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16 janvier 2013 3 16 /01 /janvier /2013 20:52

A ceux qui ont manqué les chroniques d'Homeric parues dans Libération, ce recueil offre une séance de rattrapage. Un régal digne de convertir aux vertus champêtres le plus farouche citadin.

 

Une chronique de Frédérique Bréhaut

homericca.dion.jpg

Photo : A. Dion.


Autrefois, on appelait cette attention au règne animal ou à la botanique la leçon de choses,  leçon adossée aux grandes planches pédagogiques qui détaillaient les peaux de l'oignon et les métamorphoses de la chenille.

 

En compagnie d'Homeric, la leçon est délicieuse. Hôte attentif des bords de l'Automne dans l'Oise où il a établi son logis en compagnie de Shams, chat roux au caractère frondeur, l'écrivain s'attarde sur des vies si insignifiantes qu'elles en deviennent transparentes.

 

Pourtant, les replis d'une mare ou le couvert des taillis dissimulent des épopées aussi héroïques que minuscules, de silencieux combats à la vie à la mort auxquels Shams contribue sans vergogne.

 

Entomologiste bienveillant, Homeric fait œuvre de tout locataire du coin, depuis les papillons couleur Matisse aux orvets furtifs.

 

Du fabuliste en ce promeneur attentif

 

La lecture est réjouissante autant qu'instructive. On apprend que le lérot déploie au printemps un entrain de Casanova ou que les colverts rejouent « Jules et Jim ». En toute saison, la paisible presqu'île abrite des carnages muets et des existences en tapinois dont la survie dépend de la discrétion et de la chance.

 

Il y a du fabuliste en ce promeneur attentif, capable d'abriter des ragondins frigorifiés sous une couverture polaire ou d'admirer la cuisse élancée d'une grenouille.

 

Lecteur assidu du journal La Hulotte et des œuvres de Jean-Henri Fabre, Homeric met sa plume agile au service des mal-aimés, taupes et mouches, sans négliger le troglodyte « léger comme un soupir ».

 

Dans sa belle préface, la philosophe Elisabeth de Fontenay note avec justesse que l'écrivain renoue « avec une tradition très française, celle de Colette, de Jules Renard, de Francis Ponge ». On ne saurait mieux dire.

 

« D'autres vies que la nôtre » par Homeric. Grasset. 192 pages. 16 €.

Couv.Homeric

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Published by Frédérique Bréhaut - dans Critique littéraire
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