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30 décembre 2011 5 30 /12 /décembre /2011 17:42

Avec « 1Q89 », l’écrivain Haruki Murakami use du merveilleux en virtuose dans une trilogie époustouflante.

 

Une chronique de Frédérique Bréhaut

 

Pénétrer chez Haruki Murakami, c’est accepter d’entrer dans une autre dimension. Celle d’un univers où les frontières entre réel et monde fantasmé se dissolvent sous des effets subtilement décalés. Evénement, la trilogie "1Q84" vendue à 4 millions d’exemplaires au Japon est déjà hissée au rang de roman culte.

 

Haruki Murakami, cité chaque automne parmi les probables lauréats du prix Nobel, se dégage du clin d’œil adressé à Orwell pour interroger la société japonaise. Au lieu de 1984, le "Q" de Question et de "qyû" le chiffre "9" en japonais, est lancé comme une fine passerelle entre deux mondes.

 

Tout commence par une supercherie littéraire. Un éditeur demande à Tingo, professeur de mathématiques fou de littérature, de réécrire le roman beau mais imparfait d’une lycéenne de 17 ans. Au bout de l’imposture, l’éditeur mise sur un "coup" littéraire.

 

En même temps, on suit Aomami une tueuse à gages qui expédie ad patres les maris brutaux et les violeurs pour le compte d’une délicate vieille dame éprise de papillons et de justice expéditive.

 

Depuis « Kafka sur le rivage », on connaît l’habileté de Murakami à mener deux récits parallèles au gré de passages secrets qui conduisent vers l’étrange. Ainsi, un escalier entre deux autoroutes suffit à basculer Aomami vers un temps différent tandis que deux lunes se répondent dans le ciel.

 

Lewis Caroll au pays des mangas

 

Au-delà de l’onirisme qui lui est cher, l’écrivain pousse des portes plus dérangeantes avec une cruauté nouvelle. A petites touches, il revient sur l’histoire contemporaine du Japon, depuis les guerres de Mandchourie jusqu’aux dérives fanatiques incarnées par la secte Aun. Quelle réponse opposer aux gourous ou aux violences qui brisent les femmes ?

 

Haruki Murakami, c’est Lewis Caroll au pays des mangas. Si on ne croise guère de lapin pressé, les "Little people" adressent des signes depuis l’autre côté du miroir. Gare aux envoûtements d’un climat qui distille l’étrange avec un tel naturel pour enlacer ce roman-fleuve, aux frontières du thriller.

 

En ascète de la prose, Murakami ne pèse jamais sur le fond, si virulent soit-il. Doit-on à sa poésie humaniste que la nuit venue, les lecteurs de « 1Q89 » lèvent le nez au ciel dans l’espoir d’y voir briller deux lunes?

 

« 1Q89 » d'Haruki Murakami. Traduit du japonais par Hélène Morita. Belfond. Tomes 1 et 2. 23 € chaque.

Murakami3-c-2011-Ivan-Gimenez_Tusquets-Editores.jpg© 2011 Iván Giménez_Tusquets

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Published by Frédérique Bréhaut - dans Critique littéraire
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