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11 décembre 2009 5 11 /12 /décembre /2009 09:52

Des menaces de mort avaient chassé Zuckerman de New York. Onze ans plus tard, la maladie l'y ramène pendant ces jours où l'Amérique réélit G.W. Bush. Dans la ville navrée, l'écrivain misanthrope se heurte à une Amérique qui l'exaspère.

 

Une chronique de Frédérique Bréhaut


Désabusé par la scène politique au point de renoncer aux révoltes, trahi par l'âge, le septuagénaire affronte le passage du temps. Le séjour dans la ville organique de ses apothéoses lui apporte davantage de réponses qu'il n'en souhaitait peut-être. Le corps en débandade, l'esprit fragilisé par une mémoire récalcitrante, à 71 ans, il se sent tiré vers la catégorie des "déjà plus", ces "dépossédés d'eux-mêmes pour leur plus grande honte".


Nathan Zuckerman est arrivé à un point où les trahisons physiologiques lui importent davantage que la défaite de la pensée politique américaine.


Taraudé par le naufrage de la vieillesse, prostate en berne et mémoire instable, l'écrivain pourrait renoncer et s'en retourner vers sa thébaïde des bois. Or il puise son énergie dans son opposition à la parution d'une biographie de Lonoff, grand écrivain auquel jeune il vouait une profonde admiration. Sa détestation du projet encore exacerbée par la personnalité du journaliste arrogant qui en est à l'origine, conforte encore de son rejet "d'un pays atteint du virus de l'enquête". Enfin et surtout, Zuckerman rencontre Jamie Logan, bobo trentenaire affligée par la victoire de Bush et terrifiée par la crainte d'un nouveau 11 septembre. Les défaillances d'un corps inaccessible au plaisir n'empêchent pas le cœur de battre la chamade. Et Jamie allume chez le séducteur invétéré une passion promise au désastre.


Après « Un homme », Philip Roth revient sur la ligne d'ombre tracée par les renoncements. Familier de ce territoire où tout devient incertain sauf le déclin, il ne croise que frustrations et douleurs. Où trouver le salut lorsque le désir s'affirme hors de portée de la jouissance? Seule peut-être la littérature permet d'entrer en résistance. Quoique.... Zuckerman en est persuadé. "Nous, les gens qui lisons et écrivons, nous sommes des fantômes qui assistons à la fin de l'ère littéraire". Amer constat, dans la note de ce livre crépusculaire.


La puissance du roman emporte l'adhésion au point que le lecteur reconnaît en Nathan un semblable dont il partage les doutes et les interrogations.


"Exit le fantôme" marque le terme du compagnonnage entre Roth et Zuckerman. Trente ans après son apparition, le double du géant américain tire sa révérence sur un chef-d'œuvre  Au-dessus du gouffre, Nathan s'offre le luxe d'une ironie cruelle.


« Exit le fantôme » par Philip Roth. Traduit de l'anglais par Marie-Claire Pasquier, Gallimard, 330 pages. 21 €.

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                                                     Photo Copyright © Nancy Crampton

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Published by Frédérique Bréhaut - dans Critique littéraire
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