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6 février 2013 3 06 /02 /février /2013 21:53

La remise du Prix Goncourt de la Poésie s’est déroulée au Centre National du Livre. Qui recevait, pour la première fois, les membres de l'Académie du même nom. Jean-Claude Pirotte, le lauréat, malade, n’a pas pu assister à la soirée. Mais un poète, par ses textes, par sa voix, n’est jamais vraiment absent.


Par Olivier Quelier.


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(Photo : rtbf.be)

 

Je l’ai vu en premier, sitôt la porte franchie. Un grand gaillard, aux épaules larges, cheveux gris coiffés en arrière. Un écrivain, c’est sûr. Et un bon, que je lis, que j’apprécie. Mais son nom… (1)


Jeune membre de l’Académie Goncourt, où elle succède à Robert Sabatier, Paule Constant aborde le grand gaillard :


-         - Je suis Paule Constant.

-         - Mais oui ! D’habitude on s’embrasse.

-         -  Pourquoi ne le fait-on pas ?

-        -  Je ne sais pas. Trop de monde, peut-être…


C’est vrai que l’entrée du Centre National du Livre est pleine. Bises, accrochage des vestes et manteaux au vestiaire… On se salue, on s’observe. Des gens connus, des moins connus, des qui croient l’être. A bien y regarder, il manque quelqu’un. Pas des moindres. Le poète est absent pour raisons de santé.


« Madame »


Installation dans la salle. Pas de chaises pour tout le monde. On se démène, on s’excuse. Les VIP ont leurs fauteuils réservés. « Plus confortables » se confond un des hôtes. Voici Régis Debray, Tahar Ben Jelloun, et Bernard Pivot, et Francis Esménard, PDG des éditions Albin Michel… D’autres encore. Fanny Cottençon, toujours belle et jeune. Et Madame Edmonde Charles-Roux, présidente de l’Académie Goncourt. (Oui, il est des majestés discrètes pour lesquelles le « madame » s’impose comme une évidence).


La cérémonie de remise du prix Goncourt de la Poésie (qui porte désormais le nom de Robert Sabatier, décédé en juin 2012, auteur d’une célèbre Anthologie de la poésie) peut commencer.


Jean-François Colosimo, président du CNL, rend hommage à Jean-Claude Pirotte. Absent, donc. Absurde : maintenant que les poètes ont meilleure réputation, c’est leur santé qui est mauvaise… Jean-Claude Pirotte est « un personnage d'écrivain comme seule la littérature française sait en produire. Il mène une existence qui coïncide avec son œuvre. Avec son allure rimbaldienne, il est aussi un émule de François Villon ».


Pas qu’aux marges


Colosimo se réjouit de la venue des Goncourt au Centre National du Livre. Une première qui semble en annoncer bien d’autres. Flatteur d’abord : « Le CNL est une petite institution d’Etat. Comme toute petite institution, elle rêve parfois d’avoir comme protecteur l’Académie Goncourt ». Lyrique, pour conclure : « Le CNL est aussi la maison de la poésie, une activité qui ne doit pas être réservée aux marges ».


Tiré de son siège de spectateur par sa présidente de voisine qui ne souhaite pas prendre la parole, Bernard Pivot enchaîne avec l’entrain qu’on lui connaît et le sens de l’improvisation qu’on imagine. Anecdotes, confidences… Sur Robert Sabatier et ce qui s’appelait alors la Bourse Goncourt de la poésie : « C’est lui qui faisait la pluie et le beau temps quant au lauréat, parce qu’il lisait tout, tout. Ce qui n’était pas forcément le cas pour nous, qui lisions davantage de romans ».


Des intonations opimes (2)


Jean-Claude Pirotte est absent. Enfin, pas vraiment. Il prend corps par la bouche de Bernard Pivot qui lit quelques-uns de ses textes. Trouvant l’occasion de nous poser une colle : « Ah, l’adjectif ‘opimes’, tout le monde ne connaît peut-être pas. Si ? Régis [Debray, NDLR] ? Oui c’est ça, des dépouilles opimes… » (3)

 

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Pirotte présent, à y écouter à deux voix, qui prend âme par la bouche – heureux homme – de Fanny Cottençon. Ce regard, ces intonations – je n’en dis pas plus, vous n’y étiez pas, je ne peux rien pour vous... La comédienne conclut par ce poème : « La poésie n’est pas une affaire d’hommes / ni de femmes ni de chiens / ni d’ânes ni d’artistes / ni de poètes / la poésie n’est pas une affaire ».


Les lectures donnent à entendre « la voix la plus intime, la vox codis de Jean-Claude Pirotte ». Un poète vivant (4), présent, omniprésent qui nous confesse, via son éditrice (qui a enfin réussi à dompter la sonnerie de son portable – Fanny s’en amusa, s’en agaça…) :


« Je ne suis pas un écrivain de ce temps ».

 

Jean-Claude Pirotte lit des extraits de « Blues de la racaille » (2008)

 

Notes

 

1. Un coup d’œil au registre des invités, au moment du départ, pallie mon défaut de mémoire : Dominique Noguez, bien sûr…

 

2. Une licence poétique, certes. J’assume. Et puis c’est l’occasion ou jamais, non ?

 

3. Pour en savoir plus, retrouvez le « live tweet » de la soirée (et la définition de l’adjectif « opimes » !) sur le compte Twitter @OlivierQuelier #CNL

 

4. Jean-Claude Pirotte tient une chronique sur la poésie dans le mensuel LIRE :

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Published by Olivier Quelier
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