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4 décembre 2009 5 04 /12 /décembre /2009 08:41

A force de tendre des passerelles entre les hommes, Colum McCann attrape entre les deux tours du World Trade Center la silhouette fragile et dansante d’un funambule, virgule noire posée sur le ciel tandis qu’à ses pieds, des existences cherchent leur point d’équilibre.

 

Une chronique de Frédérique Bréhaut

 

« Et que le vaste monde poursuive sa course folle » confirme le don de l’Irlandais pour orchestrer le mouvement, accorder à chacun sa place dans le tourbillon de la vie. Ce souffle enveloppe Corrigan, prêtre irlandais attaché contre vents et marées aux marginaux du Bronx, Jazzlyn, descendante incandescente d’une lignée de prostituées, Lara l’artiste à la dérive ou des mères dont les fils ne reviendront jamais de la guerre du Vietnam.

 

Autant de voix qui finissent par former un seul et même chœur traversé par un fil, plutôt un filin tendu un jour d’été 1974 par le funambule français Philippe Petit entre les sommets des Twin towers. L’évidence de cette silhouette inouïe sous les regards incrédules des New-Yorkais offre au romancier la plus singulière des apparitions, mélange d’audace et de consolation face à une Amérique prise dans la tourmente du Vietnam et du Watergate.

 

D’un récit à l’autre, l’écrivain donne de la profondeur à des personnages superbes aux prises avec leurs contradictions. De ces destins suspendus au bord du vide surgissent des souffrances captées jusque dans leurs moindres frémissements.

 

Virtuose, ce nouveau roman de Colum McCann l’est à l’évidence. Mais ses qualités ne se limitent pas à la maîtrise d’une histoire polyphonique. S’il s’agit d’un sacré bon livre, c’est parce que l’Irlandais capte à merveille les vibrations d’une ville et qu’une fois encore, par la grâce d’une plume bienveillante, il se tient au plus près des humbles. Aux sans-grade, il offre ce formidable hymne à la verticalité.

 

« Et que le vaste monde poursuive sa course folle » par Colum McCann. Traduit de l’anglais par Jean-Luc Piningre. Belfond. 440 pages. 22 €.

 

« Et que le vaste monde poursuive sa course folle », déjà lauréat du National Book Award, vient d’être élu « Meilleur Livre de l’année » par la rédaction du magazine Lire:

 

En savoir plus ICI.

(Photo : Ulf Andersen)

 

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Published by Frédérique Bréhaut - dans Critique littéraire
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commentaires

Eric Van Hamme 04/12/2009 21:24


Forcément, avec une telle critique, on ne peut qu'être tenté de le mettre dans sa liste pour le père Noël.