups" de Jean Contrucci, éditions Jean-Claude Lattès. 445 pages. 17 €.

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Published by Frédérique Bréhaut - dans Critique littéraire
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