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2 octobre 2014 4 02 /10 /octobre /2014 20:58

Fidèle aux rapports de domination qui traversent son  œuvre, Eric Reinhard signe un roman habité par un magnifique portrait de femme. Bouleversant, « L’amour et les forêts » vous tranche en deux.

 

Une chronique de Frédérique Bréhaut.

 

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Photo Catherine Hélie.


Qui est Bénédicte Ombredanne, qui a adressé à l’écrivain Eric Reinhardt des lettres sensibles inspirées par la lecture de son roman « Cendrillon » ? Ils se rencontrent à la terrasse d’un café parisien. Elle a la trentaine discrète, plutôt jolie sous l'allure anodine. Agrégée de lettres, spécialiste de Villiers de l’Isle Adam, Bénédicte enseigne à Metz où elle vit auprès d’un mari et de deux enfants. Rien de bien romanesque chez cette femme ordinaire éprise de littérature.

 

Pourtant, l’écrivain pressent des territoires saccagés. Au fil de leur correspondance intermittente, Bénédicte confie sa vie suppliciée par l’emprise d’un mari tyrannique. « L’amour et les forêts » traque le calvaire intime et silencieux d’une femme brillante soumise à la violence psychologique. Bénédicte la réservée se révèle capable d’audaces aussi inouïes (et voluptueuses) qu’une visite chez un inconnu dragué sur Meetic. Toutefois, c’est pour mieux rentrer dans le rang et subir des assauts encore plus terrifiants.

 

Bonheur de contrebande

 

Eric Reinhardt suit dans ses moindres frémissements une héroïne vulnérable, exténuée, tuée à petit feu par le despotisme d’un harceleur d’autant plus nocif qu’il alterne phases de repentir et d’attaque. Sous les regards croisés orchestrés par le romancier apparaît une Bénédicte complexe, éprise d’absolu. Seuls la quête de la beauté et l’amour des mots, territoire sacré hors de portée d’un mari névrosé, offrent leurs fragiles recours.

 

Par-delà la mécanique d’une relation dégradante d’une justesse poignante, Eric Reinhardt creuse la veine des renoncements, des aspirations mises sous le boisseau. À la fois déchirante et lumineuse, la peinture subtile des tourments liés au refus de se trahir, fût-ce au prix fort, témoigne d'une sensibilité vibrante. La même force éclaire des pages somptueuses sur l’intensité d’un bonheur de contrebande cueilli en forêt.

 

Si Emma Bovary, la présidente de Tourvel ou madame Rênal revenaient aujourd’hui, elles reconnaîtraient en Bénédicte Ombredanne une sœur en naufrages solitaires.

 

« L’amour et les forêts » d’Eric Reinhardt. Gallimard. 366 pages. 21,90 €. 

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Published by Frédérique Bréhaut - dans Critique littéraire
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